Un tournant politique majeur s’est joué ce matin à Nouméa, au cœur même de la communauté wallisienne et futunienne et devant une salle comble. Plus de 300 personnes de la communauté étaient présentes. Jonas Taofifenua, membre fondateur de l’Éveil océanien, a officialisé sa rupture avec le mouvement qu’il avait contribué à créer, dénonçant un positionnement devenu, selon lui, ambigu, incompatible avec ses convictions profondes et son attachement à la France.
Conseiller municipal de Nouméa, figure connue de la communauté et dépositaire d’une légitimité coutumière, Jonas Taofifenua a choisi de s’exprimer publiquement devant les chefs coutumiers et responsables traditionnels conviés pour l’occasion afin de leur présenter ses excuses. Il reconnaît avoir cautionné la création de l’Éveil océanien et être personnellement allé à la rencontre des autorités coutumières pour les convaincre d’y adhérer. Une prise de parole pensée comme un acte de clarification politique autant que comme un geste personnel.
Une démission assumée et un retour au camp loyaliste
Mercredi soir, Jonas Taofifenua a quitté officiellement le groupe de l’Éveil océanien au conseil municipal de Nouméa pour rejoindre la majorité municipale. Une décision qu’il dit mûrie, mais douloureuse, tant son engagement initial dans la création du mouvement avait été total.
Il explique ne plus se reconnaître dans l’évolution idéologique du parti, ni dans certaines prises de position qu’il juge contraires à l’avenir institutionnel qu’il défend pour la Nouvelle-Calédonie.
J’ai vu des tergiversations, des changements que je n’ai pas crus. C’est pour ça que j’ai décidé, en mon âme et conscience, de quitter ce parti.
Issu d’une famille historiquement engagée du côté loyaliste, Jonas Taofifenua revendique une continuité politique et familiale claire.
Toute ma famille a été loyaliste jusqu’au bout. Mon grand-père, mon père, toute la famille Taofifenua.
La troisième voie n’existe pas
C’est le passage le plus tranchant de son intervention. Devant les chefs coutumiers, Jonas Taofifenua a balayé l’idée d’un positionnement intermédiaire, longtemps revendiqué par l’Éveil océanien.
Pour moi, il n’y a pas de bloc central. Il n’y a pas de troisième voie. Soit on est pour la France, soit on est indépendantiste. C’est tout.
Il a également tenu à souligner que cette ligne floue avait déjà conduit de nombreux membres à quitter le mouvement.
Et je veux dire aujourd’hui qu’il y a du monde qui a quitté le parti, parce qu’il ne se retrouvait pas au niveau du parti de l’Éveil océanien. Avec toutes les prises de décision pour l’avenir de ce pays, ce n’était pas cela, ce n’était pas ce que je pensais moi.
Des autorités coutumières venues entendre et acter la rupture
La réunion de ce matin s’est tenue en présence de nombreuses autorités coutumières et figures reconnues des royaumes de Wallis et Futuna, conviées personnellement par Jonas Taofifenua. Parmi elles figuraient notamment Faipule Manuka Manuele, représentant de Hahake, Faipule Polelei Topie pour Muʻa, Faipule Taofifenua Atonio pour Hihifo, ainsi que Pelesita Paagalua Alenato, chefferie de Sigave.
Étaient également présents Pelesita Lakalaka Robert, Fakafologa Niuliki pour Alo, Kalafilia Atelemo Laualiki pour Muʻa, Makalo Nope Mafutuna pour Muʻa, Heu Nofonofo pour Hihifo, ainsi que des membres des comités coutumiers, dont Toloke Saliga Alesio et Keletaona, représentant Sigave.
Une présence à la fois symbolique et politique, illustrant la volonté de Jonas Taofifenua d’assumer publiquement sa responsabilité passée et de s’adresser directement à ceux qu’il avait, à l’origine, sollicités pour accompagner la création de l’Éveil océanien.
Le soutien affiché des loyalistes
Présente à l’invitation de Jonas Taofifenua, Sonia Backès, présidente de la province Sud et cheffe de file des loyalistes, a tenu à marquer son soutien à cette prise de position publique, dans un cadre assumé comme politique.
Je suis venue à l’invitation de Jonas Taofifenua, compte tenu de la volonté de la majorité de la communauté wallisienne et futunienne de rester dans la République française et des ambiguïtés de l’Éveil océanien.
Elle a insisté sur la portée politique du rassemblement observé ce matin.
La présence en nombre de la communauté montre qu’elle est consciente de l’intérêt, pour les Wallisiens et les Futuniens, de garder ce lien très fort avec la France et de rester à l’intérieur de la République française.
Sonia Backès a enfin mis en garde contre certains discours tenus ces derniers mois.
Il y a ce qu’on dit et il y a ce qu’on fait.
La maire de Nouméa appelle au rassemblement
La maire de Nouméa, Sonia Lagarde, était également présente. Elle a souligné le caractère humain et fraternel de cette rencontre avec une communauté qu’elle dit bien connaître.
Je suis venue pour rencontrer la communauté wallisienne et futunienne, une communauté que je connais bien depuis très longtemps.
J’ai retrouvé aujourd’hui des visages extrêmement familiers.
Pour Sonia Lagarde, ce moment dépasse le seul cadre politique et s’inscrit dans une perspective plus large pour l’avenir du territoire.
C’est un bon augure pour notre pays, où nous devons tous nous parler, nous rassembler et construire le pays tous ensemble.
Un message adressé aux chefs coutumiers et à l’État
La réunion de ce matin avait une portée symbolique assumée. En conviant les autorités coutumières, Jonas Taofifenua a voulu assumer publiquement sa responsabilité passée et réaffirmer une ligne politique sans équivoque.
Je les ai invités aujourd’hui pour leur dire pardon de ce que j’avais fait.
Au-delà du geste, le message est clairement politique. Jonas Taofifenua appelle à un rassemblement sans ambiguïté des communautés loyalistes afin d’envoyer un signal lisible à Paris.
Il faut que l’État français, les députés, les sénateurs, puissent dire que la communauté est ensemble, loyaliste jusqu’au bout.
Cette prise de parole acte non seulement une rupture personnelle, mais pourrait aussi marquer un moment charnière pour l’Éveil océanien, désormais confronté à une remise en cause publique de sa ligne politique et à une fragilisation interne de plus en plus visible.

















