La filière nickel vacille et, avec elle, un pilier entier de l’économie calédonienne.
Face à l’urgence industrielle et sociale, les partenaires sociaux somment les élus de sortir de l’immobilisme.
Une filière stratégique au bord de la rupture
Le 20 janvier 2026, un courrier conjoint sans précédent est adressé à la présidente du Congrès de la Nouvelle-Calédonie.
À l’origine de cette démarche, l’ensemble des partenaires sociaux, syndicats de salariés comme organisations patronales, unis par un même constat : la filière nickel est en situation critique.
Les signataires alertent sur l’état des trois usines métallurgiques calédoniennes, qu’elles soient encore en activité ou déjà placées en sommeil.
Derrière ces sites industriels, ce sont plus de 10 000 emplois directs et indirects qui sont menacés, ainsi que des milliers de familles dépendantes de cette économie.
La filière nickel ne se limite pas à l’extraction et à la métallurgie.
Elle irrigue l’ensemble du tissu économique local : comptes sociaux, fiscalité, consommation, énergie, équilibre budgétaire du territoire.
Sa disparition ou son affaiblissement durable provoquerait un choc économique majeur, impossible à absorber dans le contexte actuel.
Les partenaires sociaux pointent également l’absence de consensus politique calédonien, qualifiée de facteur aggravant.
À leurs yeux, l’indécision des responsables publics met en péril un secteur pourtant reconnu comme stratégique.
Un enjeu national et européen ignoré localement
Le courrier rappelle un élément central souvent occulté du débat : le nickel calédonien s’inscrit pleinement dans les stratégies françaises et européennes d’indépendance industrielle.
Métal indispensable aux transitions énergétiques et technologiques, le nickel est au cœur des priorités affichées par la France et l’Union européenne.
Les signataires estiment donc légitime que l’État et l’Europe s’engagent concrètement, notamment via des volumes d’achats garantis et un soutien structurel à la filière.
La Nouvelle-Calédonie ne peut être sacrifiée alors même qu’elle dispose d’un atout stratégique majeur dans un monde en tension sur les ressources.
Pour les partenaires sociaux, rien ne justifie la désintégration à court terme de la filière nickel calédonienne, y compris la disparition programmée de deux usines métallurgiques encore opérationnelles.
L’échec politique à définir une stratégie commune serait, selon eux, encore plus inacceptable.
Ils alertent sur un risque majeur : un nouveau choc économique, d’une ampleur au moins équivalente à celui ayant suivi les émeutes de mai 2024.
Un choc qui signerait l’effondrement des comptes sociaux et du financement du modèle institutionnel.
Auditions, stratégie, énergie : les exigences claires des signataires
Face à cette situation, les partenaires sociaux formulent des demandes précises et vérifiables au Congrès de la Nouvelle-Calédonie.
Ils sollicitent d’abord une audition rapide, avant février 2026, par la commission spéciale nickel du Congrès.
Au-delà, ils exigent que chaque organisation signataire soit pleinement associée aux travaux de cette commission, afin d’éviter toute décision technocratique déconnectée du terrain.
Deuxième exigence : un engagement clair et explicite du Congrès, avant mars 2026, sur une stratégie de redressement de la filière nickel.
Cette stratégie doit s’appuyer sur les aides de l’État, notamment sur la question centrale du coût de l’énergie, facteur déterminant de la compétitivité industrielle.
Enfin, les signataires demandent que le dossier KNS soit pleinement intégré à la stratégie territoriale nickel, sans traitement partiel ou différé.
Le message est sans ambiguïté : le temps est compté.
Les partenaires sociaux appellent la présidente du Congrès à user de son autorité pour faire aboutir un accord politique, condition indispensable à la survie de la filière.
Dans un territoire fragilisé, le nickel reste un levier de souveraineté économique.
Refuser de trancher, c’est accepter le déclassement industriel et social de la Nouvelle-Calédonie.





















