Souveraineté en danger ? Eramet ciblé par un fonds américain

Deux puissances étrangères frappent à la porte d’un fleuron industriel français.
Dans un contexte de guerre économique mondiale, la souveraineté minière est plus que jamais en jeu.
Une offensive étrangère sur un groupe stratégique français
Le groupe minier français Eramet, pilier industriel dans l’extraction de métaux stratégiques, se retrouve aujourd’hui au cœur d’une manœuvre financière internationale d’ampleur. Selon le Financial Times, le fonds Orion Critical Mineral Consortium (CMC), soutenu par des capitaux américains et émiratis, envisage de prendre une participation significative dans le capital du groupe.
Créé récemment avec un capital initial de 1,8 milliard de dollars, Orion CMC s’inscrit dans une logique géopolitique assumée : sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques pour les puissances occidentales. Derrière cette stratégie, un objectif clair : réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine, aujourd’hui dominante sur les marchés du lithium, du cobalt ou encore des terres rares.
Le fonds viserait en particulier les 37 % détenus par la famille Duval, premier actionnaire historique du groupe. Une opération qui, si elle se concrétise, marquerait un tournant majeur dans la gouvernance d’Eramet.
Dans un contexte de compétition mondiale accrue pour les ressources naturelles, cette initiative pose une question centrale : la France peut-elle se permettre de voir l’un de ses champions industriels passer sous influence étrangère ?
Une entreprise fragilisée et sous tension interne
Si cette offensive est aujourd’hui possible, c’est aussi parce qu’Eramet traverse une zone de turbulences financières et managériales. L’année 2025 a été particulièrement difficile, avec une perte nette de 477 millions d’euros, aggravée par un niveau d’endettement préoccupant.
Face à cette situation, les actionnaires, dont l’État français (27 % du capital), ont validé une augmentation de capital de 500 millions d’euros afin de redresser la barre. Mais cette réponse financière ne masque pas les fragilités structurelles du groupe.
Sur le plan interne, les secousses se sont multipliées. Le départ du directeur général récemment nommé, suivi de la mise à l’écart du directeur financier, illustre une instabilité managériale inquiétante. Dans ce climat tendu, la présidente du conseil d’administration, Christel Bories, a dû reprendre les commandes opérationnelles en urgence.
Ce contexte fragilise mécaniquement la position d’Eramet face aux investisseurs étrangers. Car, dans le monde économique actuel, les faiblesses internes deviennent des opportunités pour les puissances extérieures.
Et Orion CMC ne s’y trompe pas.
Derrière l’opération financière, une bataille géopolitique mondiale
L’intérêt d’Orion CMC pour Eramet ne relève pas d’un simple opportunisme financier. Il s’inscrit dans une stratégie globale beaucoup plus large : la guerre des ressources.
Le fonds s’est déjà positionné en Afrique, notamment en République démocratique du Congo, où il a signé un accord avec le géant minier Glencore pour potentiellement acquérir 40 % de ses actifs dans le cuivre et le cobalt. Des métaux essentiels à la transition énergétique et aux technologies modernes.
Dans cette logique, Eramet représente une cible de choix. Présent dans plusieurs pays et impliqué dans l’extraction de minerais stratégiques, le groupe français constitue un levier clé pour sécuriser les approvisionnements occidentaux.
Mais cette dynamique pose un problème de fond. Car derrière les discours de coopération entre alliés se cache une réalité plus brutale : chaque puissance cherche avant tout à défendre ses propres intérêts.
Pour la France, l’enjeu est donc crucial. Accepter l’entrée d’Orion CMC, c’est potentiellement partager le contrôle d’un acteur stratégique. Refuser, c’est prendre le risque de fragiliser davantage une entreprise déjà sous pression.
Dans ce bras de fer silencieux, une certitude s’impose : la souveraineté économique ne se négocie pas à la légère.
(Crédit photo : site institutionnel Eramet)
