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Bakou, l'ombre qui plane

20 septembre 2026 à 08:05
5 min de lecture
Bakou, l'ombre qui plane

Résumé IA

VIGINUM n'a détecté aucune ingérence numérique étrangère lors des provinciales du 28 juin, malgré la menace Azerbaïdjanaise. Deux publicités sponsorisées par un média d'influence étranger ont toutefois été supprimées par Meta, qui a contourné son interdiction de publicité politique.

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Deux publicités sponsorisées, un média d'influence étranger déjà fiché, et une plateforme qui a laissé passer.
Le bilan de VIGINUM sur les provinciales du 28 juin montre que la vigilance de l'État n'était pas superflue.

Un scrutin sous haute surveillance

Il fallait s'y attendre. En septembre 2026, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale a rendu public le bilan de son dispositif de protection des élections provinciales calédoniennes. Le document est court. Il n'en est pas moins instructif.

Premier constat, et il mérite d'être posé d'emblée : entre le 18 juin et le 2 juillet 2026, aucune ingérence numérique étrangère ciblant le scrutin n'a été détectée et caractérisée par VIGINUM. Le vote du 28 juin s'est déroulé sans qu'une opération de manipulation d'ampleur vienne en fausser l'issue.

Cela ne doit rien au hasard. Pour ces provinciales, l'État a reconduit le réseau de coordination et de protection des élections, le RCPE, lancé en janvier 2026 à l'approche des municipales de mars. Autour de la table, sous la coordination du SGDSN : l'Arcom, la Commission nationale des comptes de campagne, le Secrétariat général du Gouvernement, le ministère de l'Intérieur appuyé par la Direction générale des outre-mer, le Haut-Commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie, et bien sûr VIGINUM, sous le regard d'un comité éthique et scientifique.

Trois réunions. Trois bulletins publiés. Une transparence revendiquée.

Et une menace qui, elle, n'a rien de théorique. Lors des européennes et des législatives de 2024, VIGINUM avait relevé vingt-cinq tentatives d'ingérence étrangère. Les municipales de mars 2026 en ont compté quatre. Le territoire calédonien, lui, figure depuis longtemps sur la carte des acteurs hostiles à la France.

Bakou, un précédent qui ne s'efface pas

Le rapport le rappelle sans détour : la Nouvelle-Calédonie a déjà été ciblée à plusieurs reprises par des acteurs de la menace informationnelle. Il renvoie explicitement à une étude antérieure du SGDSN, baptisée « UN-notorious BIG ».

Derrière ce sigle, un nom que les Calédoniens connaissent désormais trop bien. Entre juillet 2023 et octobre 2024, VIGINUM a analysé en profondeur l'activité en ligne du Baku Initiative Group et d'un réseau de comptes X qui lui était associé. Cette structure a été fondée en juin 2023 par l'AIR Center, un think tank azerbaïdjanais créé en 2019 par décret du président Ilham Aliyev.

Le plus grave reste ce qui s'est joué au cœur de la crise. Lors des émeutes de mai 2024, ces comptes, rejoints par d'autres, ont diffusé de fausses preuves accusant les forces de l'ordre, grâce à des techniques d'amplification artificielle. Pendant que le territoire brûlait, une puissance étrangère soufflait sur les braises depuis ses serveurs.

Paris ne s'y était pas trompé. Dès mai 2024, le ministre de l'Intérieur avait jugé « indiscutable » qu'une partie des dirigeants indépendantistes calédoniens avait passé un accord avec l'Azerbaïdjan. Le verdict de VIGINUM, lui, est sans appel : le BIG peut être considéré comme un organe de propagande d'État œuvrant contre la France, dont la stratégie consiste à instrumentaliser le débat public ultramarin au service de la politique étrangère azerbaïdjanaise.

C'est dans ce contexte que les provinciales de 2026 étaient, selon les termes mêmes du SGDSN, une cible potentielle d'instrumentalisation. La vigilance de l'État relevait de la lucidité, pas de la paranoïa.

Des publicités étrangères passées entre les mailles

Reste l'épisode central du bilan. Celui qui dérange.

Pendant la campagne, VIGINUM a repéré sur les plateformes de Meta deux publications sponsorisées consacrées aux provinciales. Elles émanaient du compte d'un média d'influence étranger proche d'un mode opératoire déjà connu du Service. Leur cible : le public calédonien, mais aussi la métropole.

Juridiquement, la manœuvre n'a pas été qualifiée d'ingérence. Pas d'allégation manifestement fausse, pas de diffusion massive ou automatisée. Les critères n'étaient pas réunis.

Pour autant, l'affaire n'a pas été classée. Le RCPE a transmis les éléments à Meta, qui a reconnu le caractère électoral des contenus et les a supprimés pour violation de ses standards publicitaires.

Le problème est ailleurs. Depuis octobre 2025, Meta interdit pourtant toute publicité politique, électorale ou sociale dans l'Union européenne, dans la foulée du règlement européen sur la transparence de la publicité politique. Google a pris le même chemin. Sur le papier, la porte était fermée.

Dans les faits, elle ne l'était pas. VIGINUM constate que des acteurs étrangers contournent l'interdiction en étiquetant leurs contenus sponsorisés comme non politiques, sans que les plateformes ne les modèrent. Une ruse grossière, qui suffit pourtant à franchir les filtres des géants du numérique.

Le SGDSN note en outre que ces publicités pourraient constituer une violation du code électoral.

La conclusion du rapport tient en une phrase, et elle vise directement les plateformes : il est essentiel qu'elles mettent en œuvre des mesures d'atténuation suffisantes avant les prochaines échéances.

Autrement dit, l'État a fait sa part. Aux multinationales du numérique de faire la leur. Car en Nouvelle-Calédonie plus qu'ailleurs, la protection du débat public n'est pas une formalité administrative. C'est une question de souveraineté.

(Crédit photo : Nicolas Petit/Hans Lucas / pour La Croix)