Mapou part seul : coup de poker en province Sud

La bataille politique s’intensifie à l’approche des provinciales en Nouvelle-Calédonie.
Dans un climat de fractures assumées, les indépendantistes affichent désormais leurs divisions au grand jour.
Une liste indépendantiste assumée mais isolée
Ce mercredi 3 juin, à Dumbéa, la liste « Unis pour le Pays » (UNI) a officialisé son entrée en campagne lors d’une conférence de presse organisée à la maison des communautés du Parc Fayard. Une séquence politique très attendue, marquée par la présentation des colistiers et des grandes orientations du projet porté par le mouvement.
À la tête de cette liste, Louis Mapou, ancien président du gouvernement, sera accompagné notamment d’Inès Kouaté en position de colistière. Une équipe qui revendique clairement une ligne politique structurée autour d’une « parole indépendantiste forte, claire et engagée », selon les mots du leader de l’UNI.
Mais derrière cette volonté d’incarnation politique, une réalité s’impose : l’UNI part seule dans une bataille électorale majeure en province Sud, sans alliance avec le FLNKS. Une rupture stratégique assumée, qui révèle les profondes divergences au sein du camp indépendantiste.
Une rupture nette avec le FLNKS sur la stratégie
Louis Mapou n’a pas cherché à masquer les désaccords. Bien au contraire. L’ancien chef de l’exécutif a justifié cette absence d’alliance par une divergence de fond avec le FLNKS, notamment sur la conduite des négociations institutionnelles récentes.
« Le Palika a été tout seul pendant très longtemps », a-t-il rappelé, évoquant une culture politique d’autonomie au sein de son mouvement. Une déclaration lourde de sens, qui souligne une volonté de reprendre la main sur le débat politique sans dépendre d’une coalition jugée trop rigide.
Dans cette logique, Mapou insiste sur une méthode différente : aller directement à la rencontre de la population, créer du débat plutôt que s’inscrire dans une stratégie de bloc. Une approche qui tranche avec celle du FLNKS, engagé dans une dynamique plus offensive sur le calendrier de l’indépendance.
Cette fracture est d’autant plus visible que, de son côté, le FLNKS a déjà présenté sa propre liste en province Sud, menée par Johanito Wamytan. Résultat : les indépendantistes se présentent en ordre dispersé dans une province clé, offrant un avantage mécanique aux formations loyalistes.
Une vision contestée de l’indépendance et de la souveraineté
Au cœur de cette division, une question centrale : le calendrier et la nature de l’indépendance. Là encore, les positions divergent fortement.
Louis Mapou affirme que, pour l’UNI, « la question de l’indépendance est tranchée ». Une déclaration qui contraste avec la ligne du FLNKS, lequel considère que l’indépendance doit être arrachée entre 2027 et 2031.
Pour l’UNI, le débat ne porte plus sur le principe, mais sur la manière. Il s’agit désormais de définir la place et la responsabilité de la société kanak dans l’avenir institutionnel du territoire, en intégrant l’ensemble des composantes de la population.
Mapou évoque ainsi une trajectoire vers la pleine souveraineté, mais dans une logique inclusive : « construire avec tout le monde ». Une formule qui se veut rassembleuse, mais qui interroge sur sa faisabilité dans un contexte politique aussi fragmenté.
En toile de fond, les enjeux électoraux restent déterminants. Pour espérer obtenir un siège à l’assemblée de la province Sud, une liste devra franchir le seuil de 5 % des inscrits, soit environ 6 300 voix. Un objectif loin d’être acquis dans un paysage politique éclaté.
Une équation électorale risquée dans une province stratégique
La province Sud représente un enjeu majeur pour toutes les forces politiques. C’est là que se concentre l’essentiel du corps électoral, mais aussi le bastion traditionnel des loyalistes.
Dans ce contexte, la division du camp indépendantiste apparaît comme un pari risqué. En se présentant séparément, l’UNI et le FLNKS prennent le risque de diluer leur électorat, rendant plus difficile l’atteinte du seuil nécessaire pour obtenir des sièges.
Cette stratégie pourrait ainsi affaiblir la représentation indépendantiste dans une assemblée déjà dominée par les formations pro-françaises. Une situation qui contraste avec les discours de mobilisation et d’unité souvent affichés dans les périodes électorales.
Au-delà des calculs électoraux, cette séquence révèle surtout une réalité politique : le camp indépendantiste n’est plus monolithique. Il est traversé par des lignes de fracture idéologiques, stratégiques et générationnelles.
À quelques semaines du scrutin du 28 juin, une certitude s’impose : la bataille de la province Sud sera aussi celle des divisions indépendantistes. Et dans ce contexte, chaque voix comptera plus que jamais.
(Crédit photo : page Facebook "UNIS pour le Pays")

