L’économie de Wallis-et-Futuna face à la tempête des prix

Deux réalités économiques coexistent aujourd’hui à Wallis-et-Futuna.
D’un côté, une activité qui tient bon. De l’autre, des signaux d’alerte qui rappellent la fragilité d’une économie ultra-dépendante des importations.
Une inflation qui frappe d’abord le panier alimentaire
La fin d’année 2025 confirme une réalité que connaissent déjà de nombreux territoires ultramarins : la hausse des prix pèse directement sur le quotidien des habitants.
Selon la dernière note de conjoncture publiée par l’IEOM, l’économie de Wallis-et-Futuna affiche des évolutions contrastées au quatrième trimestre 2025.
Premier constat : l’inflation repart à la hausse. Sur le dernier trimestre de l’année, les prix à la consommation progressent de 1,2 %. Sur douze mois, la hausse atteint 3,5 %, un niveau nettement supérieur à celui observé en France hexagonale, où l’inflation s’établit à 0,8 % sur la même période.
Dans le détail, les produits alimentaires tirent largement cette inflation. Les prix de l’alimentation augmentent de 8 % sur un an, et de 2,1 % sur le seul dernier trimestre.
Une réalité bien connue dans les territoires insulaires : l’essentiel des biens de consommation est importé, ce qui rend les prix particulièrement sensibles aux fluctuations du commerce international.
Les produits manufacturés et les services contribuent également à la hausse des prix, avec des progressions respectives de 1,2 % et 1,9 % sur un an. Seule exception notable : l’énergie, dont les prix reculent de 1,5 % sur un an, avec un prix de l’essence en baisse de 4,8 % sur douze mois.
Une bonne nouvelle relative mais qui ne suffit pas à compenser le choc sur l’alimentation, ressenti au quotidien par les familles.
Une consommation solide malgré un crédit en recul
Malgré cette inflation, la consommation des ménages reste globalement solide à Wallis-et-Futuna.
Les importations de produits alimentaires atteignent 750 millions de francs CFP fin 2025, en hausse de 3,6 % sur le trimestre et de 7,5 % sur un an.
Autrement dit : les ménages continuent de consommer, même dans un contexte de hausse des prix.
Certains indicateurs confirment cette résistance. Les immatriculations de voitures neuves repartent à la hausse, avec 40 véhicules de tourisme enregistrés au quatrième trimestre contre 17 au trimestre précédent.
L’emploi reste lui aussi relativement élevé. À fin septembre 2025, 2 374 salariés sont déclarés à la Caisse des prestations sociales, un chiffre en légère baisse sur le trimestre mais en hausse de 1,6 % sur un an.
Cette progression est portée principalement par le secteur privé, dont l’emploi augmente de 5,7 % sur un an, notamment dans :
le BTP
les services
le commerce
l’industrie et l’artisanat.
Mais la réalité structurelle reste la même : le secteur public représente encore près de 55 % des emplois dans le territoire.
Une dépendance administrative qui illustre le poids de l’État dans l’économie locale, une caractéristique commune à de nombreux territoires ultramarins.
Autre signal à surveiller : le crédit aux ménages recule légèrement, avec un encours de 3 048 millions de francs CFP, en baisse de 1 % sur le trimestre.
Dans le même temps, les interdictions bancaires progressent, passant de 510 à 522 personnes, soit une hausse de 20,6 % sur un an.
Un indicateur discret mais révélateur des tensions financières dans certains foyers.
Des entreprises prudentes mais une activité qui tient
Du côté des entreprises, les signaux sont plus mitigés.
L’investissement recule nettement. Les importations de biens d’équipement chutent de 455 millions de francs CFP à 253 millions, soit une baisse de 44,5 % sur un trimestre.
Il s’agit du niveau le plus faible observé depuis cinq ans.
Cette baisse s’explique en partie par une période récente d’équipement massif des entreprises, mais elle reflète aussi un climat économique plus prudent.
Les crédits bancaires aux entreprises suivent la même tendance :
4 104 millions de francs CFP d’encours
–2,9 % sur le trimestre.
Pour autant, tout n’est pas négatif.
Certains indicateurs montrent que l’activité courante reste dynamique. Les importations de biens intermédiaires progressent de 19,3 %, signe que les entreprises continuent de produire et de travailler. Le BTP constitue notamment un moteur important de l’économie locale. Les importations de ciment explosent sur le trimestre avec +170,8 %, atteignant 47 millions de francs CFP, soit le niveau le plus élevé depuis fin 2021.
Cette dynamique s’explique en grande partie par les chantiers publics lancés en 2025, qui soutiennent l’activité du secteur.
Enfin, le trafic aérien international ralentit légèrement, avec 7 782 passagers au quatrième trimestre, soit –7,6 % par rapport au trimestre précédent.
Mais sur un an, la fréquentation progresse tout de même de 18,3 %, signe d’un retour progressif à la normale après les perturbations régionales liées aux émeutes de 2024 en Nouvelle-Calédonie.
Au final, l’économie de Wallis-et-Futuna apparaît résiliente mais fragile.
Résiliente, car l’emploi et la consommation tiennent encore malgré l’inflation.
Fragile, car l’investissement ralentit et la dépendance aux importations reste massive.
Une équation économique bien connue dans les territoires du Pacifique : sans production locale forte, la hausse des prix importés finit toujours par peser sur les territoires insulaires.

