LA CHINE A INSTALLÉ DEUX STATIONS DE SON GPS MILITAIRE EN NOUVELLE-CALÉDONIE

Un rapport de l'École militaire française publié en avril 2025 révèle des informations inédites sur la présence chinoise dans le territoire. Dont une citation de l’ancien président du FLNKS qui surprendra.
Un document officiel du ministère de la Défense français vient de mettre en lumière des informations jusqu'ici peu connues sur la Nouvelle-Calédonie et son rôle dans la compétition géopolitique entre grandes puissances. Publié en avril 2025 par l'Institut de Recherche Stratégique de l'École Militaire (IRSEM), ce rapport de soixante pages, signé par la chercheuse néo-zélandaise Anne-Marie Brady, s'intitule : "Quand la Chine frappe à la porte de la Nouvelle-Calédonie." Il est public et téléchargeable sur le site de l'École militaire.
Beidou : le GPS militaire chinois, ici
Parmi les révélations du rapport, une retient l'attention. La Chine dispose en Nouvelle-Calédonie de deux stations de référence du système Beidou - l'une à Nouméa, l'autre à Koumac. Le rapport est explicite : "La Chine fait appel à des sociétés privées pour héberger des stations de référence équipées de Beidou en Nouvelle-Calédonie ; l'une est à Nouméa et l'autre à Koumac. Les stations terrestres et les stations de référence fonctionnent ensemble pour fournir une précision au centimètre près pour le positionnement et le ciblage par satellite."
Beidou - "Grande Ourse" en mandarin - est l'équivalent chinois du GPS américain. Comme le GPS, il envoie deux types de signaux : l'un civil, l'autre militaire. Sa particularité : il a été conçu précisément pour que l'armée chinoise ne dépende pas d'un système contrôlé par Washington. En cas de conflit, les États-Unis peuvent brouiller le GPS. Beidou est hors de leur portée. En version militaire, sa précision atteint dix centimètres dans la région Asie-Pacifique - une précision suffisante pour le ciblage de missiles.
La Chine n'ayant pas d'ambassade ni de consulat en Nouvelle-Calédonie - contrairement à d'autres territoires du Pacifique où elle installe ces stations dans ses représentations diplomatiques officielles - elle a opté pour un contournement : des sociétés privées locales hébergeant ces équipements.
À La Tontouta, la France écoute le Pacifique
Ce détail prend une résonance particulière quand on le replace dans son contexte géographique.
À quelques centaines de mètres de l'aéroport de La Tontouta, la France dispose depuis 2005 d'une installation de renseignement électromagnétique gérée par la DGSE. Le rapport IRSEM le confirme : "La Direction générale de la sécurité extérieure a installé un poste d'écoute sur la base aérienne 186 Lieutenant Paul Klein, qui partage la piste avec l'aéroport international de Nouméa - La Tontouta. Cela fait partie d'un réseau international équivalent au dispositif de renseignement d'origine électromagnétique de la NSA américaine. La base aérienne 186 sert également au suivi des missiles et des satellites dans l'espace."
Ce réseau est connu sous le nom de "Frenchelon" - surnommé ainsi en référence au système d'écoute anglo-saxon Echelon. La station de La Tontouta figure parmi ses nœuds reconnus, aux côtés de Kourou, Papeete, Mayotte et La Réunion.
Deux systèmes, deux puissances, sur le même territoire. La France écoute depuis La Tontouta. La Chine se positionne depuis Nouméa et Koumac.
Un responsable politique calédonien cité dans le rapport
Le rapport de l'IRSEM ne s'arrête pas à la technique. Il documente en détail les relations entre le Parti communiste chinois et des acteurs politiques néo-calédoniens.
Parmi les noms cités figure un responsable politique néo-calédonien, présenté comme vice-président de l'Association d'amitié sino-calédonienne - organisation liée au département du Front uni du Parti communiste chinois - et participant régulier aux forums organisés par la Chine à Shanghai en 2017 et à Fuzhou en 2023. Ce responsable figure aujourd'hui en tête d'une liste aux élections provinciales du 28 juin prochain.
Le rapport est public. Les noms y figurent. La rédaction laisse aux lecteurs le soin de le consulter.
Ce que dit le président du Congrès
Dans ce contexte, une déclaration du président du Congrès de Nouvelle-Calédonie Roch Wamytan, rapportée par le rapport IRSEM sur la base d'un entretien conduit par l'auteure, mérite d'être citée intégralement.
"Une opinion de plus en plus répandue est que la Nouvelle-Calédonie n'a pas la capacité de tenir tête à la Chine, alors que la France est plus facile à gérer." (Roch Wamytan ; ext. IRSEM Étude n°122, avril 2025)
Cette phrase, prononcée par un des principaux dirigeants indépendantistes du territoire, dit quelque chose que le débat politique local formule rarement avec cette clarté.
Un rapport qui s'inscrit dans un contexte plus large
Les informations révélées par ce document de l'École militaire française ne sont pas isolées. Elles s'inscrivent dans une séquence régionale que plusieurs signaux récents éclairent : la signature en 2022 d'un accord de sécurité entre les îles Salomon et la Chine - et son annonce de révision par le nouveau Premier ministre salomonais cette semaine à Canberra. L'ouverture en novembre 2022 d'un bureau consulaire officiel japonais à Nouméa, couvrant l'ensemble du Pacifique français. Le redéveloppement par l'Australie de la base navale de Lombrum en Papouasie-Nouvelle-Guinée pour 300 millions d'euros. Et en 2022, les Rafales français qui atterrissaient à La Tontouta dans le cadre de la mission Pégase - avant le 13 mai, dans le cadre de la stratégie indo-pacifique française.
Le rapport de l'IRSEM conclut par une recommandation : "Un public informé est un public résilient. Un débat public robuste est nécessaire au sein même de la Nouvelle-Calédonie sur le rôle de la Chine et d'autres partenaires potentiels dans l'avenir politique et économique du territoire."
C'est précisément l'objet de cet article.
Source : Anne-Marie Brady, "Quand la Chine frappe à la porte de la Nouvelle-Calédonie", IRSEM Étude n°122, avril 2025. Document public disponible sur irsem.fr
