La garde côtière chinoise représente une menace pour tout l’Indo-Pacifique, avertit Taïwan

La multiplication des opérations de la garde côtière chinoise ne menace plus seulement Taïwan, mais l’ensemble de l’Indo-Pacifique, estime Joseph Wu, secrétaire général du Conseil de sécurité nationale taïwanais. Taipei souhaite désormais partager son expérience avec les autres pays de la région afin de construire une réponse coordonnée face à l’expansion maritime de Pékin.
Une pression chinoise sur toute la première chaîne d’îles
Dans un entretien accordé au quotidien économique japonais Nikkei Asia, Joseph Wu a affirmé que la menace chinoise concernait désormais toute la région.
Selon le responsable taïwanais, la première chaîne d’îles, qui s’étend du Japon aux Philippines en passant par Taïwan, se trouve confrontée à une augmentation des opérations maritimes chinoises. Cette zone constitue un espace stratégique majeur entre les côtes chinoises et le Pacifique occidental.
Les systèmes taïwanais de renseignement, de surveillance et de reconnaissance auraient détecté une hausse importante de l’activité des navires officiels chinois dans la mer de Chine orientale, le détroit de Taïwan, le Pacifique occidental et la mer de Chine méridionale.
Cette pression ne se limite plus aux bâtiments de la marine chinoise. Pékin mobilise également sa garde côtière et d’autres navires gouvernementaux afin d’imposer progressivement sa présence dans des espaces maritimes contestés.
Pékin étend ses opérations à l’est de Taïwan
Depuis le mois de juin, la garde côtière chinoise mène des opérations présentées par Pékin comme des missions de « contrôle maritime » dans les eaux situées à l’est de Taïwan.
Le 4 juillet, les autorités chinoises ont notamment annoncé la poursuite de patrouilles conduites par plusieurs bâtiments de leur garde côtière. Pékin affirme que ces opérations visent à protéger la navigation, les activités de pêche et les intérêts des ressortissants chinois et taïwanais.
Le gouvernement taïwanais rejette catégoriquement cette interprétation. Il estime que la Chine ne dispose d’aucune compétence juridique ni d’aucun pouvoir de police dans ces eaux. Taipei accuse Pékin de tenter de modifier progressivement le statu quo et d’étendre artificiellement sa juridiction maritime.
Cette présence à l’est de l’île inquiète particulièrement Taïwan, car cette façade tournée vers le Pacifique pourrait jouer un rôle essentiel dans le maintien des voies d’approvisionnement en cas de crise ou de blocus chinois.
Des avertissements adressés aux navires marchands
Selon l’administration taïwanaise des garde-côtes, des bâtiments chinois auraient également diffusé des messages radio ordonnant à des navires marchands de quitter certaines zones.
Les garde-côtes taïwanais ont déployé leurs propres patrouilleurs pour surveiller les mouvements chinois et intervenir lorsque ces bâtiments s’approchent des eaux contrôlées par Taipei.
Cette stratégie permettrait à Pékin de normaliser progressivement la présence de ses navires officiels autour de Taïwan, tout en maintenant ses actions sous le seuil d’une confrontation militaire ouverte.
L’utilisation de la garde côtière offre en effet à la Chine un instrument plus ambigu qu’un déploiement naval classique. Présentées comme des opérations administratives ou policières, ces missions peuvent néanmoins servir à contester la souveraineté d’autres États et à imposer de nouvelles réalités sur le terrain.
Un front régional contre l’expansion maritime chinoise
Face à cette évolution, Taïwan a créé un mécanisme interministériel destiné à coordonner l’action des différentes administrations concernées.
L’un de ses objectifs consiste à partager l’expérience taïwanaise avec les pays également confrontés aux pressions chinoises, notamment le Japon et les Philippines. Taipei souhaite favoriser la création d’un front commun reposant sur l’échange de renseignements, la surveillance maritime et la coordination entre garde-côtes.
Les Philippines sont déjà régulièrement confrontées à des manœuvres chinoises en mer de Chine méridionale. Les États du G7 ont précédemment dénoncé les actions jugées dangereuses ou coercitives de la garde côtière chinoise et des milices maritimes de Pékin.
En juillet 2026, quatorze pays et l’Union européenne ont par ailleurs réaffirmé que les vastes revendications chinoises en mer de Chine méridionale ne disposaient d’aucun fondement juridique. Cette déclaration marquait le dixième anniversaire de la décision arbitrale rendue en faveur des Philippines en 2016, toujours rejetée par Pékin.
Les puissances occidentales affichent leur soutien à Taïwan
Les États-Unis ont également critiqué les opérations chinoises autour de Taïwan, considérant qu’elles contribuent à déstabiliser la région.
Une publication de l’Institut américain à Taïwan montrant des bâtiments taïwanais et américains naviguant ensemble a été interprétée comme un signal de coopération entre Washington et Taipei.
Le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France ont de leur côté exprimé leur inquiétude face aux opérations chinoises à l’est de l’île. Plus largement, les partenaires occidentaux et asiatiques renforcent leur coopération en matière de surveillance maritime et de sécurité des voies de navigation.
Cette mobilisation intervient alors que plusieurs responsables militaires américains avertissent que les actions coercitives chinoises remettent en cause l’ordre régional fondé sur le droit international.
La garde côtière au cœur de la stratégie chinoise
Pour Taïwan, l’enjeu dépasse désormais la seule défense du détroit. L’expansion de la garde côtière chinoise s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer progressivement l’influence de Pékin sur les mers voisines.
En multipliant les patrouilles, les avertissements radio et les opérations de contrôle, la Chine cherche à transformer ses revendications territoriales en une présence permanente.
Taipei estime donc que la réponse ne peut être uniquement nationale. La coordination entre Taïwan, le Japon, les Philippines, les États-Unis et les pays européens apparaît comme un élément central pour préserver la liberté de navigation et empêcher toute modification unilatérale du statu quo dans l’Indo-Pacifique.

