La dengue n’est plus une menace lointaine ou théorique.
Le virus circule de nouveau en Nouvelle-Calédonie, et l’alerte sanitaire est désormais officielle.
Une alerte sanitaire claire face à une menace désormais installée
Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie l’a annoncé ce mercredi 14 janvier 2026 par communiqué officiel : le virus de la dengue circule de nouveau sur le territoire. Après plusieurs mois de situation maîtrisée, le risque épidémique est désormais jugé réel par les autorités sanitaires.
Cette alerte n’a rien d’excessif ni d’idéologique. Elle repose sur des faits objectivés, notamment l’apparition de cas récents recensés depuis le 6 janvier 2026, confirmant une circulation active du virus. Le danger est accentué par une combinaison bien connue : saison des pluies, chaleur, eaux stagnantes et forte mobilité de la population liée aux vacances scolaires.
La direction des Affaires sanitaires et sociales (DASS) appelle donc la population à la plus grande prudence. Les déplacements entre communes, les vols internationaux et le brassage saisonnier favorisent une propagation rapide du virus, de la Grande Terre jusqu’aux îles. Le virus n’est plus aux frontières : il est présent sur le territoire.
Une exception sanitaire calédonienne bâtie sur la science et l’anticipation
Si l’alerte est prise au sérieux, c’est aussi parce que la Nouvelle-Calédonie part d’une situation historiquement favorable. En 2025, alors que Fidji, Samoa et la Polynésie française faisaient face à une crise sanitaire majeure totalisant plus de 20 000 cas, le territoire affichait un bilan exceptionnellement bas, avec seulement 22 cas recensés.
Cette réussite repose sur deux piliers stratégiques solides.
Le premier est la méthode Wolbachia, mise en œuvre depuis juillet 2019 dans le cadre du World Mosquito Program. Les premiers moustiques Aedes aegypti porteurs de la bactérie Wolbachia ont été lâchés le 10 juillet 2019 à Nouméa. Cette bactérie empêche les moustiques de transmettre les arbovirus, dont la dengue, le Zika et le chikungunya.
Les chercheurs de l’Institut Pasteur de Nouvelle-Calédonie ont procédé à des croisements progressifs entre moustiques porteurs et moustiques sauvages afin d’assurer la transmission durable de Wolbachia à la descendance. Le programme « Eliminate Dengue Project – Nouméa », mené par la Ville de Nouméa en partenariat avec la Monash University, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et l’IPNC, s’est déroulé sur trois années complètes.
Une vingtaine de personnes, dont quatre agents municipaux, ont travaillé dans les anciens locaux du Centre hospitalier territorial Gaston-Bourret. Les Nouméens ont été pleinement associés au projet, via des consultations publiques, des groupes communautaires de référence et la distribution de Wolbicaps, capsules contenant des œufs de moustiques à faire éclore chez soi.
Les résultats sont sans appel : en juillet 2021, les relevés montraient qu’en moyenne 70 % des moustiques Aedes aegypti de Nouméa étaient porteurs de Wolbachia. En mars 2025, cette proportion atteignait près de 80 % dans le Grand Nouméa, brisant efficacement la chaîne de transmission.
Pourquoi le risque épidémique redevient réel en 2026
Malgré ces succès, la situation évolue. La méthode Wolbachia ne couvre pas encore l’ensemble du territoire. Dans les communes non protégées, le virus circule sans barrière biologique. C’est dans ces zones vulnérables que le risque est aujourd’hui le plus élevé.
La DASS souligne également un facteur déterminant : près de 90 % des voyageurs revenant de zones à risque résident dans le Grand Nouméa. Si cette concentration a permis une protection efficace de la zone la plus mobile, elle implique aussi une vigilance constante, car la moindre faille peut relancer la circulation du virus vers les autres communes.
La météo actuelle joue un rôle aggravant. La chaleur et les pluies abondantes transforment les jardins, terrasses et abords des habitations en véritables usines à moustiques. Chaque soucoupe oubliée, chaque seau rempli d’eau devient un foyer de reproduction capable de produire des centaines de moustiques en quelques jours.
À cela s’ajoute la réalité des vacances : déplacements familiaux, visites intercommunales, flux aériens. Ce brassage constant facilite la diffusion rapide du virus, rendant la vigilance individuelle absolument indispensable. Le risque zéro n’existe pas, mais la propagation peut être freinée.
Gestes de prévention et responsabilité collective
Face à cette situation, trois gestes simples mais essentiels s’imposent.
D’abord, éliminer systématiquement les eaux stagnantes. Après chaque pluie, il est impératif de vider soucoupes, seaux, bidons, pneus usagés et d’éliminer les déchets autour des habitations. Pas d’eau stagnante, pas de moustiques.
Ensuite, se protéger efficacement. L’usage de répulsifs, le port de vêtements longs et clairs, ainsi que l’installation de moustiquaires, notamment pour le sommeil, réduisent fortement le risque de piqûre.
Enfin, consulter immédiatement au moindre doute. Une forte fièvre, des maux de tête, des douleurs musculaires ou articulaires, ou une grande fatigue doivent conduire à consulter un médecin. Le test est gratuit et permet aussi de protéger l’entourage en limitant la propagation.
Un rappel sanitaire fondamental s’impose : ne jamais prendre d’aspirine ni d’anti-inflammatoires, comme l’ibuprofène, en cas de suspicion de dengue. Ces médicaments peuvent provoquer des saignements graves. Seul le paracétamol est autorisé, sur avis médical.
La Nouvelle-Calédonie a prouvé qu’une politique sanitaire rigoureuse, scientifique et assumée peut produire des résultats concrets. Mais face au retour du virus, aucune technologie ne remplacera la discipline collective et la responsabilité individuelle. La lutte contre la dengue n’est ni une question de fatalité ni de discours, mais un combat quotidien fondé sur les faits, la prévention et l’engagement de chacun.

















