Sécurité au fenua : les chiffres qui inquiètent

L’heure n’est plus aux slogans, mais aux chiffres. En Polynésie française, l’État dresse un bilan 2025 sans détour : des résultats, mais aussi des alertes claires.
Vols en baisse : des résultats concrets pour la sécurité du quotidien
Présenté le 27 février 2026 par le haut-commissaire Alexandre Rochatte, le bilan de la délinquance 2025 en Polynésie française se veut transparent.
Le message est clair : la sécurité est le premier droit des citoyens et le premier devoir de l’État.
En 2025, la délinquance acquisitive recule de 2,2 %. 4 095 faits ont été constatés contre 4 187 en 2024.
Les vols diminuent également : 3 725 faits contre 3 844 l’année précédente. Les cambriolages baissent de 6,8 %. Les vols liés aux véhicules à moteur chutent de 9,8 %.
Pour 1 000 habitants, la Polynésie française affiche 14,69 faits contre 27,71 au niveau national.
Un écart significatif.
Le taux d’élucidation global atteint 32,3 %, soit plus du double de celui de la métropole (14,2 %).
Un indicateur qui confirme l’efficacité des forces de sécurité intérieure.
Le plan d’actions pour la sécurité du quotidien, renforcé en 2025, a permis de contenir la délinquance sur la voie publique : opérations « place nette » à Papeete, contrôles coordonnés dans les transports publics, présence accrue autour des établissements scolaires.
L’État revendique une stratégie d’occupation du terrain. Partout. Tout le temps.
Mais derrière ces bons résultats, une autre réalité s’impose.
Violences et routes : la fracture silencieuse
Les atteintes volontaires à l’intégrité physique (AVIP) progressent de 15,7 % : 5 043 faits constatés en 2025 contre 4 357 en 2024.
La majorité concerne des violences non crapuleuses, souvent intrafamiliales. 5 232 victimes ont été recensées. 2 951 relèvent de violences intrafamiliales.
La sphère familiale reste le premier lieu de violence.
La Polynésie française enregistre pourtant les meilleurs taux d’élucidation des Outre-mer : 81,6 % pour les AVIP ; 84 % pour les violences physiques non crapuleuses.
Les forces de sécurité peuvent s’appuyer sur les intervenantes sociales en commissariat et en gendarmerie. 1 561 usagers ont été accompagnés en 2025.
Autre point noir : la sécurité routière.
283 accidents ont été recensés. 35 morts, contre 39 en 2024. 325 blessés, dont 167 hospitalisés.
Si le nombre de tués diminue, les accidents et les blessés progressent de 8 %.
Les victimes sont à 80 % des hommes. Les deux-roues représentent 60 % des décès.
Les causes sont connues : vitesse (39 %), alcool (33 %), stupéfiants (30 %).
Le cumul de ces facteurs est présent dans 10 accidents mortels.
Le risque de mortalité est 2,5 fois plus élevé qu’en métropole : 126 décès par million d’habitants contre 49 en France hexagonale.
46 508 dépistages d’alcool ont été réalisés. 11 209 dépistages de stupéfiants. 3 343 conduites sans permis constatées. 637 suspensions de permis prononcées.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La répression est massive. Mais la responsabilisation individuelle reste essentielle.
Stupéfiants : l’État frappe fort contre le narcotrafic
C’est l’autre enseignement majeur du bilan 2025 : les infractions à la législation sur les stupéfiants bondissent de 32,9 %.
3 400 infractions ont été relevées. Un taux deux fois supérieur à la moyenne nationale.
La lutte contre le narcotrafic est devenue une priorité absolue.
Plus de 25 000 pieds de cannabis ont été détruits. 1,5 tonne d’herbe a été saisie. La valorisation est estimée à 1,463 milliard de francs pacifique.
60,42 kg d’ice étaient destinés au marché local. 1,94 kg de cocaïne pour la consommation locale. Près de 2 tonnes de cocaïne en transit vers d’autres pays.
Les avoirs criminels saisis atteignent 526 272 912 XPF en 2025, soit +78,5 % par rapport à 2024.
Un quart des infractions relevées concerne désormais les stupéfiants.
Le plan territorial de lutte contre les stupéfiants 2025-2026 repose sur six axes stratégiques : contrôle renforcé des flux, neutralisation des réseaux, lutte contre le blanchiment, exploitation du renseignement, coopération internationale, association des communes.
La loi du 13 juin 2025 visant à sortir la France du piège du narcotrafic offre un arsenal renforcé : interdictions de paraître, fermetures administratives, outils administratifs rapides.
En 2025 : 5 interdictions de paraître. 1 fermeture administrative d’un établissement impliqué dans des activités de blanchiment.
L’action de l’État s’exerce sur terre, en mer et dans les airs. Quatre opérations de lutte contre le narcotrafic ont été conduites en mer sous l’autorité du haut-commissaire.
La coopération régionale dans le Pacifique s’intensifie. Les flux financiers illicites sont ciblés. Le blanchiment est traqué.
Le message est sans ambiguïté : aucun territoire ne doit devenir une base arrière du narcotrafic international.
Ce bilan 2025 ne nie rien. Il assume les difficultés. Il revendique les résultats.
La sécurité en Polynésie française progresse concernant les vols. Elle résiste face aux violences. Elle se renforce contre les trafics. Mais la bataille continue.

