Quand un fleuron industriel français vacille, les marchés ne pardonnent rien.
Chez Eramet, les secousses s’enchaînent et interrogent désormais la solidité de la gouvernance.
Une direction financière fragilisée après le départ du directeur général
Le groupe minier français Eramet traverse une zone de turbulences sans précédent. Quelques jours seulement après l’éviction de son directeur général, Paulo Castellari, c’est désormais la direction financière qui vacille.
Lundi, le groupe a annoncé la dispense temporaire d’activité de son directeur financier, Abel Martins-Alexandre, en poste depuis septembre 2025.
Selon le communiqué officiel, cette décision vise à permettre le bon déroulement d’une enquête indépendante, déclenchée après un signalement de plusieurs collaborateurs concernant les pratiques de management au sein de la direction financière.
Eramet insiste sur un point : aucun lien n’existe avec le départ de Paulo Castellari, révoqué début février pour des divergences avec le conseil d’administration sur les modes de fonctionnement.
Dans un contexte déjà tendu, cette précision peine à rassurer. Le départ brutal du directeur général, moins d’un an après sa prise de fonctions, avait déjà semé le doute sur la stabilité interne du groupe.
La Bourse sanctionne une gouvernance jugée instable
Sans surprise, les marchés ont immédiatement réagi. À la Bourse de Paris, le titre Eramet a lourdement chuté, enregistrant une baisse allant jusqu’à 8 %, dans un marché pourtant stable.
La semaine précédente, l’action avait déjà décroché de près de 10 % après l’annonce du départ du directeur général.
Pour les investisseurs, le signal est clair : l’accumulation de crises managériales fragilise la crédibilité du groupe.
Les analystes n’ont pas caché leur étonnement. Oddo BHF évoquait un véritable choc, soulignant que rien, vu de l’extérieur, ne laissait présager de tels désaccords au sommet de l’entreprise.
Cette instabilité arrive au pire moment. Eramet doit publier ses résultats annuels 2025 le 18 février, alors que le groupe a déjà affiché une perte nette de 152 millions d’euros au premier semestre, pour un chiffre d’affaires de 1,4 milliard d’euros.
Un fleuron stratégique affaibli par des tensions internes persistantes
Eramet n’est pas un acteur industriel comme les autres. Le groupe produit du manganèse, du nickel, des sables minéralisés et, depuis fin 2024, du lithium : des ressources stratégiques pour l’industrie française et européenne, notamment dans l’acier et les batteries électriques.
Pourtant, derrière ce positionnement clé, la gouvernance apparaît fragilisée par des tensions récurrentes entre actionnaires.
Oddo BHF rappelle un historique mouvementé, marqué par des intérêts divergents entre la famille Duval, actionnaire à hauteur de 37 %, et l’État, qui détient environ 30 % du capital.
Là où la famille Duval privilégie la rémunération des actionnaires, l’État met en avant les investissements de long terme et la croissance industrielle.
Résultat : une stratégie parfois brouillée, une allocation du capital contestée et une direction prise en étau entre des visions opposées.
En attendant la nomination d’un nouveau directeur général, Christel Bories assure l’intérim. Elle affirme que la stratégie du groupe reste inchangée, notamment le programme annoncé en décembre visant à améliorer la rentabilité sur deux ans face à des conditions de marché difficiles.
Mais dans un climat de défiance généralisée, les paroles ne suffisent plus. Pour un groupe industriel stratégique, soutenu en partie par l’État, la stabilité de la gouvernance n’est pas un luxe : c’est une exigence.


















