Un hôtel de luxe, des villas en bord de lagon, une baie paradisiaque, un positionnement haut de gamme assumé. Sur le papier, le projet coche toutes les cases du rêve touristique calédonien. Problème : sur le terrain, personne n’en a entendu parler. Ni le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, ni la province Sud, ni même les autorités coutumières de l’Île des Pins. Bienvenue dans l’étrange affaire de « l’hôtel fantôme ».
Un communiqué très sûr de lui, un projet très discret
L’annonce est pourtant formelle : Infinitude Hospitality affirme avoir signé son tout premier projet dans le Pacifique Sud, précisément à la baie de Ouaméo, sur l’Île des Pins. Il s’agirait d’un hôtel de luxe composé exclusivement de villas en bord de mer, dont les détails seraient révélés « ultérieurement ».
Ultérieurement, sans doute. Mais pour l’instant, aucune trace administrative, aucune concertation connue, aucun signal public. Un projet cinq étoiles qui avance en toute discrétion… peut-être un peu trop.
Baie de Ouaméo : un site connu, un projet inconnu
La baie de Ouaméo n’est pas un terrain vierge au sens institutionnel du terme. À l’Île des Pins, chaque projet structurant implique nécessairement des échanges avec les collectivités, les services de l’État, mais aussi, et surtout, avec les autorités coutumières. Or, selon les informations recueillies par La Dépêche de Nouméa, aucun de ces acteurs n’a connaissance de ce futur hôtel.
Pas de demande officielle identifiée. Pas de présentation publique. Pas même un murmure local. À ce stade, le projet semble exister davantage dans un communiqué international que dans la réalité calédonienne.
Un développement international… sans escale locale
Infinitude Hospitality n’est pas un inconnu du secteur. Le groupe se positionne comme spécialiste de la gestion hôtelière et du conseil stratégique pour des actifs de luxe, principalement en Asie-Pacifique, au Moyen-Orient et en Europe. Il revendique des partenariats avec de grandes marques hôtelières mondiales, des enseignes boutique, et même une filiale à Tokyo chargée de piloter l’expansion au Japon.
Sur le plan théorique, le savoir-faire est là. Sur le plan local, en revanche, l’atterrissage semble pour l’instant manqué. Car en Nouvelle-Calédonie, on ne plante pas un hôtel de luxe comme on pose un drapeau sur une carte.
Un palace sans permis, sans palabre, sans lagon ?
La question n’est pas de savoir si l’Île des Pins peut accueillir un projet hôtelier haut de gamme. La question est de comprendre comment un tel projet peut être annoncé sans que les institutions concernées n’en aient connaissance.
Simple effet d’annonce destiné aux investisseurs ? Projet à l’état embryonnaire habillé trop vite de certitudes ? Ou confusion géographique un peu hâtive ? À ce stade, toutes les hypothèses restent ouvertes.
Quand le rêve précède la réalité
Dans un territoire où chaque projet touristique est scruté, débattu, parfois contesté, l’idée d’un hôtel de luxe « sorti de nulle part » prête autant à sourire qu’à s’interroger. L’Île des Pins n’est pas une page blanche. Encore moins un décor interchangeable sur une plaquette internationale.
Reste désormais à voir si cet hôtel fantôme prendra un jour corps, ou s’il restera une belle promesse flottant quelque part entre le Pacifique Sud… et les communiqués bien rédigés. À La Dépêche de Nouméa, nous ne manquerons pas de suivre ce dossier, aussi invisible soit-il pour l’instant.

















