À Nouméa, l’électricité est facturée au prix fort.
Mais le service, lui, commence sérieusement à ressembler à une loterie.
Des coupures devenues banales dans le Grand Nouméa
Samedi 31 janvier, à 19 h 23. En plein cœur de la soirée, une coupure électrique massive frappe le Grand Nouméa. Trente minutes sans courant pour une partie importante du territoire. Une demi-heure, certes. Mais une demi-heure de trop pour un service présenté comme stratégique, sécurisé et moderne.
Selon les informations communiquées par Enercal, l’incident trouve son origine dans un défaut sur un câble souterrain entre Ducos et Koutio, provoquant le déclenchement des protections électriques. Résultat immédiat : 2 000 foyers privés d’électricité à Dumbéa, puis, par un effet domino qualifié « d’extension intempestive », 40 000 foyers impactés à Nouméa et au Mont-Dore, via les points de livraison d’EEC.
L’alimentation est relancée à 19 h 31 pour Nouméa et le Mont-Dore. À Dumbéa, les foyers ne sont tous réalimentés qu’à 20 h 49. Près d’une heure et demie de perturbation pour certains habitants. Et surtout, un nouvel épisode dans une série de pannes de plus en plus fréquentes.
Car ce n’est pas un accident isolé. En décembre dernier déjà, quelques jours avant les fêtes de fin d’année, un incident d’ampleur comparable avait plongé une partie du territoire dans « le noir ». À l’époque, les opérateurs avaient dû rendre des comptes au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Un mois plus tard, le scénario se répète.
Factures élevées, service dégradé : la colère monte
La question est désormais posée ouvertement par de nombreux Calédoniens : pourquoi payer une électricité aussi chère pour un service aussi fragile ?
En Nouvelle-Calédonie, le coût de l’énergie pèse lourdement sur les ménages, les entreprises et les collectivités. Les factures sont régulièrement dénoncées comme élevées, sans que la qualité du service ne semble suivre. Or, dans un territoire insulaire, dépendant de l’électricité pour l’eau, la santé, les télécommunications ou la sécurité, la fiabilité du réseau n’est pas un luxe. C’est une obligation.
Ces pannes à répétition alimentent un sentiment de déclassement. Certains habitants n’hésitent plus à comparer la situation locale à celle d’un pays du tiers-monde, expression brutale mais révélatrice d’un profond ras-le-bol. Quand les coupures deviennent fréquentes, imprévisibles et mal vécues, la confiance s’effondre.
Ce malaise est d’autant plus fort que l’électricité est perçue comme un service public essentiel, censé être piloté avec rigueur, anticipation et investissements constants. À ce titre, Enercal ne peut pas se réfugier éternellement derrière le vocabulaire technique ou les excuses de circonstance.
La communication d’Enercal ne suffit plus à éteindre l’incendie
Dimanche 1er février, Enercal a communiqué via sa page Facebook pour présenter une synthèse de l’analyse de l’incident. Le message est factuel, détaillé, presque clinique : défaut sur un câble, déclenchement des protections, réalimentation progressive, équipes mobilisées, réglages en cours sur le nouveau poste de Ducos.
Enercal y présente également ses excuses et remercie les clients pour leur compréhension.
Mais cette communication, aussi propre soit-elle sur la forme, ne répond pas au fond. Elle ne dit rien sur la récurrence des incidents. Elle ne dit rien sur l’état réel du réseau. Elle ne dit rien sur les investissements passés, présents ou futurs. Elle ne dit rien sur les responsabilités.
Pire : à force de se répéter, ce type de message finit par sonner creux. Les Calédoniens ne demandent plus seulement des excuses. Ils demandent des résultats, de la stabilité, et surtout de la cohérence entre le prix payé et le service rendu.
Dans un contexte économique déjà tendu, où le pouvoir d’achat est sous pression, chaque coupure devient un symbole : celui d’un système qui facture comme un pays développé, mais qui délivre un service perçu comme défaillant.
Une exigence de responsabilité désormais incontournable
Il ne s’agit pas ici de spéculer ni d’exagérer. Les faits sont là. Les dates sont connues. Les communiqués existent. Les coupures sont réelles. Et la colère monte.
Enercal, en tant qu’acteur central du réseau électrique calédonien, ne peut plus se contenter d’une gestion au jour le jour. La répétition des incidents interroge la maintenance, l’anticipation des risques et la robustesse des infrastructures. Elle interroge aussi la gouvernance et le contrôle exercé par les autorités compétentes.
À force de tolérer l’inacceptable, on finit par le normaliser. Or, une électricité instable n’est pas une fatalité. Elle devient un choix politique et technique lorsqu’elle n’est pas traitée avec le sérieux qu’elle exige.
Les Calédoniens paient. Ils ont donc le droit d’exiger. Et aujourd’hui, l’exigence est claire : un service fiable, à la hauteur du prix facturé, et digne d’un territoire français du XXIᵉ siècle.


















