Cafat : 252 496 assurés et des régimes sous perfusion

Deux cent cinquante-deux mille quatre cent quatre-vingt-seize. Un chiffre, et derrière, toute une population.
La Cafat a publié ce lundi 17 août son rapport d'activité 2025. Le document est méthodique, chiffré, sans effets de manche. Il est aussi accablant.
Un modèle qui tient grâce à l'argent de l'État
252 496 assurés et bénéficiaires. C'est le périmètre couvert par le Régime unifié d'assurance maladie-maternité à la fin de l'année 2025. Derrière ce nombre, il y a des Calédoniens accompagnés aux moments qui comptent : se soigner, accueillir un enfant, encaisser un accident du travail, traverser une période sans emploi, préparer une retraite.
Ils étaient 259 244 un an plus tôt. Près de sept mille de moins en douze mois.
Ce n'est pas un détail comptable. C'est le signal d'un territoire qui perd des actifs, donc des cotisants, donc des recettes.
Les chiffres du rapport ne laissent aucune place au confort. Les encaissements de cotisations ont reculé de plus de 4 % en 2025. Sur le seul régime général, la baisse atteint 5,3 %, soit près de 4,9 milliards de francs CFP évaporés. Au total, la Caisse a collecté 109,4 milliards, dont 93,3 pour ses propres régimes.
En face, elle a versé 142 milliards de prestations.
Le RUAMM boucle l'exercice sur un déficit de 991 millions, avec des réserves à moins 40,7 milliards. La Retraite fait pire : 12,63 milliards de déficit, contre 7,4 l'année précédente. Un doublement en un an.
Le directeur général Xavier Martin l'écrit sans détour dans son éditorial : ce sont les subventions de la Nouvelle-Calédonie, perçues à travers le prêt garanti par l'État, qui ont évité au RUAMM une cessation de paiement dès le mois de juin. Et les concours financiers mobilisés en 2026 ne permettront aux deux régimes de tenir que jusqu'en novembre.
Onze mois de visibilité. Voilà où en est la protection sociale calédonienne.
Le président du conseil d'administration Patrick Dupont et son vice-président Jean-Pierre Kabar rappellent, eux, que l'institution alerte depuis 2020. Qu'elle a formulé des propositions en 2020, 2021, 2023. Que le plan « SANTA » qu'elle avait adopté n'a finalement pas été retenu par le Congrès. Plusieurs textes ont été adoptés par le gouvernement en 2026 et attendent désormais leur vote.
La phrase du rapport est nette : la pérennité du système dépend de l'adoption à court terme des réformes structurelles nécessaires.
À mi-année, le conseil d'administration a dû transférer un milliard de francs CFP prélevé sur l'excédent du fonds de réserve des Prestations familiales vers celui de la Retraite. Les administrateurs le disent eux-mêmes : cette mesure ne saurait tenir lieu de réforme.
L'emploi, la vraie variable
Il n'y a pas de mystère dans ce budget. Un régime par répartition vit du travail.
Or 81 242 salariés étaient déclarés fin 2025, contre 93 757 en 2023. Près de 12 500 emplois perdus en deux ans, soit une chute de 13,3 %. Le nombre de comptes cotisants comportant au moins un salarié recule encore.
Le rapport démographique du régime Retraite en porte la trace directe : 1,49 cotisant pour un pensionné en 2025. Ils étaient 1,87 en 2023. Pendant ce temps, le nombre de retraités continue de progresser, à 42 794 bénéficiaires.
Aucune ingénierie financière ne compense cela durablement.
L'assurance chômage, elle, a joué son rôle d'amortisseur, et il faut le reconnaître. 8 661 Calédoniens ont perçu au moins une allocation de chômage total en 2025. Le dispositif de chômage partiel lié aux exactions a mobilisé 3,8 milliards et permis, selon la Caisse, de maintenir des contrats. Il s'est éteint le 30 juin, remplacé par l'allocation exceptionnelle de maintien dans l'emploi, adoptée le 25 août.
Un amortisseur, ce n'est pas un modèle. C'est un sursis payé par ceux qui travaillent encore.
Autre chiffre révélateur : les allocations familiales de solidarité, financées par la Nouvelle-Calédonie, bondissent de 11,42 %. La Caisse explique clairement le phénomène : le basculement d'allocataires salariés ayant perdu leur emploi depuis mai 2024. La solidarité prend le relais du salaire. C'est exactement le mécanisme qu'aucune collectivité ne peut financer longtemps.
Une maison qui se serre la ceinture
À la décharge de l'institution, il faut lire la colonne des dépenses de gestion.
Les coûts de gestion nets sont restés stables, à 6,004 milliards. Les frais généraux ont reculé de 1,4 % entre 2022 et 2025. L'effectif permanent est passé de 561 à 527 salariés, en baisse de 2,8 %. La maîtrise de la masse salariale a été conduite, précise le rapport, avec le soutien des organisations syndicales.
La dématérialisation, elle, rapporte : 182,5 millions d'économies annuelles sur les frais de gestion.
Sur le recouvrement, les résultats sont là aussi. Le taux de reste à recouvrer des employeurs redescend à 3,4 %. Les reversements par voie d'huissier atteignent 1 079 millions, en progression de 454 millions. 1 347 contrôles ont été menés, contre 1 062 l'année précédente.
Et puis il y a ce chantier que la Cafat a lancé en septembre à la demande des partenaires sociaux : une campagne contre le travail dissimulé. Le message assumé par la Caisse est simple et mérite d'être répété : le travail non déclaré prive les salariés de leurs droits, fausse la concurrence entre entreprises et fragilise le financement solidaire.
Rien de moralisateur là-dedans. Juste l'idée qu'un système ne survit pas si l'on peut en bénéficier sans jamais y contribuer.
Reste l'essentiel, que le rapport pose sans le trancher parce que ce n'est pas son rôle. La Cafat gère. Elle a traité plus de 900 demandes de données pour éclairer la décision publique, siégé dans les comités, produit les projections, chiffré les scénarios.
Le diagnostic est sur la table. Complet, documenté, partagé par les employeurs comme par les syndicats.
Ce qui manque désormais n'est plus une étude actuarielle.
C'est une décision.

