La hausse des prix ne fait plus les gros titres, mais elle continue de peser, mois après mois, sur les budgets calédoniens.
Derrière des chiffres en apparence modérés, les réalités du quotidien racontent une autre histoire.
Une inflation contenue sur le papier, mais bien réelle dans les foyers
Jeudi 15 janvier 2026, l’ISEE Nouvelle-Calédonie a publié les chiffres très attendus de l’indice des prix à la consommation pour décembre 2025. Officiellement, l’IPC progresse de 0,4 % sur un mois, après une quasi-stagnation en novembre (+0,1 %).
Sur un an, la hausse s’établit à 0,3 %, un niveau faible comparé aux chocs inflationnistes observés ces dernières années, mais qui ne doit pas masquer les tensions sectorielles persistantes.
Dans le détail, l’indice hors tabac augmente de 0,5 %, confirmant que la pression inflationniste se concentre sur les biens et services du quotidien. Cette évolution est d’abord tirée par l’alimentation (+1,5 %) et les services (+0,6 %), deux postes incompressibles pour la majorité des ménages calédoniens.
Contrairement à certains discours alarmistes, il n’y a pas de flambée généralisée. Mais la hausse est ciblée, et c’est précisément ce ciblage qui la rend socialement sensible.
Alimentation et services : les deux moteurs de la hausse de décembre
Sans surprise, l’alimentation reste le principal facteur de renchérissement. En décembre, les prix alimentaires augmentent de 1,5 %, après déjà +0,8 % en novembre.
Cette progression est largement due aux légumes (+15,2 %), portés par une envolée des prix des tomates, choux de Chine, haricots verts et salades. Les fruits repartent également à la hausse (+0,7 %), tout comme le poisson (+1,5 %) et, dans une moindre mesure, la viande (+0,3 %), notamment la volaille.
À l’inverse, certaines baisses viennent tempérer la facture : produits laitiers (-0,5 %), produits sucrés (-0,6 %) et produits alimentaires divers (-0,8 %). Mais ces replis restent insuffisants pour compenser le choc sur les produits frais, essentiels dans les paniers de courses.
Côté services, la hausse de 0,6 % marque un net rebond après la baisse de novembre. Elle s’explique principalement par le transport aérien de voyageurs (+6,4 %), avec l’entrée dans la haute saison touristique. Les services d’hébergement (+1,8 %), la restauration (+0,3 %) et le transport maritime (+3,2 %) accentuent cette dynamique.
En clair, se nourrir et se déplacer coûte plus cher, même dans un contexte d’inflation officiellement modérée.
Ménages modestes : une inflation plus lourde que la moyenne
L’un des enseignements majeurs de cette publication concerne les ménages les plus modestes, souvent absents du débat public. En décembre 2025, leur indice des prix progresse de 0,3 % sur un mois, soit légèrement moins que l’indice général.
Mais sur un an, le constat est sans appel : +0,7 %, soit plus du double de l’inflation subie par l’ensemble des ménages (+0,3 %).
Pourquoi cet écart ? Parce que les ménages modestes consacrent une part plus importante de leur budget à l’alimentation et à l’énergie, deux postes particulièrement volatils. Même si les prix de l’énergie reculent légèrement en décembre (-0,3 %), ils restent en hausse de 3,5 % sur un an, avec des carburants toujours élevés à la pompe.
À l’inverse, la forte baisse des produits manufacturés (-0,6 % sur un mois et -3,9 % sur un an) profite davantage aux ménages capables de différer leurs achats ou de profiter des promotions, ce qui n’est pas toujours le cas des foyers les plus contraints.
L’ISEE le rappelle clairement : l’inflation officielle est une moyenne, et la perception réelle dépend de la structure de consommation de chaque ménage. Pour les plus modestes, la pression sur le pouvoir d’achat demeure tangible, malgré des chiffres globaux rassurants.
Décembre 2025 confirme une tendance de fond : l’inflation n’a pas disparu, elle s’est transformée. Moins spectaculaire, plus ciblée, mais toujours bien réelle pour les familles calédoniennes.
Derrière la stabilité apparente des indicateurs, les tensions sur l’alimentation, les services et l’énergie rappellent que le pouvoir d’achat reste un enjeu central, loin des discours déconnectés et des analyses purement macroéconomiques.


















