Deux semaines avant Noël, le Congrès de Nouvelle-Calédonie aborde l’une des séquences les plus explosives de l’année. Entre divergences politiques, calendrier resserré et pression de l’État, les élus devront trancher.
Parce qu’au-delà des postures, c’est l’avenir institutionnel du territoire qui se joue dans les prochains jours.
Une consultation sous pression politique et un Congrès fracturé
Fin d’année tendue pour les 54 conseillers du Congrès, engagés dans une semaine législative dense dont le point culminant sera la séance publique du 3 décembre 2025. Ce jour-là, les élus devront rendre un avis consultatif sur le projet de loi organisant la consultation des populations intéressées, prévue le 15 mars 2026, conformément à la loi organique du 19 mars 1999.
Cette saisine du Congrès, enregistrée sous le courrier n° 693 du 21 novembre, intervient en procédure d’urgence à la demande du haut-commissaire. Dès le 27 novembre, la commission de la législation s’est réunie pour examiner le texte. Une réunion qui aurait pu être purement technique, mais qui a mis en lumière des fractures profondes au sein du camp signataire de l’accord de Bougival.
Le groupe UNI a tout simplement boycotté la commission. Éveil océanien et Calédonie ensemble ont exprimé de fortes réserves, craignant que la consultation ne fragilise leur position politique. Le risque était clair : un avis négatif du Congrès, qui aurait affaibli l’ensemble du processus institutionnel.
Pour éviter cette impasse, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a dépêché trois hauts fonctionnaires expérimentés : Thierry Lataste, Rémi Bastille et Benoît Lombrière. Leur mission : sécuriser, clarifier et verrouiller le texte avant son passage en séance publique. Un geste politique fort, destiné à empêcher le blocage et à rappeler le sens de l’accord de Bougival, que Paris entend faire respecter.
Mais un nouveau rebondissement a encore tendu l’atmosphère. La séance du 3 décembre, annoncée comme houleuse, pourrait ne pas avoir lieu. Saisie par la ministre des Outre-mer, Veylma Falaeo doit réunir le bureau du Congrès ce lundi pour examiner la situation.
Car le 29 novembre, la députée Naïma Moutchou a transmis une saisine rectificative : au lieu d’une consultation prévue « au plus tard le 15 mars », le texte fixe désormais le 15 mars de façon ferme. Une subtilité juridique, mais un changement majeur qui assouplit les délais et évite la thrombose institutionnelle.
Cette rectification donne à l’institution du boulevard Vauban un temps supplémentaire pour intégrer :
– les conclusions de la mission envoyée par Paris,
– la nouvelle date d’avis du Conseil d’État, reportée du 4 au 11 décembre.
Les élus disposent ainsi d’un véritable délai de réflexion, enfin compatible avec l’ampleur du sujet. Et tout devrait se décider ce lundi 1er décembre, lorsque le bureau du Congrès tranchera sur la tenue, le report ou l’adaptation de la séance.
Pour le groupe « Les Loyalistes », l’essentiel demeure : respecter l’esprit et la lettre de Bougival et maintenir un cap de stabilité. Car pour eux, c’est la seule voie réaliste pour reconstruire un territoire fracturé depuis trop longtemps.
Le territoire n’a plus le luxe de s’enfermer dans l’immobilisme ou la fragmentation politique.
Une avalanche de textes en commissions : l’autre marathon des élus
Pendant que la question institutionnelle accapare l’espace public, le Congrès doit aussi examiner une série impressionnante de textes techniques, indispensables au fonctionnement du territoire. Une surcharge qui confirme que la fin d’année n’a rien d’un ralentissement.
Dès le 1ᵉʳ décembre, la commission de la législation se penchera sur le projet d’ordonnance portant la partie législative du code des douanes, une réforme majeure pour l’économie calédonienne.
Le 2 décembre, la commission de l’organisation administrative examinera :
– la synthèse des recommandations de la CTC après les auditions des 17 et 21 novembre ;
– le rapport de suivi 2024 sur les obligations juridiques des établissements publics.
Le même jour, place aux infrastructures, à l’énergie et aux transports avec :
– l’élection d’un nouveau vice-président ;
– l’étude d’une délibération sur la taxe de développement du tourisme de croisière.
Un dossier stratégique quand on sait que le tourisme est devenu l’un des rares secteurs capables de diversifier l’économie, à condition d’être piloté avec rigueur et vision à long terme.
La commission de la santé se réunira le 4 décembre, avec une audition de la Fédération des professionnels de santé et l’examen de textes essentiels : loi du pays sanitaire, résolutions pénales, mises à jour réglementaires. Dans un système de santé fragilisé, ces textes pourraient rééquilibrer certaines politiques publiques et renforcer la protection juridique des acteurs du secteur.
Connectivité, aviation, énergie : des choix stratégiques pour préparer 2026
La fin de semaine mettra en lumière plusieurs sujets lourds : connectivité, desserte aérienne, mobilité, aviation civile. Autant de domaines structurants pour un territoire insulaire qui dépend plus que jamais de ses infrastructures.
Le 5 décembre au matin, la commission des infrastructures examinera le projet de loi du pays pour une meilleure connectivité en Nouvelle-Calédonie, un texte attendu et rapporté par Lionnel Brinon. Dans un archipel où la fracture numérique reste un handicap majeur, cette réforme pourrait renforcer à la fois l’économie, l’éducation et la souveraineté technologique.
L’après-midi, place aux auditions de l’ADANC et d’Aircalin, avant l’examen d’une proposition de délibération visant à actualiser le cadre juridique de l’aviation civile (texte Suve–Frogier). Un chantier clé pour l’avenir du transport aérien, secteur vital pour le désenclavement des îles et l’attractivité du territoire.
Sous la surface technique, ces dossiers traduisent un message politique clair : la Nouvelle-Calédonie doit arrêter de subir et recommencer à construire.
Si l’avis sur la consultation du 15 mars concentre les regards, la semaine entière révèle une réalité : le territoire a besoin de décisions fermes, de textes solides et d’une majorité prête à assumer les responsabilités.
Car ce n’est qu’en avançant que la Nouvelle-Calédonie retrouvera une trajectoire claire, stable, durable.
Et surtout, profondément française.


















