À la veille d’une réunion décisive à Paris sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, les partenaires sociaux ont choisi de hausser le ton. Dans un courrier adressé directement au président de la République, ils dressent un constat sévère, sans fard, et appellent l’État à prendre toute la mesure de la situation. Patronat et syndicats, rarement alignés sur un même message, parlent cette fois d’une seule voix pour alerter sur une crise devenue, selon eux, économique, sociale et désormais systémique.
Une situation économique et sociale jugée « sans précédent »
Dans leur courrier, les représentants des organisations patronales et syndicales décrivent une dégradation continue de l’économie calédonienne, qu’ils estiment avoir atteint un seuil critique.
La situation économique et sociale atteint un niveau de gravité sans précédent
écrivent-ils, évoquant des secteurs entiers en recul, des entreprises contraintes de fermer et des emplois qui disparaissent à un rythme soutenu. Ils soulignent surtout l’absence totale de perspective d’amélioration à court terme. Pour 2026, aucun signal positif n’est identifié.
La détérioration se poursuit
préviennent-ils, pointant une inquiétude croissante au sein de la population et un sentiment d’abandon qui s’installe durablement. L’alerte porte aussi sur les équilibres sociaux. Les partenaires sociaux évoquent des régimes sociaux « au bord de la rupture », alertant sur la situation de la caisse de retraite du secteur privé et sur les tensions de trésorerie du régime de couverture santé.
Il ne s’agit pas d’une projection théorique, mais d’un compte à rebours social très concret
insistent-ils.
Nickel, réformes et plan de refondation : le temps des décisions
Dans ce contexte, les partenaires sociaux affichent clairement leur soutien au plan de refondation proposé par le Premier ministre. Ils saluent une vision pluriannuelle jugée indispensable pour engager la diversification de l’économie calédonienne.
Ce plan offre une perspective structurante
écrivent-ils, rappelant que leurs organisations ont contribué aux travaux menés avec la mission interministérielle. Mais ce soutien n’est pas un chèque en blanc. Les signataires réclament désormais des décisions rapides et concrètes, notamment sur l’avenir des usines métallurgiques.
L’industrie du nickel ne peut plus reposer sur des subventions permanentes
avertissent-ils, appelant à définir dans les prochaines semaines un modèle économique crédible et soutenable. Ils demandent également que les réformes issues des travaux interministériels ne restent pas lettre morte.
Les rapports et projections ne suffisent plus
écrivent-ils, réclamant un cadre juridique clair et une mise en œuvre effective, dans des délais jugés compatibles avec l’urgence de la situation.
Sans accord institutionnel, pas de redressement durable
Le message le plus politique du courrier est sans ambiguïté. Pour les partenaires sociaux, aucun redressement économique sérieux ne sera possible sans un accord institutionnel préalable.
Un accord institutionnel solide est le préalable au retour de la confiance, de l’investissement, de l’activité et de l’emploi
affirment-ils. Ils mettent en garde contre les conséquences d’un enlisement politique prolongé. À défaut d’un compromis rapide entre responsables locaux, la Nouvelle-Calédonie risquerait de s’installer dans une spirale de déclin dont il serait difficile de sortir.
Le temps politique ne peut plus prévaloir sur le temps économique et social
préviennent-ils, estimant que la cohésion et la dignité du territoire sont désormais en jeu. Dans leur courrier, ils en appellent directement à la responsabilité de l’État et des élus locaux pour finaliser les travaux engagés, conclure un accord et traduire les engagements en décisions applicables.
Rare par son unanimité, ce courrier des partenaires sociaux agit comme un signal d’alarme adressé à l’exécutif, à la veille des discussions parisiennes. Patronat et syndicats ne réclament plus des diagnostics, mais des choix. À leurs yeux, l’avenir économique, social et institutionnel de la Nouvelle-Calédonie se joue désormais dans les décisions qui seront prises, ou non, dans les prochaines semaines.


















