Près de trois millions de documents. Des milliers de vidéos et d’images. Et des milliers de références à un président en exercice. Le ministère américain de la Justice a procédé, ce vendredi 30 janvier, à la plus importante divulgation jamais réalisée dans l’affaire Jeffrey Epstein, relançant immédiatement les soupçons autour de la gestion politique et judiciaire de ce dossier hors norme.
Une divulgation d’ampleur inédite
Lors d’une conférence de presse à Washington, le numéro deux du ministère de la Justice, Todd Blanche, a confirmé la mise en ligne de plus de trois millions de pages issues des dossiers Epstein. Parmi elles figurent plus de 2 000 vidéos, environ 180 000 images, ainsi qu’une masse considérable de documents annexes collectés au fil des enquêtes fédérales.
Il s’agit, selon les autorités, du volume le plus important jamais rendu public concernant le financier américain, mort en détention en 2019 avant d’être jugé pour trafic sexuel de mineures. Une partie significative des fichiers, a précisé Todd Blanche, ne provient pas directement d’Epstein ou de son entourage, mais correspond à des contenus saisis dans le cadre de procédures élargies, incluant notamment des fichiers à caractère pornographique.
Des documents fortement expurgés
Conformément aux annonces officielles, les documents diffusés ont fait l’objet d’un important travail de caviardage. Les visages et éléments d’identification des femmes apparaissant sur les images ont été systématiquement masqués, à l’exception de ceux de Ghislaine Maxwell, déjà condamnée dans cette affaire.
Les autorités ont également supprimé toute information permettant d’identifier les victimes, ainsi que les contenus impliquant des violences sexuelles sur mineurs ou susceptibles de compromettre des enquêtes encore en cours. Les images d’hommes, en revanche, n’ont été floutées que lorsque cela était techniquement indispensable pour préserver l’anonymat des femmes concernées.
Un retard qui alimente les soupçons
Cette publication intervient avec plus d’un mois de retard par rapport à l’échéance fixée par le Congrès américain, qui imposait une divulgation complète au plus tard le 19 décembre 2025. Le ministère de la Justice justifie ce délai par la nécessité de protéger les victimes et de procéder à un tri minutieux des pièces.
Mais cette lenteur, conjuguée à l’ampleur des censures, nourrit une défiance croissante. D’autant que la loi votée par le Congrès impose également à l’administration de justifier précisément chaque expurgation. Un rapport explicatif doit être transmis aux parlementaires, sans calendrier clair à ce stade.
Des milliers de références à Donald Trump
Selon les premières analyses menées par plusieurs médias américains, dont le New York Times, les documents publiés contiendraient au moins 3 200 références à Donald Trump. Un chiffre susceptible d’évoluer à mesure que l’exploitation des fichiers se poursuit.
Ces mentions sont de nature variable. Certaines correspondent à des signalements transmis aux enquêteurs, d’autres à des coupures de presse intégrées aux dossiers, ou encore à des échanges électroniques évoquant les relations passées entre Epstein et Trump, notamment dans les années 1990 et au moment de la campagne présidentielle de 2016.
Un réseau toujours au cœur du dossier
Parmi les documents figure également un schéma élaboré par les autorités fédérales détaillant le cercle rapproché de Jeffrey Epstein. Plusieurs noms y apparaissent comme des complices potentiels ou des figures centrales de son dispositif, dont Ghislaine Maxwell, son avocat Darren Indyken, son comptable Richard Kahn, son conseiller financier Harry Beller, ou encore Jean-Luc Brunel, décédé en détention en France après sa mise en examen pour viol.
Certains documents concernent aussi le parcours administratif de Ghislaine Maxwell, notamment des pièces relatives à sa naturalisation américaine, avec une adresse associée à Little St. James, l’île privée acquise par Epstein à la fin des années 1990.
Pressions politiques et défiance persistante
À Washington, plusieurs élus dénoncent une publication incomplète. Le représentant démocrate Ro Khanna, à l’origine de la loi imposant la divulgation des dossiers Epstein, a exprimé publiquement ses doutes. Il souhaite notamment vérifier si certains documents clés, comme les comptes rendus d’audition du FBI ou des mémorandums de poursuite établis lors de l’enquête menée en Floride en 2007, ont bien été rendus publics.
Selon lui, refuser de divulguer certaines pièces revient à protéger des personnalités influentes et à affaiblir la confiance du public dans les institutions américaines.
Une affaire toujours loin d’être close
Les précédentes publications avaient déjà mis en lumière l’ampleur du réseau relationnel de Jeffrey Epstein, impliquant des responsables politiques, des hommes d’affaires et des figures publiques de premier plan. En décembre dernier, des photographies montrant l’ancien président Bill Clinton en compagnie d’Epstein avaient notamment ravivé les débats.
Concernant Donald Trump, aucune accusation pénale n’a été retenue à ce jour. Le président américain reconnaît avoir fréquenté Epstein dans les années 1990, tout en affirmant avoir rompu tout lien avant les poursuites judiciaires. Il a également nié avoir utilisé l’avion privé du financier, bien que son nom apparaisse à plusieurs reprises sur des listes de passagers entre 1993 et 1996, selon des documents d’enquête rendus publics.
Malgré cette nouvelle vague de révélations, l’affaire Epstein continue de livrer ses informations au compte-gouttes. Et à mesure que les documents sont analysés, une certitude demeure : ce dossier reste l’un des plus sensibles, politiquement et judiciairement, de l’histoire récente des États-Unis.


















