La Polynésie fait mieux que presque tout le Pacifique

Cela faisait dix ans que la Polynésie n’avait pas actualisé cet indicateur stratégique.
Les nouveaux chiffres dévoilés révèlent un territoire qui progresse, mais qui reste confronté à plusieurs défis majeurs.
Une progression réelle qui confirme la solidité du modèle polynésien
La Polynésie française franchit une étape importante dans son développement. Dix ans après la dernière mesure officielle, l’Indice de développement humain (IDH) du territoire atteint désormais 0,803, contre 0,780 en 2012.
Cette progression, présentée conjointement par l’Institut d’émission d’Outre-Mer (IEOM), l’Institut de la statistique de Polynésie française (ISPF) et l’Agence française de développement (AFD), permet au territoire d’intégrer la catégorie des espaces à développement humain très élevé, selon les critères internationaux du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).
L’IDH constitue aujourd’hui l’un des indicateurs les plus utilisés dans le monde pour mesurer la qualité du développement d’un pays ou d’un territoire. Contrairement au simple produit intérieur brut, il prend en compte plusieurs dimensions essentielles de la vie quotidienne : la santé, l’éducation et le niveau de vie.
Les résultats publiés montrent que la Polynésie a progressé dans chacune de ces trois composantes au cours de la décennie écoulée.
Cette évolution traduit une réalité souvent ignorée dans certains discours alarmistes : malgré son isolement géographique et les contraintes propres à l’insularité, la Polynésie continue d’avancer.
Le territoire gagne ainsi une place au classement mondial, passant du 73e au 72e rang.
Une progression certes modeste, mais qui confirme une tendance positive sur le long terme.
Dans l’espace Pacifique, la Polynésie française se classe désormais troisième, derrière l’Australie et la Nouvelle-Zélande.
Cette position témoigne de la stabilité institutionnelle, de l’appui de la République française et des investissements réalisés depuis plusieurs décennies dans les infrastructures publiques, la santé et l’éducation.
Loin des caricatures souvent véhiculées sur les territoires ultramarins, ces chiffres rappellent que le développement humain repose avant tout sur la continuité des politiques publiques et sur la capacité à investir dans l’avenir.
Santé et éducation : des progrès visibles mais des fragilités persistantes
La composante santé demeure le principal point fort du territoire. La Polynésie se situe au 66e rang mondial sur cet indicateur.
Cette performance repose essentiellement sur l’espérance de vie à la naissance, qui constitue la référence retenue par le PNUD.
Les femmes polynésiennes affichent une espérance de vie de 78,9 ans, contre 74,8 ans pour les hommes.
Un écart supérieur à quatre années, qui reflète une tendance observée dans de nombreux pays développés. Toutefois, plusieurs spécialistes soulignent la nécessité d’interpréter ces données avec prudence.
L’espérance de vie ne reflète pas à elle seule l’état réel de santé d’une population. La Polynésie demeure confrontée à des enjeux sanitaires majeurs.
Le taux d’obésité atteint notamment 40 %, soit un niveau largement supérieur à celui observé dans l’Hexagone.
La mortalité prématurée constitue également un sujet de préoccupation. Ces éléments rappellent qu’un bon classement international ne doit jamais conduire à relâcher les efforts de prévention et d’accompagnement médical.
Sur le plan éducatif, les résultats sont plus contrastés. La durée moyenne de scolarisation est passée de 8,9 années à 9,9 années entre 2012 et 2022.
Cette progression témoigne d’un renforcement de l’offre de formation sur le territoire.
Le développement de cursus locaux a permis à davantage d’étudiants de poursuivre leurs études sans quitter la Polynésie.
Néanmoins, le territoire reste en retrait par rapport à la France métropolitaine, dont la moyenne atteint 11,7 années de scolarisation.
Les statistiques sont par ailleurs partiellement sous-évaluées. Une part importante des jeunes Polynésiens poursuit en effet ses études dans l’Hexagone.
Selon les données citées dans l’étude, environ un tiers des bacheliers effectue au moins une partie de son parcours universitaire en métropole.
Cette mobilité représente une richesse pour le territoire. Elle témoigne également du lien fort qui unit la Polynésie à l’ensemble national français.
L’éducation demeure néanmoins le domaine dans lequel les marges de progression apparaissent les plus importantes.
Car aucune économie moderne ne peut durablement renforcer sa compétitivité sans élever son niveau global de qualification.
Un niveau de vie encore éloigné de l’Hexagone malgré une position dominante dans le Pacifique
Le troisième pilier de l’IDH concerne le niveau de vie. C’est également celui qui met en lumière les écarts les plus importants avec la métropole.
En 2022, le revenu national brut par habitant de la Polynésie française atteint 22 250 dollars en parité de pouvoir d’achat.
Ce résultat positionne le territoire au 70e rang mondial. Dans le Pacifique insulaire, peu d’États atteignent un tel niveau. La seule exception notable demeure Nauru.
Cette performance confirme le rôle économique majeur joué par la Polynésie dans son environnement régional.
Mais la comparaison avec l’Hexagone demeure exigeante. Le revenu national brut polynésien ne représente aujourd’hui qu’environ 40 % du niveau observé en France métropolitaine.
L’écart reste donc considérable. Plus préoccupant encore, la croissance du revenu progresse moins rapidement qu’en métropole.
Sur la période 2012-2022, la hausse annuelle moyenne atteint seulement 0,5 %, contre 0,7 % dans l’Hexagone.
Autrement dit, malgré les progrès enregistrés, le différentiel tend à se creuser.
Cette réalité économique rappelle une évidence souvent négligée : le développement humain ne repose pas uniquement sur les transferts publics ou les performances touristiques.
Il dépend aussi de la capacité d’un territoire à produire davantage de richesses, à attirer les investissements et à créer des emplois qualifiés.
C’est précisément sur ce terrain que se joueront les prochaines étapes du développement polynésien. La publication de ce nouvel IDH apporte donc un message nuancé.
D’un côté, la Polynésie française confirme son entrée parmi les territoires à développement humain très élevé, une réussite qui mérite d’être soulignée.
De l’autre, les chiffres révèlent que l’écart avec la métropole continue de s’accroître dans plusieurs domaines essentiels.
Cette photographie statistique rappelle que les progrès existent bel et bien, mais qu’ils ne doivent pas masquer les défis à relever.
L’avenir passera par une amélioration continue du niveau de formation, par une politique ambitieuse de santé publique et par une stratégie économique capable de renforcer durablement la création de richesse.
Car si la Polynésie figure aujourd’hui parmi les territoires les plus avancés du Pacifique, son ambition ne peut se limiter à une comparaison régionale.
Le véritable objectif demeure de rapprocher progressivement ses performances de celles de l’ensemble national français, dont elle partage les institutions, les valeurs et les perspectives de développement.
(Crédit photo : PASCALINE DAVID / OUEST-FRANCE)

