La Société Le Nickel sort lentement de l’année la plus éprouvante de son histoire récente.
Sans triomphalisme ni faux-semblants, sa direction revendique une ligne claire : redresser, sécuriser, produire.
2025, l’année du redressement après le choc
On avance sans certitude, mais avec plus de confiance. Le ton est donné par le directeur général de la SLN lors de la présentation du bilan 2025 et des perspectives 2026.
Après une année 2024 qualifiée de groggy, l’industriel public-privé assume une trajectoire de reconstruction progressive, loin des slogans.
L’exercice 2025 a été marqué par une priorité absolue : la sécurisation financière. L’État a renouvelé son soutien via un emprunt obligataire de 240 millions d’euros (28,8 milliards de francs CFP). Une première tranche de 115 millions d’euros, soit 13,8 milliards de francs, a été versée fin décembre. La seconde pourrait être mobilisée entre avril et août 2026, selon les besoins réels de trésorerie et les perspectives de redressement.
Parallèlement, le groupe Eramet a prolongé ses garanties financières, notamment environnementales, pour l’usine de Doniambo et plusieurs sites miniers. Objectif : assurer la continuité industrielle sur l’ensemble de l’année 2026, dans un cadre sécurisé et responsable. Ces engagements s’inscrivent dans le prolongement des accords économiques conclus à Paris, sans remise en cause de l’exigence de remboursement une fois la rentabilité retrouvée.
Relance minière : Thio en éclaireur, la côte Est en ligne de mire
Le redémarrage passe d’abord par la matière première. Sur la côte Ouest, les sites ont continué à fonctionner tant bien que mal. Mais c’est sur la côte Est que se concentre aujourd’hui l’effort stratégique, avec en tête Thio, à l’arrêt depuis avril 2024.
Une réunion décisive, réunissant élus, autorités locales, représentants de la jeunesse, sous-traitants et salariés, a permis d’acter une reprise « sans condition » de l’activité minière, un point non négociable pour la direction. Cette reprise ne sera ni immédiate ni improvisée : diagnostics, réparations, reconstructions, réembauches et relance des sous-traitants s’étaleront sur plusieurs mois. La SLN vise une remise en production d’ici la fin de l’année 2026.
D’autres sites sont à l’étude. À Kiel, à l’arrêt depuis 2017, un accord a été trouvé avec des partenaires locaux pour relancer une activité adaptée aux besoins de Doniambo. À Stamboul, fermé depuis 2015, des discussions sont engagées. À Poum, bien que les autorisations d’exploiter aient été retrouvées, toute reprise reste conditionnée à l’évolution des cours du nickel.
Ce travail minier doit permettre un gain stratégique : l’amélioration de la teneur du minerai. En 2025, elle atteignait 2,1 %. L’objectif pour 2026 est fixé à 2,25 %. Un différentiel loin d’être anecdotique : 0,1 % de teneur représente trois milliards de francs d’excédent brut d’exploitation, sans hausse des coûts. Une véritable subvention géologique, selon la direction.
Économies, production et cap industriel assumé
Le redressement passe aussi par une discipline budgétaire stricte. En 2025, la SLN a réalisé 4,5 milliards de francs d’économies supplémentaires, touchant tous les postes : énergie, masse salariale, prestations, organisation interne. La réduction des effectifs, désormais sous la barre des 1 800 salariés, représente à elle seule un tiers des économies engagées.
Côté métallurgie, après une production de 32 000 tonnes en 2024, la SLN a atteint 36 000 tonnes en 2025. L’objectif pour 2026 est clair : 43 000 tonnes, encore en deçà de la capacité nominale de 50 000 tonnes, mais en nette progression. La politique d’exportation reste volontairement limitée : moins de 600 000 tonnes prévues en 2026, contre 3,5 millions il y a quelques années. La priorité est assumée : alimenter Doniambo, pas compenser par des volumes spéculatifs.
Malgré ces efforts, l’entreprise reste déficitaire chaque mois. Mais elle affiche son meilleur cash cost depuis 2021, preuve que la stratégie industrielle commence à produire des effets tangibles.
Le principal point noir demeure le coût de l’énergie, premier poste de dépense de l’entreprise. La sécurisation de l’alimentation électrique de Doniambo a été obtenue, mais sans baisse significative des coûts. La direction plaide pour un soutien structurel de l’État, comparable à celui accordé à d’autres industriels électro-intensifs, afin de garantir la compétitivité sur le long terme.
2029-2030 : une sortie de crise sans illusion
La SLN ne promet pas de miracle. Elle vise un retour à la rentabilité à l’horizon 2029-2030, sous réserve d’une stabilisation durable des cours du nickel. Les annonces récentes de limitation de la production en Indonésie ont contribué à enrayer la suroffre mondiale. Les experts évoquent un scénario de stabilisation autour de sept dollars la livre à cet horizon.
Ce retour à l’équilibre ne tient pas encore compte du remboursement des soutiens cumulés depuis près de dix ans, estimés à près d’un milliard d’euros. Mais la ligne est claire : chaque euro public devra être remboursé une fois la rentabilité atteinte.
Un an après avoir mis « un genou au sol », la SLN se dit debout, lucide, disciplinée et déterminée. Dans un contexte politique et économique instable, l’industriel avance sans certitude, mais avec une conviction : la filière nickel ne se sauvera ni par la victimisation ni par l’inaction, mais par le travail, la rigueur et la responsabilité.


















