Depuis plusieurs années, une méthode s’est installée dans le débat politique : prendre une posture, l’affirmer publiquement, et s’y tenir coûte que coûte, quitte à ce que les faits disent autre chose. Une mécanique déjà largement observée chez La France insoumise, et que l’on retrouve aujourd’hui, presque à l’identique, dans la communication du FLNKS.
Le communiqué diffusé après la visite en Nouvelle-Calédonie des députés du groupe Ensemble pour la République en est une illustration frappante. Le ton est accusateur. Le message est simple : le groupe UC-FLNKS et Nationalistes n’aurait jamais été invité à rencontrer la délégation. Sous-entendu : une mise à l’écart volontaire, une volonté d’exclusion, presque une manœuvre politique.
Sauf que cette affirmation ne résiste pas à l’examen des faits.
Une accusation grave… mais fragile
Dans son communiqué, le groupe UC-FLNKS affirme que la chaise est restée vide faute d’invitation. Il dénonce des déclarations fallacieuses et assure que la main n’a jamais été tendue. Le discours est clair, assumé, et destiné à l’opinion publique.
Le problème, c’est qu’aujourd’hui, ce type d’accusation ne peut plus se contenter d’un effet de manche. Nous ne sommes plus dans un monde de paroles contre paroles. Nous sommes dans un monde de traces.
Communiqué du FLNKS
Une organisation documentée, dès le mois de décembre
Contrairement à ce qui est affirmé, l’organisation des rencontres avec la délégation parlementaire ne s’est pas faite dans l’improvisation. Dès le mois de décembre 2025, une démarche officielle est engagée auprès du Congrès de la Nouvelle-Calédonie afin d’obtenir les coordonnées de l’ensemble des chefs de groupe politiques.
La réponse est transmise par les services du Congrès. Elle fournit les contacts demandés. Tous les groupes y figurent. Sans exception. Le groupe UC-FLNKS également. Le document est daté, signé, et parfaitement identifiable. Les captures d’écran que nous publions en attestent.
Mail du 16/12/25 :
Une invitation formelle, envoyée au bon interlocuteur
Dans la continuité de cette démarche, une invitation est adressée directement au représentant du groupe UC-FLNKS au Congrès. Elle propose un échange avec la délégation parlementaire dans le cadre officiel des rencontres prévues.
Il ne s’agit ni d’un message officieux, ni d’un contact indirect, ni d’une tentative maladroite. L’invitation est claire, contextualisée, et envoyée via les canaux institutionnels habituels.
Dès lors, soutenir publiquement qu’aucune invitation n’a jamais existé pose question.
Invitation formelle envoyée le 17/12/25 :
La chaise vide, ou l’absence de réponse
Le cœur du sujet est là. La chaise évoquée dans le communiqué n’a pas été retirée. Elle n’a pas été refusée. Elle n’a pas été oubliée. Elle est simplement restée sans réponse.
La différence est essentielle. Elle transforme une accusation politique en réalité administrative. Elle change complètement la lecture de la séquence.
Une méthode qui atteint ses limites
Cette affaire illustre surtout les limites d’une stratégie de communication fondée sur la posture. À l’ère des réseaux sociaux, des mails conservés, des captures d’écran et des documents partagés, l’affirmation brute ne suffit plus.
On peut critiquer une visite. On peut refuser une rencontre. On peut assumer un désaccord politique. Mais on ne peut pas affirmer un fait qui peut être immédiatement contredit par des documents écrits.
Dans cette séquence, les pièces existent. Elles sont vérifiables. Et elles racontent une histoire sensiblement différente de celle présentée dans le communiqué.
La politique gagne rarement à s’éloigner trop longtemps des faits. Et quand elle le fait, ce sont toujours les documents qui finissent par parler.



















