Depuis Bakou, Ilham Aliev prétend décider de l’avenir de la Nouvelle-Calédonie

Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a de nouveau appelé à l’« indépendance » de la Nouvelle-Calédonie, de la Polynésie et de la Martinique. Une déclaration qui intervient alors que la France accuse depuis plusieurs années Bakou de chercher à fragiliser sa souveraineté dans les Outre-mer.
Ilham Aliev réclame la « liberté » de la Nouvelle-Calédonie
L’Azerbaïdjan ne cache désormais plus ses ambitions dans les territoires français d’outre-mer. Lors du quatrième Forum mondial des médias de Choucha, organisé le 13 juillet 2026, le président Ilham Aliev a ouvertement apporté son soutien aux mouvements indépendantistes de plusieurs collectivités liées à la France.
Devant les participants, le dirigeant azerbaïdjanais a accusé Paris de maintenir des territoires situés à plusieurs milliers de kilomètres de la métropole dans une situation comparable, selon lui, à celle de « colonies ».
« Au XXIe siècle, il n’est pas possible de maintenir comme colonies des territoires situés à 10 000 kilomètres de distance », a-t-il déclaré. Ilham Aliev a également affirmé que les populations concernées souhaiteraient « vivre leur propre vie ».
Le président azerbaïdjanais a ensuite explicitement cité la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie et la Martinique, assurant que son pays soutenait leur indépendance. La retranscription officielle de la présidence azerbaïdjanaise mentionne également Sint Maarten, la partie néerlandaise de l’île de Saint-Martin, et non la collectivité française de Saint-Martin.
Une nouvelle attaque contre la souveraineté française
Ilham Aliev a également évoqué la Corse, affirmant que ses habitants souhaiteraient préserver leur langue et voir leur identité respectée. Il n’est toutefois pas allé jusqu’à appeler aussi directement à l’indépendance de l’île.
Ces déclarations dépassent largement le cadre d’un simple commentaire diplomatique. Elles s’inscrivent dans une stratégie assumée par Bakou visant à internationaliser les revendications séparatistes présentes dans certains territoires français.
Depuis plusieurs années, l’Azerbaïdjan accueille des délégations indépendantistes, organise des conférences consacrées à la prétendue « décolonisation française » et finance une intense campagne de communication par l’intermédiaire du Baku Initiative Group, ou Groupe d’initiative de Bakou.
Officiellement, cette structure affirme défendre les peuples confrontés au colonialisme. Les autorités françaises la présentent au contraire comme un outil d’influence directement lié à l’État azerbaïdjanais.
Le Groupe d’initiative de Bakou identifié comme une officine de propagande
Dans un rapport consacré aux actions du Baku Initiative Group, le service français Viginum a qualifié cette organisation d’« officine de propagande d’État ». Selon l’organisme rattaché au Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, son activité cherche notamment à remettre en cause la souveraineté française dans les Outre-mer et en Corse.
Entre juillet 2023 et octobre 2024, Viginum a analysé les publications du groupe ainsi que celles d’un réseau de comptes associés. Les autorités françaises ont constaté une diffusion coordonnée de contenus destinés à présenter la France comme une puissance coloniale et à amplifier les discours séparatistes.
Cette offensive informationnelle a été particulièrement visible pendant les émeutes de mai 2024 en Nouvelle-Calédonie. Les 15 et 16 mai, Viginum avait détecté la propagation massive de contenus inexacts ou trompeurs accusant notamment les forces de l’ordre françaises de tirer sur des manifestants indépendantistes. Plusieurs comptes impliqués affichaient une localisation en Azerbaïdjan.
La Nouvelle-Calédonie au cœur de la confrontation entre Paris et Bakou
La Nouvelle-Calédonie est ainsi devenue l’un des principaux terrains de la confrontation diplomatique entre la France et l’Azerbaïdjan. En mai 2024, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin avait accusé Bakou d’ingérence et dénoncé les relations nouées entre certains responsables indépendantistes calédoniens et les autorités azerbaïdjanaises.
Des drapeaux de l’Azerbaïdjan avaient notamment été observés lors de rassemblements indépendantistes. Des campagnes numériques utilisant des mots-dièses comme « Recognize New Caledonia » avaient également été déployées pour diffuser une lecture anti-française de la crise. Bakou a toujours rejeté ces accusations.
La diplomatie française estime aujourd’hui que l’Azerbaïdjan a mené des initiatives contre l’intégrité territoriale de la France ainsi que plusieurs tentatives d’ingérence dans ses collectivités ultramarines, en particulier en Nouvelle-Calédonie. Le Quai d’Orsay rappelle néanmoins qu’un dialogue entre Paris et Bakou a repris depuis janvier 2025 afin de tenter de normaliser les relations bilatérales.
Bakou nie toute ingérence dans les affaires françaises
Ilham Aliev conteste cependant toute volonté de déstabilisation. Selon lui, ses prises de position relèvent simplement de la défense universelle des droits de l’homme.
« Nous ne nous ingérons pas dans les affaires intérieures de la France », a-t-il assuré. Le président azerbaïdjanais considère que Bakou ne ferait que répondre aux critiques régulièrement formulées par Paris contre son régime.
Cette justification peine toutefois à convaincre au regard des moyens déployés par l’Azerbaïdjan, des liens entretenus avec plusieurs organisations séparatistes et des campagnes numériques documentées par les services français.
La mobilisation soudaine de Bakou en faveur des territoires français coïncide également avec la forte dégradation des relations entre les deux pays. L’Azerbaïdjan reproche notamment à la France son soutien à l’Arménie, adversaire historique de Bakou dans le conflit du Haut-Karabakh.
Une instrumentalisation des divisions calédoniennes
En se présentant comme le défenseur de la Nouvelle-Calédonie, Ilham Aliev cherche à transformer une question politique française en instrument de pression diplomatique. Cette stratégie permet à Bakou de répondre aux critiques de Paris tout en fragilisant la présence française dans l’Indo-Pacifique.
Elle ignore surtout les choix démocratiques exprimés par les Calédoniens. Lors des trois référendums d’autodétermination organisés en 2018, 2020 et 2021, l’indépendance a été rejetée à chaque scrutin.
L’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie relève d’abord des Calédoniens et du dialogue mené au sein de la République. Il ne peut être décidé depuis Bakou, au gré des tensions diplomatiques opposant l’Azerbaïdjan à la France.
Derrière le discours sur la « décolonisation », c’est donc bien une nouvelle tentative d’instrumentalisation de la question calédonienne qui se dessine. Une intervention étrangère d’autant plus préoccupante qu’elle ne cherche pas à apaiser les divisions du territoire, mais à les exploiter au service des intérêts géopolitiques de l’Azerbaïdjan.

