La mise en scène était attendue, le message aussi.
À Milan-Cortina, l’Italie a fait le choix d’une cérémonie d’ouverture maîtrisée, lisible et résolument patriotique.
Une cérémonie plus sobre, plus patriotique, moins clivante
Comme à chaque ouverture olympique, l’image était scrutée à la seconde près. Ce vendredi 6 février, après près de 3 h 30 de spectacle éclaté sur quatre sites Milan, Cortina, Livigno et Predazzo l’Italie a livré une cérémonie volontairement classique, lisible et fédératrice.
Un choix assumé par le directeur artistique Marco Balich, qui avait clairement annoncé vouloir éviter toute dérive « clivante », à rebours de la cérémonie de Paris 2024.
Pour la première fois dans l’histoire olympique, deux vasques ont été allumées simultanément. À Milan, les triples champions olympiques Alberto Tomba et Deborah Compagnoni ont embrasé la flamme, tandis que Sofia Goggia faisait de même à Cortina d’Ampezzo. Un symbole fort, ancré dans l’histoire sportive italienne.
Le décor principal, installé au stade San Siro, s’est imposé par sa sobriété élégante. La cérémonie a débuté par un tableau chorégraphique inspiré du mythe de Cupidon et Psyché, clin d’œil assumé au patrimoine artistique italien, notamment à l’œuvre néoclassique d’Antonio Canova.
Dès les premières minutes, le ton était donné : culture, héritage, continuité.
Culture italienne, stars internationales et affirmation nationale
La cérémonie a ensuite déroulé un récit volontairement patriotique, sans provocation idéologique ni message ambigu.
Les hommages aux grands compositeurs italiens Verdi, Puccini, Rossini ont structuré un spectacle centré sur l’identité culturelle du pays hôte.
Moment très attendu, Mariah Carey est apparue drapée dans une création de Fausto Puglisi. La diva américaine a surpris en interprétant en italien Nel blu dipinto di blu, avant d’enchaîner avec Nothing Is Impossible. Un pont assumé entre culture populaire mondiale et imaginaire italien.
L’instant le plus solennel est venu avec Laura Pausini, chargée d’interpréter l’hymne national. Sa voix, relayée par un chœur montagnard dans les Dolomites, a accompagné la montée du drapeau italien, hissé par les Corazzieri, garde d’honneur du président de la République.
Autour de la scène, Giorgio Armani signait les costumes, renforçant une image de puissance culturelle et d’élégance maîtrisée.
Les anneaux olympiques, projetés dans le ciel de San Siro, ont symbolisé l’équilibre revendiqué entre nature alpine et modernité urbaine. Une mise en scène classique, mais efficace, loin de toute tentative de rupture artificielle.
Défilé des athlètes, fractures politiques et retour au sport
Le défilé des nations, réparti sur plusieurs sites alpins, a marqué une rupture avec la tradition d’unité olympique. Chaque délégation défilait depuis son site de compétition, une configuration inédite qui a dilué l’émotion collective autrefois centrale.
L’équipe d’Italie a naturellement été ovationnée, tout comme celle de l’Ukraine. En revanche, la délégation israélienne a été sifflée, tout comme, dans une moindre mesure, celle des États-Unis. Une séquence révélatrice des tensions géopolitiques persistantes, malgré l’idéal affiché de neutralité du CIO.
Côté français, 127 athlètes ont défilé depuis Livigno, emmenés par Clément Noël et Chloé Trespeuch, dans des tenues sobres et élégantes. Il s’agissait de la plus importante délégation tricolore de l’histoire des Jeux d’hiver, malgré une organisation éclatée.
Après les discours protocolaires du président italien Sergio Mattarella, de la présidente du CIO Kirsty Coventry et du président du comité d’organisation Giovanni Malagò, le relais de la flamme a repris.
Le moment le plus émouvant de la soirée est sans doute venu avec Andrea Bocelli, interprétant Nessun Dorma de Puccini, plongeant San Siro dans un silence respectueux.
Les appels à la paix, portés successivement par le rappeur Ghali et une citation de Nelson Mandela, sont restés sobres, sans excès de mise en scène ni récupération militante. Un équilibre volontairement tenu.
La flamme a finalement été allumée simultanément à Milan et à Cortina, concluant une cérémonie classique dans sa forme, mais cohérente dans son message.
L’Italie n’a pas cherché à choquer ni à déconstruire. Elle a préféré rassembler autour du sport, de son histoire et de sa culture, assumant pleinement une vision apaisée des Jeux.
Désormais, place aux épreuves. Et, enfin, au sport.

















