L’inquiétude n’est plus sourde, elle est désormais exprimée à voix haute. Dans l’émission Coup de gueule sur Océane FM, plusieurs auditeurs ont mis des mots sur une peur qui traverse aujourd’hui une partie de la population calédonienne : celle de voir les retraites suspendues ou fragilisées. Une angoisse profonde, nourrie par l’incertitude financière du territoire et par le sentiment d’avoir respecté toutes les règles sans garantie de retour.
Une peur frontale : “on n’aura plus de retraite, on fait comment ?”
La question est posée sans détour. Elle surgit à l’antenne comme un cri d’alerte, presque un appel à l’aide.
Si dans trois mois, on n’a plus de retraite, on fait comment ?
lâche une auditrice, visiblement bouleversée. Derrière cette phrase, il y a une réalité brutale : des milliers de retraités vivent exclusivement de leur pension. Toute interruption, même temporaire, serait immédiatement synonyme de précarité. Une autre auditrice rappelle l’ampleur du problème :
On est 43 000 et quelques retraités. On aura plus de retraite ? Mais non, c’est pas possible
Le chiffre frappe. Il rappelle que la question n’est pas marginale, ni théorique. Elle concerne une part significative de la population, souvent âgée, parfois isolée, rarement en capacité de compenser par d’autres revenus.
Cotiser toute une vie… pour douter à la fin
Ce qui alimente la colère, c’est moins la réforme en elle-même que le sentiment d’injustice. Celui d’avoir joué le jeu sans tricher.
On a cotisé étant jeunes, depuis vingt ans, et maintenant j’ai 77 ans. On nous coupe les retraites ?
témoigne une auditrice. La phrase est lourde de sens. Elle traduit une rupture de confiance. Cotiser n’est pas un choix militant, c’est une obligation légale. En retour, la retraite est perçue comme un droit acquis, presque moral. Pour ces retraités, la perspective d’une suspension ou d’un affaiblissement des pensions n’est pas seulement économique. Elle est vécue comme une remise en cause du contrat social.
Là, ça ne va plus du tout dans le pays
résume une intervenante, sans détour, sans exagération.
Une angoisse révélatrice d’un malaise plus large
Au fil des échanges, une certitude s’impose : la question des retraites dépasse le simple cadre comptable. Elle devient un symptôme. Celui d’un territoire fragilisé, d’institutions en difficulté, et d’une population qui doute de la capacité collective à tenir ses engagements. L’émission, fidèle à son ADN, laisse aussi place à l’émotion et à la dignité. Derrière la colère, il y a surtout une demande de clarté. De vérité. De respect. « Comment on fait là ? » insiste une auditrice. Une question simple, presque naïve, mais à laquelle personne ne répond vraiment.
La colère des retraités calédoniens n’est ni excessive ni idéologique. Elle est factuelle, humaine, profondément légitime. Elle rappelle une évidence trop souvent oubliée : une société se juge aussi à la manière dont elle traite ceux qui ont travaillé toute leur vie. Face à l’incertitude, le silence n’est plus une option. Il faudra expliquer, rassurer, ou assumer. Mais surtout, répondre.

















