SONDAGE EXCLUSIF – Présidentielle : un premier tour plus ouvert que jamais

Notre sondage OpinionWay confirme qu’à un an de l’échéance, rien n’est fait : le candidat insoumis, Jean-Luc Mélenchon, est devancé par Édouard Philippe. Entre ce dernier, Gabriel Attal et Bruno Retailleau, le début de l’été et surtout l’entrée dans le dur de la campagne en septembre peut encore tout changer.
Antonin André13/06/2026

Gabriel Attal, Édouard Philippe et Raphaël Glucksmann. © JEANNE ACCORSINI/SIPA ; J.E.E/SIPA ; TELMO PINTO/NURPHOTO/AFP
La campagne présidentielle est lancée et, pour la première fois, un sondage montre que les lignes bougent. Les rapports de force à gauche, au centre et à droite commencent à se dessiner nettement. Avec un premier enseignement : le jeu pour décrocher la deuxième place, qualificative pour le second tour, est très ouvert. Le duel annoncé entre Jean-Luc Mélenchon et le candidat du RN n’a rien d’irrémédiable. Le leader de La France insoumise est même devancé, dans toutes les hypothèses, par le candidat du bloc central, voire par Raphaël Glucksmann.
À lire aussi2027 : la méthode Mélenchon pour s'imposer à la présidentielle
À un an de l’échéance, il convient de ne pas surinterpréter ces résultats, mais ils soulignent que la puissance de Jean-Luc Mélenchon est toute relative, malgré une base militante solide et très mobilisée. Le leader Insoumis a néanmoins dans son jeu l’expérience des campagnes précédentes qui ont démontré sa maîtrise du crescendo dans les dernières semaines de la compétition. En 2022, son score au premier tour avait bondi de sept points par rapport aux sondages d’intentions de vote, dans la dernière ligne droite. Le plus sérieux concurrent de Mélenchon – ce n’est pas une surprise – reste Édouard Philippe. Dans les deux hypothèses où il est candidat pour le bloc central, Philippe se place largement devant, 19 % contre 13 % pour Mélenchon, et 19 % contre 16 % dans le scénario le plus serré.
Toujours solidement calé en arrière de la ligne de front, le maire du Havre voit sa stratégie confortée par notre sondage. En dehors de quelques apparitions anecdotiques – à l’image de son apparition à un rassemblement de personnes portant le prénom Édouard à Saint-Ouen, fin mai –, le candidat Horizons refuse d’accélérer le rythme malgré les impatiences de son entourage, qui s’inquiète de l’offensive printanière de Gabriel Attal. Philippe se distingue du reste de la classe politique en se gardant de réagir à chaud à chaque soubresaut de l’actualité. Qu’il s’agisse de l’arrestation de Maduro au Venezuela, des incidents le soir de la finale de la Ligue des champions – il n’en a pas dit un mot – ou plus récemment de l’affaire Lyhanna, il assume de ne pas intervenir à chaud sur tous les sujets. Comme si tout ce qui le déviait de l’« objectif présidentielle » était piégeux, parasite.

Sondage OpinionWay pour le JDD. © OpinionWay
Une stratégie qui s’avère payante au regard de l’écart qu’il maintient avec Gabriel Attal sur une projection de premier tour : Philippe score à 19 %, contre 14 % pour le candidat Renaissance. C’est la capacité à rassembler au-delà du bloc central qui explique ce différentiel. Philippe attire à lui jusqu’à 17 % d’électeurs des Républicains, quand Gabriel Attal n’en capte que 8 %. Un écart logique au regard de leurs stratégies respectives : Édouard Philippe s’affiche volontiers avec Bruno Retailleau, quand Gabriel Attal l’exclut de son espace, le renvoyant à un bloc conservateur.
Dans l’hypothèse d’une primaire, Attal a toujours rejeté l’idée de se mesurer à Bruno Retailleau. Moins spectaculaire, mais signifiant, le maire du Havre parvient, selon les hypothèses, à attirer jusqu’à 10 % des voix socialistes et 24 % des écologistes, contre respectivement 8 % et 14 % pour Gabriel Attal. Le caractère plus clivant du candidat Renaissance se mesure dans les chiffres, et le pousse à faire campagne sur un message positif d’optimisme et de « force d’agir », afin d’élargir sa base.
Le caractère plus clivant de Gabriel Attal se mesure dans les chiffres
Aussi faut-il, une fois encore, se garder de conclusions hâtives : l’entrée dans le vif de la campagne, après l’été, peut bouleverser le jeu au sein du bloc central. Sans doute est-ce le calcul de Bruno Retailleau, candidat LR, crédité de 8 à 9 % d’intentions de vote. Le score, pour modeste qu’il soit, est suffisamment élevé pour donner à croire qu’une dynamique est toujours possible, l’écart qui sépare Retailleau d’Attal étant le même que celui qui place Philippe devant Attal.
Un capital de départ que le Vendéen doit impérativement faire fructifier dans les prochaines semaines, dans la foulée de son meeting au Parc floral de Vincennes, le week-end prochain. Écartelé entre les sympathisants tentés par le vote RN, et ceux que le discours économique d’Édouard Philippe séduit, la tâche est rude pour celui qui défend l’idée que LR doit demeurer le grand parti rassembleur de la droite.

