Mao déclenche l’enfer en Chine

Le 18 août 1966, Mao Zedong franchit une nouvelle étape dans son offensive politique.
À Pékin, des centaines de milliers de jeunes viennent acclamer le dirigeant communiste et le mouvement des Gardes rouges prend une ampleur spectaculaire.
Mao reprend le contrôle en utilisant la jeunesse
La Révolution culturelle chinoise ne naît pas réellement le 18 août 1966. Son déclenchement politique remonte au printemps, lorsque Mao Zedong décide de reprendre l’initiative au sein du Parti communiste chinois.
Le 16 mai 1966, une circulaire interne accuse certains responsables du Parti d’être des « révisionnistes » et de vouloir remettre en cause la ligne révolutionnaire.
Le contexte est particulièrement tendu.
Quelques années auparavant, le Grand Bond en avant, lancé par Mao entre 1958 et 1961, s’est soldé par une catastrophe économique et humaine.
La direction chinoise avait alors engagé une politique de redressement qui réduisait l’influence personnelle de Mao dans la gestion quotidienne du pays.
Le président du Parti conserve pourtant une ambition intacte : reprendre la main sur l’appareil communiste.
La Révolution culturelle devient ainsi un formidable instrument politique. Mao choisit notamment de s’appuyer sur une population qu’il peut mobiliser contre les cadres du Parti : la jeunesse chinoise.
Le 25 mai 1966, un premier grand dazibao, c’est-à-dire une affiche manuscrite en grands caractères, est placardé à l’université de Pékin.
L’agitation gagne progressivement les établissements d’enseignement. Les autorités tentent dans un premier temps de contenir le mouvement. Des équipes de travail sont envoyées dans les universités afin de rétablir l’ordre.
Mais Mao finit par désavouer cette stratégie. Il encourage au contraire les jeunes militants à s’en prendre à ceux qu’il présente comme des ennemis de la révolution.
La lutte politique quitte alors les couloirs du Parti pour gagner les rues, les écoles et les universités.
La jeunesse devient l’arme de Mao contre les cadres communistes.
Le 8 août 1966, le Comité central adopte les « seize points », qui donnent un cadre officiel à la Révolution culturelle.
Le texte appelle les masses à combattre les responsables accusés de suivre une voie contraire au socialisme. La mécanique est désormais lancée.
Le 18 août 1966, Mao met les Gardes rouges au premier plan
Le 18 août 1966 constitue une date majeure dans l’histoire de la Révolution culturelle. Ce jour-là, Mao Zedong reçoit à Pékin environ un million de jeunes sur la place Tian’anmen.
Le dirigeant communiste apparaît alors aux côtés de Lin Biao, devenu l’un de ses principaux soutiens.
L’événement est soigneusement mis en scène. Mao porte notamment le brassard des Gardes rouges. Le message politique est limpide : la jeunesse mobilisée bénéficie désormais du soutien du sommet du régime.
Les Gardes rouges vont rapidement devenir l’un des symboles les plus connus de la Révolution culturelle.
Formés principalement de lycéens et d’étudiants, ils prétendent défendre la pensée de Mao et combattre les ennemis supposés de la révolution.
Leur action s’appuie notamment sur les dazibaos, les réunions politiques et les manifestations de masse.
Le Petit Livre rouge, recueil de citations de Mao publié à partir de 1964, devient l’un des objets emblématiques de cette mobilisation.
Il est brandi dans les rassemblements et sert de référence idéologique aux militants maoïstes.
La propagande occupe une place centrale. Le culte de la personnalité autour de Mao atteint une intensité considérable.
Son portrait apparaît partout. Ses paroles sont récitées. Sa pensée est présentée comme une vérité politique incontestable.
Dans le même temps, les responsables considérés comme trop modérés sont progressivement désignés comme des ennemis.
Le président de la République populaire de Chine Liu Shaoqi devient l’une des principales cibles.
Deng Xiaoping, alors secrétaire général du Parti communiste chinois, est lui aussi écarté du pouvoir.
La Révolution culturelle transforme donc rapidement une lutte interne au sommet du Parti en une mobilisation politique de masse.
Les Gardes rouges parcourent les établissements scolaires, les quartiers et les administrations.
Ils recherchent ceux qu’ils accusent d’être des contre-révolutionnaires. Les cadres, les intellectuels, les artistes et les personnes associées à l’ancien ordre sont particulièrement exposés.
Le mouvement ne se contente bientôt plus de débats idéologiques. Les violences se multiplient.
Une décennie de violences qui ravage la Chine
La Révolution culturelle prétend officiellement purifier la société chinoise et empêcher la restauration du capitalisme.
Dans les faits, elle provoque une profonde désorganisation du pays. Les écoles et les universités sont durablement perturbées. Les intellectuels sont particulièrement visés. Des enseignants sont humiliés publiquement. Des cadres du Parti sont dénoncés. Des artistes et des écrivains sont persécutés.
Les Gardes rouges s’attaquent également à ce qui est présenté comme les « Quatre Vieilleries » : les vieilles idées, la vieille culture, les vieilles coutumes et les vieilles habitudes.
Des œuvres d’art, des livres et des éléments du patrimoine sont détruits. Des lieux religieux sont également pris pour cible.
La volonté de construire un homme nouveau conduit ainsi à une attaque contre une partie considérable de l’héritage culturel chinois.
Le sort réservé aux intellectuels illustre particulièrement la brutalité du système. L’écrivain Lao She fait partie des personnalités prises dans cette tourmente.
Persécuté et soumis aux humiliations publiques, il se suicide en 1966. Le cas de Liu Shaoqi est encore plus révélateur de la violence politique du régime.
Ancien numéro deux du pouvoir chinois et président de la République, il est progressivement éliminé de la vie politique.
Il est finalement destitué et meurt en détention en 1969, après avoir subi de graves violences.
Deng Xiaoping connaît lui aussi la disgrâce. Écarté du pouvoir, il est envoyé travailler dans une usine avant de revenir progressivement sur le devant de la scène politique après la Révolution culturelle.
La Chine est alors plongée dans une véritable lutte entre factions. Les Gardes rouges eux-mêmes se divisent. Des groupes rivaux s’affrontent pour déterminer qui représente réellement la pensée de Mao.
L’armée finit par intervenir pour reprendre le contrôle de nombreuses régions. À partir de 1968, Mao entreprend également de mettre fin à l’autonomie politique des Gardes rouges.
Des millions de jeunes sont envoyés dans les campagnes. La Chine communiste, qui avait mobilisé sa jeunesse contre ses propres institutions, cherche désormais à contrôler cette force devenue difficile à maîtriser.
La Révolution culturelle ne disparaît pourtant pas immédiatement. Elle se poursuit jusqu’à la mort de Mao en 1976. Pendant dix ans, la Chine vit au rythme de la lutte idéologique, des purges et de la répression. Le bilan humain demeure considérable.
Les estimations varient selon les sources et les méthodes de calcul, mais la période a fait plusieurs centaines de milliers à plusieurs millions de victimes, auxquelles s’ajoutent les victimes des persécutions, des emprisonnements, des déplacements forcés et des violences politiques.
La Révolution culturelle laisse surtout derrière elle une société profondément traumatisée.
Après la mort de Mao en septembre 1976, le pouvoir chinois finit par condamner officiellement les excès de cette période.
La Chine s’engage progressivement dans une autre direction sous l’impulsion de Deng Xiaoping.
Celui qui avait été humilié et écarté pendant la Révolution culturelle devient finalement l’un des principaux artisans de la transformation économique du pays.
L’épisode maoïste demeure toutefois un avertissement historique majeur. Au nom de la révolution permanente, un régime politique avait décidé de placer la lutte idéologique au-dessus de la stabilité du pays.
En mobilisant les jeunes contre les institutions, Mao avait ouvert une période de chaos qu’il lui fallut ensuite refermer.
La Révolution culturelle reste ainsi l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire de la Chine contemporaine : une décennie durant laquelle le culte du chef, la propagande et la radicalisation politique ont pris le dessus sur l’éducation, la culture et une partie des institutions.
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