Je me réveille, Nouméa est en soldes

Je devais vendre une vieille lampe demain.
Je me suis réveillé. Il pleuvait.
Le grand vide-grenier de la place des Cocotiers ?
Reporté.
Rendez-vous le 8 mars.
La météo a gagné.
Encore.
Alors je suis allé en ville.
Parce que les soldes ont commencé.
Un mois.
Des vitrines pleines de prix ronds.
1000 francs.
2000 francs.
Deux pour 3000.
Je suis venu pour des chaussettes.
Je suis reparti avec des trucs pas en solde.
C’était stratégique.
Enfin, je crois.
Des familles des îles descendent exprès.
“C’est moins cher ici.”
Tout le monde hoche la tête.
Personne ne vérifie.
Les commerçants respirent.
Février était compliqué.
Là, ça redémarre.
Un peu.
Mais un peu, c’est vital.
Pendant que j’hésite entre deux pyjamas,
la campagne municipale 2026 démarre.
123 listes.
Huit à Nouméa.
Sept au Mont-Dore et à Païta.
Six à Dumbéa.
Des meetings.
Des slogans.
Des promesses de “soigner la ville”.
Moi, je voulais juste soigner mon compte.
Un incendie au Méridien.
Local technique.
Pas de blessé.
Ouf.
Les défaillances d’entreprises augmentent.
+11,3 % en Nouvelle-Calédonie.
L’économie tousse.
Mais l’essence baisse.
151,10 francs le litre.
Je vais pouvoir rouler plus loin pour trouver moins cher.
Un salon de l’environnement à l’hippodrome.
Des convaincus.
Des experts.
Des récifs.
Des solutions fondées sur la nature.
Public familial timide.
La planète patiente.
Les archives dévoilent des trésors.
Des documents de six mètres.
Des chansons du bagne.
Des délais de 150 ans.
On manipule avec des gants.
Le passé est fragile.
Au Mont-Dore et à Dumbéa,
c’est la foire aux associations.
Taekwondo.
Roller.
Aquabike.
700 personnes pour un club tout neuf.
Les parents cherchent une activité.
Les enfants se cherchent eux-mêmes.
Et puis je regarde mon téléphone.
Et là, ça bascule.
Les États-Unis et Israël frappent l’Iran.
Explosions dans plusieurs villes.
Missiles détectés.
Riposte annoncée.
Sur Truth Social, le président américain promet de “détruire” les capacités de missiles iraniennes.
De “réduire à néant” sa marine.
Objectif : “éliminer des menaces imminentes”.
Les mots claquent plus fort que les promos.
Le Moyen-Orient s’embrase.
Encore.
Une fois de plus.
À Grenoble, un enfant de sept ans est gravement blessé.
Fusillade.
Peut-être une erreur d’appartement.
Comme si la violence pouvait se tromper de porte.
La Commission européenne avance sur l’accord avec le Mercosur.
Colère agricole.
Déni de démocratie, disent certains.
Colère partout.
À des échelles différentes.
Moi, je tenais un sac rempli de sous-vêtements en promo.
Je me suis demandé si le monde aussi était en liquidation.
On me dit “suivez le direct”.
Je rafraîchis.
Je lis.
Je repose le téléphone.
Le vide-grenier est reporté.
La ville est en campagne.
L’essence baisse.
Les entreprises tombent.
Les clubs recrutent.
Les archives respirent.
Les missiles partent.
Et moi, j’ai acheté des chaussettes.
Bref.

