Économie ultramarine : la vague de faillites qui inquiète la France

L’alerte est brutale. Les chiffres viennent de tomber, et ils ne racontent pas une histoire rassurante.
Une hausse plus forte qu’en France : le décrochage ultramarin
Les données publiées par l’IEDOM et l’IEOM sont sans appel. En 2025, 2 832 redressements et liquidations judiciaires ont été enregistrés dans l’ensemble des territoires ultramarins.
Sur un an, cela représente une hausse de 12,2 %, contre seulement 3,5 % pour la France entière.
L’écart est net. Et il marque un tournant.
En 2024, les économies ultramarines affichaient une progression plus modérée des défaillances que l’Hexagone. En 2025, la tendance s’inverse clairement.
Nous en sommes désormais à quatre années consécutives de hausse. Le cumul annuel atteint son plus haut niveau depuis la période post-Covid.
Les défaillances comptabilisées incluent les redressements judiciaires et les liquidations judiciaires.
Il s’agit d’unités légales identifiées par numéro SIREN, RIDET ou T.A.H.I.T.I, selon les territoires.
Une précision importante : une défaillance n’est pas systématiquement une cessation définitive d’activité. Mais elle reste un signal économique majeur.
En clair, le tissu entrepreneurial ultramarin encaisse un choc plus violent que le reste du pays.
Tous les secteurs frappés… sauf un
La hausse est quasi généralisée. À l’exception d’un seul secteur : information et communication, stable sur un an. Partout ailleurs, les voyants clignotent.
Cinq secteurs affichent une progression supérieure à 10 %. Et certains explosent littéralement.
Le transport et l’entreposage enregistrent 28,6 % de défaillances. L’hébergement-restauration grimpe à 25,2 %. Les conseils et services aux entreprises progressent de 24,6 %.
Ces trois secteurs figurent parmi les plus dynamiques en période normale. Ils sont aujourd’hui parmi les plus fragilisés.
L’enseignement, la santé, l’action sociale et les services aux ménages augmentent de 17,2 %. Les activités immobilières progressent de 15 %.
Même la construction, pourtant déjà fortement secouée en 2024, repart à la hausse avec 7,3 %. Après un léger recul au troisième trimestre, la dynamique redevient positive.
L’industrie, de son côté, affiche 6 %, soit un ralentissement par rapport aux 15 % de 2024. Le commerce et la réparation automobile limitent la casse à 3,4 %.
Mais le constat reste limpide : l’économie ultramarine est sous tension dans presque tous les compartiments.
Des situations contrastées selon les territoires
Derrière le total global, les réalités locales varient fortement.
En Guadeloupe, les défaillances atteignent 498 unités, soit 44,3 % en un an.
Elles ont doublé en trois ans. Les activités techniques, la construction et le commerce sont les principaux contributeurs.
En Guyane, la hausse est spectaculaire. Les défaillances passent de 55 à 168 en un an. Soit 205,5 %.
Tous les secteurs sont concernés. Les instituts précisent que l’arrivée à échéance des remboursements d’aides accordées pendant la crise sanitaire explique cette envolée.
En Martinique, les défaillances dépassent pour la première fois depuis 2013 le seuil des 500. La progression atteint 15,6 %. L’hébergement-restauration et la construction tirent la hausse.
À La Réunion, la situation est plus stable. Le nombre de défaillances recule légèrement à 1 107, soit 1,2 %. La construction contribue à cette amélioration, après un niveau historiquement élevé en 2024.
Mayotte enregistre une forte baisse, avec 20 défaillances, soit 52,4 %.
En Nouvelle-Calédonie, les dispositifs de soutien mis en place après la crise de mai 2024 ont permis de contenir la hausse. Le territoire totalise 385 défaillances, en progression de 11,3 % sur un an.
Le niveau reste toutefois inférieur à celui observé avant la crise Covid.
En Polynésie française, la tendance est inverse. Les défaillances reculent de 18,6 % sur un an. Depuis 2022, elles ont diminué de 30 %.
Ces écarts territoriaux montrent une chose : la résilience existe, mais elle dépend des choix économiques et des politiques de soutien.
Une alerte pour le modèle économique ultramarin
Le total Outre-mer atteint désormais 2 832 défaillances contre 2 523 en 2024. La France entière passe de 66 233 à 68 564.
L’écart de dynamique interroge. Pourquoi une telle différence de rythme ?
Les données disponibles évoquent notamment la fin des dispositifs exceptionnels liés à la crise sanitaire. Le remboursement des aides pèse désormais sur des trésoreries fragiles.
Dans des économies souvent dépendantes de la commande publique, du tourisme ou de la logistique, le moindre ralentissement se répercute immédiatement.
La hausse marquée dans le transport et l’hébergement-restauration confirme cette vulnérabilité structurelle.
Ces chiffres ne sont pas une opinion. Ils sont issus des bases Fiben et Eden, exploitées par les instituts d’émission.
Ils dessinent un paysage clair : l’année 2025 marque une accélération des défaillances d’entreprises en Outre-mer.
Et si certains territoires montrent des signes d’amélioration, la tendance globale reste préoccupante.
Pour les entrepreneurs ultramarins, le message est limpide : la sortie des aides exceptionnelles révèle les fragilités.
Pour les décideurs publics, le défi est tout aussi clair : restaurer la compétitivité réelle plutôt que prolonger indéfiniment l’assistance.
L’économie ultramarine ne manque ni de talents ni d’énergie. Mais en 2025, les chiffres rappellent une vérité simple : sans solidité structurelle, la croissance ne tient pas.

