Cette journée noire que la France ne doit jamais oublier

Trois jours après le Débarquement allié en Normandie, la ville de Tulle est le théâtre d’une opération de répression menée par la division SS Das Reich. Le 9 juin 1944, 99 hommes sont pendus et plusieurs centaines d’autres arrêtés, dans ce qui demeure l’un des épisodes les plus tragiques de l’Occupation allemande en France.
Une ville marquée par l’activité de la Résistance
Au printemps 1944, la Corrèze figure parmi les départements où la Résistance est particulièrement active. Les maquis multiplient les actions de sabotage, les attaques de convois et les opérations destinées à perturber les mouvements des forces allemandes.
À Tulle, préfecture du département, les Francs-tireurs et partisans (FTP) dirigés par Jacques Chapou, dit « Kléber », lancent le 7 juin 1944 une offensive contre la garnison allemande.
Après plusieurs heures de combats, les résistants prennent temporairement le contrôle d’une grande partie de la ville. Les affrontements provoquent des pertes importantes dans les rangs allemands. Plusieurs militaires sont tués au cours des combats et dans les événements qui suivent la reprise de certains secteurs par les résistants.
Cette situation entraîne une réaction rapide des autorités allemandes. Dès le 8 juin, des éléments de la 2e division SS Das Reich arrivent dans la région afin de reprendre le contrôle de la ville.
Face à des forces supérieures en effectifs et en armement, les maquisards se replient progressivement hors de Tulle.
Le 9 juin 1944 : une opération de représailles
Le lendemain matin, les forces allemandes contrôlent entièrement la ville.
Les soldats de la division Das Reich procèdent alors à une vaste opération de répression. Plusieurs milliers d’hommes sont rassemblés dans l’enceinte de la manufacture d’armes de Tulle afin de subir des contrôles d’identité et des interrogatoires.
Parmi eux, des centaines sont sélectionnés selon des critères qui demeurent encore aujourd’hui difficiles à établir avec précision.
Dans l’après-midi, les exécutions commencent.
Par groupes successifs, des hommes sont conduits dans différents secteurs de la ville et pendus publiquement à des réverbères, des balcons ou des poteaux.
L’objectif de cette opération est de punir la population locale et d’intimider les mouvements de Résistance présents dans la région.
Au total, 99 hommes sont exécutés.
Les victimes sont issues de milieux très divers : ouvriers, commerçants, fonctionnaires, artisans ou simples habitants arrêtés lors des rafles.
Le massacre de Tulle constitue l’une des plus importantes exécutions collectives commises en France par les forces d’occupation allemandes durant la Seconde Guerre mondiale.
Déportations et conséquences humaines
La répression ne s’arrête pas aux pendaisons.
Dans les jours qui suivent, 149 hommes sont déportés vers les camps de concentration nazis, notamment celui de Dachau.
Une grande partie d’entre eux ne survivra pas à leur détention.
Pour la population tulliste, les conséquences sont considérables. De nombreuses familles perdent un père, un fils, un frère ou un époux. Les répercussions humaines et sociales du massacre marquent durablement la ville.
Le drame de Tulle précède de seulement vingt-quatre heures un autre crime commis par la division Das Reich : le massacre d’Oradour-sur-Glane, le 10 juin 1944, au cours duquel 643 habitants sont assassinés.
Ces deux événements demeurent parmi les crimes les plus connus perpétrés par cette unité SS lors de sa remontée vers le front de Normandie.
Une mémoire toujours vivante
Chaque année, la ville de Tulle organise des cérémonies commémoratives en hommage aux victimes du 9 juin 1944.
Ces commémorations rappellent le sort des 99 hommes exécutés ainsi que celui des déportés et de leurs familles.
Au-delà de l’histoire locale, le massacre de Tulle occupe une place importante dans la mémoire nationale de la Seconde Guerre mondiale. Il témoigne des méthodes de répression employées par les forces nazies dans les territoires occupés et des conséquences de la guerre pour les populations civiles.
Quatre-vingt-deux ans après les faits, le souvenir des victimes demeure un élément essentiel du travail de mémoire mené autour de l’Occupation, de la Résistance et de la Libération de la France.
(Crédit photo : Croquis représentant les exécutions perpétrés par la division Das Reich à Tulle le 9 juin 1944 [DR])

