Polynésie : le kava bientôt strictement encadré !

Une boisson euphorisante, une dérive inquiétante. Après l’euphorie de la libéralisation, la Polynésie française réarme son arsenal réglementaire face à la montée du kava.
Un retour à la prudence après une libéralisation trop rapide
Depuis mai 2024, le kava, cette racine traditionnelle du Pacifique Sud réputée pour ses effets anxiolytiques et sédatifs, pouvait être importé et commercialisé librement en Polynésie française.
En rompant avec le monopole pharmaceutique, le gouvernement souhaitait alors reconnaître la pharmacopée locale et soutenir une filière « naturelle » porteuse de traditions.
Mais à peine un an plus tard, l’expérience tourne court. Des cas d’atteintes hépatiques signalés chez certains consommateurs ont réveillé les inquiétudes du corps médical. À cela s’ajoute une explosion des ventes de poudre de kava sur les marchés, parfois sans traçabilité claire ni contrôle sanitaire.
Face à cette dérive, le Conseil des ministres a décidé de reprendre la main.
Un projet d’arrêté, actuellement en consultation, prévoit un encadrement strict des conditions d’importation et de commercialisation du kava et de ses dérivés.
Objectif : éviter que la Polynésie ne devienne un nouveau terrain d’expérimentation pour une consommation hors contrôle.
Le texte veut protéger la santé publique et éviter le désordre
Le futur arrêté, qui entrerait en vigueur le 1er janvier 2026, n’interdit pas le kava, mais le réglemente fermement. Seules certaines variétés et certaines parties de la plante pourront être importées et transformées. Les produits devront également comporter des mentions d’étiquetage précises, informant sur les effets secondaires possibles.
Le gouvernement accorde une période transitoire de trois mois pour écouler les stocks existants avant l’application des nouvelles règles.
Derrière ce durcissement, une logique de prévention sanitaire assumée. Car le kava n’est pas une simple tisane relaxante : ses effets psychotropes peuvent altérer la vigilance, provoquer une dépendance et fragiliser le foie.
En somme, le texte vise à protéger les Polynésiens d’eux-mêmes, dans une approche de santé publique qui replace la responsabilité au cœur de la décision politique.
Freiner l’essor des « nakamals » et préserver la cohésion sociale
Au-delà de la santé, le gouvernement polynésien veut éviter un phénomène social déjà visible ailleurs dans le Pacifique. En Nouvelle-Calédonie comme au Vanuatu, les « nakamals » — ces bars à kava où l’on consomme la boisson jusqu’à tard dans la nuit — ont proliféré ces dernières années, avec leur lot d’insécurité, d’absentéisme et de marginalisation.
Ces lieux d’apparence conviviale sont devenus, dans certaines zones, de véritables foyers d’addiction et de désocialisation, bien loin de l’esprit rituel d’origine.
En prenant les devants, la Polynésie française envoie un signal clair : pas question de reproduire les mêmes erreurs. Le pays ne veut ni d’un commerce sauvage ni d’une jeunesse anesthésiée sous couvert de coutume.
Le message du gouvernement est limpide : le kava ne sera pas la nouvelle drogue douce de la République.
Le kava, symbole de tradition, ne doit pas devenir un cheval de Troie pour l’affaiblissement social ou l’évasion morale. Ce projet d’arrêté, loin d’être liberticide, incarne une volonté ferme : protéger la population avant qu’il ne soit trop tard.
Dans le Pacifique, où les défis sanitaires et sociaux s’entrecroisent, la décision polynésienne sonne comme un rappel salutaire : la liberté ne vaut rien sans responsabilité.

