Saint-Valentin : le martyr décapité derrière la fête

Un martyr décapité par Rome, un évêque fidèle à sa foi, un homme qui a défié l’autorité impériale au nom du mariage.
Derrière les cœurs rouges et les dîners romantiques, la Saint-Valentin plonge ses racines dans une histoire chrétienne bien plus grave et héroïque.
UNE ORIGINE CHRÉTIENNE ET MARTYRIALE
La Saint-Valentin ne naît ni d’un folklore commercial ni d’un héritage païen avéré. Elle s’enracine dans la figure de Valentin de Terni, évêque italien du IIIe siècle.
Valentin est alors évêque de Terni, en Ombrie, dans un Empire romain encore hostile au christianisme. La tradition rapporte qu’il fut sollicité par le philosophe romain Craton pour guérir son fils. Après avoir obtenu la guérison du jeune homme, Valentin amena Craton et sa famille à embrasser la foi chrétienne.
Cette conversion ne passa pas inaperçue. Informé de ces faits, le préfet de Rome fit arrêter l’évêque. Valentin fut condamné et exécuté par décapitation.
Un autre récit, largement diffusé au Moyen Âge, situe les événements sous le règne de l’empereur Claude II le Gothique (268-270). Selon cette tradition, l’empereur aurait interdit aux soldats de se marier afin de préserver leur ardeur au combat. Certains militaires se seraient alors tournés vers Valentin pour célébrer leurs unions en secret.
Arrêté pour avoir défié l’autorité impériale, Valentin aurait été emprisonné. Confié au préfet Astérius, il aurait guéri la fille aveugle de ce dernier. Ému par ce miracle, Astérius se serait converti au christianisme avec sa famille. Claude II, furieux de ces conversions, ordonna l’exécution de l’évêque. Valentin fut mis à mort le 14 février 269.
La tradition veut qu’il ait adressé, avant sa décapitation, un message signé « Ton Valentin ».
En 1496, le pape Alexandre VI le désigna officiellement saint patron des amoureux.
L’Église reconnaissait ainsi la portée symbolique d’un homme mort pour sa foi et pour la défense du mariage.
DU MOYEN ÂGE AUX COURS D’AMOUR
Si le martyr appartient au IIIe siècle, la dimension amoureuse de la fête s’affirme au Moyen Âge.
En Angleterre, on associe progressivement le 14 février au début supposé de la saison des amours chez les oiseaux.
En 1380, Geoffrey Chaucer compose Le Parlement des oiseaux. Le poète y présente le 14 février comme le jour où les oiseaux choisissent leur partenaire. Ce texte contribue à ancrer la Saint-Valentin dans l’imaginaire amoureux européen.
De là naissent les « valentinages », des danses paysannes où les couples se forment par tirage au sort. Ces pratiques populaires se diffusent en Angleterre puis en France.
En 1401, le roi Charles VI fonde une « cour d’amour » le jour de la Saint-Valentin. Ce cercle poétique s’inscrit dans la tradition aristocratique de l’amour courtois. La date du 14 février devient ainsi un rendez-vous culturel et littéraire.
La première carte connue de Saint-Valentin est attribuée à Charles d’Orléans. Fait prisonnier après la bataille d’Azincourt en 1415, il est détenu en Angleterre. En 1440, il adresse un message à son épouse Marie de Clèves en évoquant la Saint-Valentin. Ce document est aujourd’hui conservé au British Museum.
Au XIXe siècle, la tradition se renouvelle avec les « valentines ». Ces cartes ornées de cœurs permettent aux jeunes gens de déclarer leur flamme. La fête prend une dimension plus populaire et plus commerciale, sans pour autant effacer son héritage.
L’Église catholique, qui avait attendu 1496 pour reconnaître officiellement saint Valentin comme patron des amoureux, condamnait les « valentinages » jugés trop légers. Mais elle accompagne aussi la fête par des initiatives spirituelles consacrées au mariage et à l’amour conjugal.
LUPERCALES ET SAINT-VALENTIN : PAS D’AMALGAME
Certains avancent que la Saint-Valentin serait l’héritière directe des Lupercales romaines. Ces fêtes païennes se déroulaient à Rome autour du 15 février et célébraient la fertilité.
Toutefois, rien n’atteste d’une continuité directe entre les Lupercales et la Saint-Valentin. L’idée d’un simple « recyclage » chrétien ne repose sur aucun lien historique démontré.
Au Ve siècle, le pape Gélase Ier aurait instauré une fête chrétienne à la même période, dans un contexte de lutte contre les pratiques païennes. Mais cela ne signifie pas que la figure de Valentin découle des Lupercales.
La Saint-Valentin repose d’abord sur la mémoire d’un martyr chrétien du IIIe siècle. Son ancrage est historique, même si les récits hagiographiques ont enrichi sa légende.
Aujourd’hui, le 14 février est célébré dans le monde entier. Cadeaux, dîners, mots doux : la fête s’est mondialisée.
Mais derrière la dimension commerciale demeure un socle culturel et spirituel.
La basilique San Valentino, à Terni, rappelle cette origine. Reconstruite au XVIIe siècle après des fouilles ordonnées par le pape Paul V, elle abrite les reliques du saint. Chaque 14 février, des pèlerins s’y rendent.
La Saint-Valentin n’est donc ni une invention marketing récente ni un simple vestige païen. Elle est le fruit d’une histoire européenne façonnée par le christianisme, la littérature médiévale et les traditions populaires.
À l’heure où l’on réduit parfois cette date à une opération commerciale, il est utile de rappeler que la fête honore d’abord un homme exécuté pour sa foi et pour la défense du mariage.
Un évêque qui, face à la puissance impériale, choisit la fidélité à ses convictions. Un nom devenu universel.
Un martyr chrétien devenu symbole de l’amour conjugal.

