Missile chinois : Palau appelle le Pacifique à faire front

Le président des Palaos, Surangel Whipps Jr, appelle les États insulaires du Pacifique à parler d’une seule voix après le récent tir chinois d’un missile balistique intercontinental à capacité nucléaire. À quelques jours du Forum des îles du Pacifique, il estime que la région ne doit pas devenir un terrain d’essai pour les grandes puissances.
Palau veut une réponse commune du Pacifique face à la Chine
Le prochain sommet du Forum des îles du Pacifique (PIF) devrait être marqué par les tensions provoquées par le récent essai de missile chinois dans la région.
Surangel Whipps Jr, président des Palaos et futur président du Forum, souhaite obtenir une position commune des États océaniens face au lancement par Pékin d’un missile balistique intercontinental capable d’emporter une charge nucléaire.
Le projectile, équipé lors de l’essai d’une ogive factice, avait été tiré en direction du Pacifique avec seulement quelques heures de préavis adressé à certains pays.
Pour le dirigeant palaosien, les États insulaires doivent désormais défendre une position claire.
« C’est quelque chose sur lequel nous devrions parler d’une seule voix », estime-t-il, rappelant que les pays du Pacifique ont le droit d’être informés lorsque des missiles traversent leur environnement régional.
Un tir chinois qui inquiète les petits États insulaires
Le président des Palaos estime que l’essai chinois a provoqué « inquiétude et anxiété inutile » dans le Pacifique.
Il s’interroge notamment sur le choix de Pékin de faire tomber le missile à proximité de Tuvalu et des îles Salomon, plutôt que dans les immenses espaces océaniques situés plus au nord entre la Chine et les États-Unis.
Pour Surangel Whipps Jr, le message envoyé par cette démonstration de puissance est particulièrement préoccupant pour les petits États insulaires.
Le dirigeant va jusqu’à considérer que Pékin semble vouloir rappeler aux nations océaniennes leur vulnérabilité face aux capacités militaires chinoises.
La Chine défend pour sa part un essai militaire de routine, conforme selon elle au droit international et ne visant aucun État en particulier.
Le Forum des îles du Pacifique divisé sur la réponse à apporter
Malgré les critiques exprimées dans plusieurs capitales océaniennes, le Forum peine jusqu’à présent à adopter une condamnation explicite de la Chine.
En juillet, le Premier ministre australien Anthony Albanese avait annoncé la préparation d’une déclaration commune particulièrement ferme. Les divisions entre les membres du PIF ont cependant empêché l'adoption d'un texte directement dirigé contre Pékin.
Réunis la semaine dernière, les ministres des Affaires étrangères du Pacifique ont finalement appelé à davantage de « transparence et de garanties » concernant les essais de missiles dans la région, sans mentionner directement la Chine.
Le secrétaire général du Forum, Baron Waqa, a reconnu l’existence de divergences.
Certains États souhaitent condamner précisément le lancement chinois, tandis que d’autres préfèrent adopter un texte général visant l’ensemble des futurs essais militaires dans le Pacifique.
Nauru et Kiribati réticents à une condamnation directe
Nauru et Kiribati ont notamment été présentés comme les deux pays les plus réticents à soutenir une condamnation ferme de Pékin.
Les deux États entretiennent désormais des relations diplomatiques avec la Chine. Kiribati a rompu avec Taïwan en 2019, tandis que Nauru a effectué le même changement diplomatique en 2024.
Baron Waqa a toutefois rejeté l’idée selon laquelle ces deux pays auraient à eux seuls bloqué une déclaration plus sévère.
Selon lui, chaque gouvernement a simplement exposé sa position afin de parvenir à un compromis entre les membres du Forum.
Les divisions illustrent une nouvelle fois la difficulté pour les États du Pacifique de maintenir une position commune face à la rivalité stratégique entre la Chine et les puissances occidentales.
« Ce n’est pas l’acte d’un ami »
Plusieurs dirigeants régionaux ont pourtant ouvertement critiqué Pékin.
Le Premier ministre des îles Salomon, Matthew Wale, a notamment estimé que le lancement chinois n’était « pas l’acte d’un ami ».
Surangel Whipps Jr se dit également favorable à l’idée avancée par le dirigeant salomonais d’un pacte de sécurité à l’échelle du Pacifique, à condition que celui-ci reste compatible avec les accords de défense existants entre les Palaos et les États-Unis.
Pour le président palaosien, toute initiative permettant de renforcer « la paix et la stabilité » dans la région mérite d’être étudiée.
Sécurité et climat au cœur du prochain sommet du Pacifique
Les questions militaires ne seront cependant pas les seules au programme du prochain sommet du Forum.
Surangel Whipps Jr souhaite placer le changement climatique au sommet des priorités, notamment en obtenant davantage de financements pour le Pacific Resilience Facility, destiné à soutenir les pays insulaires confrontés à la hausse des températures et à l’élévation du niveau de la mer.
Le développement des infrastructures portuaires et de la pêche figurera également parmi les sujets majeurs.
Le président des Palaos souhaite notamment qu’une part plus importante du thon pêché dans les eaux du Pacifique soit directement transformée dans les États insulaires afin que davantage de valeur économique reste dans la région.
Le sommet qui se tiendra aux Palaos devrait ainsi confronter les dirigeants océaniens à une double question devenue incontournable : comment lutter contre le changement climatique tout en évitant que leur territoire maritime ne devienne le théâtre de la rivalité militaire entre grandes puissances.

