Avant les provinciales, le Congrès ne fonctionne plus

Deux semaines à peine avant les provinciales, l’institution censée incarner la stabilité démocratique cale.
Au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, les séances se succèdent… et les reports aussi.
Une institution paralysée par la campagne des provinciales
Depuis plusieurs semaines, le Congrès de la Nouvelle-Calédonie donne le sentiment d’un fonctionnement au ralenti, voire d’un véritable blocage institutionnel. En cause, une réalité politique assumée mais rarement reconnue : la campagne pour les élections provinciales du 28 juin mobilise fortement les élus, au détriment de leur présence dans l’hémicycle.
Les ajournements pour défaut de quorum se sont multipliés. Pour rappel, les débats ne peuvent se tenir que si au moins 28 élus sont présents. Or, ces derniers jours, cette exigence minimale a souvent été difficile à atteindre. Une situation qui interroge directement le sens des responsabilités de certains représentants, pourtant élus pour siéger et légiférer.
Mais ce mercredi 17 juin, le scénario a légèrement changé. Le quorum était bien atteint. Pourtant, la séance n’a pas eu lieu. Un paradoxe qui illustre à lui seul le degré de désorganisation actuel de l’institution.
Car derrière cette situation se cache une autre réalité : une modification récente du règlement intérieur du Congrès, adoptée le 5 juin, impose désormais la présence des membres du gouvernement concernés par les textes examinés. Une mesure censée renforcer la qualité des débats, mais qui, en pratique, contribue aujourd’hui à paralyser encore davantage le fonctionnement institutionnel.
Une nouvelle règle qui bloque les travaux
Ce mercredi après-midi, aucun membre du gouvernement ne s’est présenté pour accompagner les textes inscrits à l’ordre du jour. Une absence qui, selon le nouveau règlement, empêche purement et simplement la tenue des débats.
Face à cette situation, Muriel Malfar-Pauga, troisième vice-présidente du Congrès, a réuni le bureau. La décision a été prise à l’unanimité : appliquer strictement le règlement et ajourner la séance. Une décision juridiquement fondée, mais politiquement lourde de conséquences.
Vidjaya Tirou, secrétaire général du Congrès, a rappelé les termes précis de la règle : la présence du membre du gouvernement compétent est désormais obligatoire, sauf cas de force majeure. À défaut, le texte ne peut être examiné. Une disposition qui vise à garantir un minimum de cohérence dans les débats, mais qui révèle aussi les limites d’un exécutif absent.
Dans les faits, cette nouvelle obligation met en lumière une défaillance collective. D’un côté, des élus mobilisés ailleurs pour leur campagne. De l’autre, un gouvernement qui ne se déplace pas pour défendre ses textes. Résultat : une institution à l’arrêt.
Parmi les dossiers reportés figuraient pourtant des sujets importants, notamment la poursuite de la réforme du règlement intérieur du Congrès et une proposition de résolution sur la construction d’une voie de désenclavement au sud du Mont-Dore, projet stratégique pour l’aménagement du territoire.
Une fin de mandature sous le signe de l’inaction
La situation devient d’autant plus préoccupante que cette séance pourrait bien être la dernière de la mandature. La réunion prévue ce 18 juin a été annulée, faute d’examen préalable des textes en commission, là encore en raison de l’absence du membre du gouvernement compétent.
Un enchaînement de dysfonctionnements qui donne une image inquiétante de la fin de mandature. Une institution incapable de se réunir, des élus absents, un exécutif défaillant : le constat est sévère, mais difficilement contestable.
Certes, des possibilités existent encore. Le gouvernement peut demander la convocation d’une séance en urgence avant les élections. Théoriquement, une réunion pourrait même se tenir après le scrutin, puisque le mandat court jusqu’au 3 juillet. Mais, dans les faits, cette hypothèse reste peu probable.
Ce blocage institutionnel intervient au moment même où les candidats multiplient les discours sur l’exemplarité, la rigueur et le travail. Des mots forts, répétés sur les estrades et dans les médias. Mais, sur le terrain, la réalité apparaît bien différente.
Car cette séquence pose une question simple : comment prétendre gouverner demain quand on peine déjà à assurer le fonctionnement minimal des institutions aujourd’hui ?
Au-delà des clivages politiques, c’est bien la crédibilité de la parole publique qui est en jeu. Dans un contexte déjà marqué par les tensions et les incertitudes, les Calédoniens attendent autre chose que des séances annulées et des absences répétées.
(Crédit photo : page Facebook "Congrès de la Nouvelle-Calédonie")

