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Au delà du récif

Il sort de psychiatrie, tire, meurt

20 septembre 2026 à 05:32
4 min de lecture
Il sort de psychiatrie, tire, meurt

Résumé IA

Samedi aux aurores à Beauvais, un homme de 30 ans sorti la veille d'un hôpital psychiatrique ouvre le feu en ville avant d'être localisé. Les policiers, dont un est touché au bras, ripostent après sommations et usage du Taser, tuant le tireur. Deux enquêtes sont ouvertes par le parquet.

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Des coups de feu à l'aube, un tireur à moto, un policier touché.
À Beauvais, samedi matin, les forces de l'ordre ont affronté ce que chaque patrouille redoute.

Une aube sous les balles

Il est à peine 5 heures, ce samedi 19 septembre, quand Beauvais se réveille au bruit des détonations.

Un homme d'une trentaine d'années circule à moto dans les rues de la préfecture de l'Oise. Il tient une arme de poing. Et il s'en sert.

Plusieurs témoins le voient tirer à plusieurs reprises entre 5 heures et 7 heures du matin. Son attitude ne laisse aucune place au doute : il menace, il provoque, il sème la peur parmi les riverains.

Les signalements affluent.

C'est là que la technologie fait la différence. Grâce au réseau de vidéoprotection de la ville, l'individu est identifié en un temps record. Ceux qui, ici ou là, contestent encore l'utilité des caméras dans l'espace public trouveront dans cette affaire un démenti très concret : sans elles, localiser le tireur aurait pris bien plus longtemps, avec tous les risques que cela implique pour la population.

Un détail, révélé par le procureur de Beauvais, Nicolas Septe, donne à l'affaire une tout autre dimension. L'homme venait de sortir d'un hôpital psychiatrique. La veille. Vendredi.

Face aux tirs, des policiers qui n'ont pas reculé

Une fois l'adresse du suspect connue, les policiers se rendent à son domicile pour l'interpeller.

Ce qui les attend est d'une violence rare.

Au moment où ils tentent d'entrer dans le logement, les fonctionnaires sont accueillis par des tirs. Un policier est touché au bras. L'individu, selon le récit du magistrat, est alors dans un état de forte agitation et se montre ouvertement menaçant.

Les policiers ne sortent pas leur arme d'emblée. Ils suivent la procédure, point par point.

D'abord les sommations d'usage. Puis le recours au pistolet à impulsion électrique, le Taser, censé neutraliser sans tuer. Rien n'y fait. Ce n'est qu'après avoir essuyé plusieurs tirs que les agents font usage de leur arme de service.

L'homme est touché. Pris en charge par les secours, il meurt peu après.

Des membres de sa famille se trouvaient sur place au moment des faits. Aucun n'a été blessé, ce qui, au vu de l'intensité de l'échange de tirs, relève presque du miracle. Cela dit aussi quelque chose du sang-froid des fonctionnaires engagés ce matin-là.

Il faut mesurer ce que vivent ces hommes et ces femmes. Ils partent de chez eux pour une interpellation. Ils se retrouvent sous le feu d'un individu armé, avec un collègue blessé à leurs côtés et des civils à proximité. Chaque seconde compte, chaque décision engage des vies. Dans ce contexte, la gradation de la riposte décrite par le parquet tranche avec les caricatures qu'on entend trop souvent sur une police prompte à dégainer.

Deux enquêtes, une question qui dérange

Comme à chaque fois qu'un policier fait usage de son arme, la justice s'est saisie de l'affaire sur deux fronts.

Le premier concerne les agissements du trentenaire. Le commissariat de Beauvais est chargé d'enquêter sur des faits de violences et menaces avec arme visant des riverains, mais aussi de tentative d'homicide sur des policiers. La qualification est lourde. Elle dit la gravité de ce qui s'est joué.

Le second porte sur l'usage des armes par les forces de l'ordre. Il a été confié à la police judiciaire de Creil et à l'IGPN de Lille, la police des polices.

Cette seconde enquête est la règle. Elle n'a rien d'une mise en accusation, et il serait malhonnête de la présenter ainsi. Elle vise à établir les faits, rien de plus. Reste que, dans le climat actuel, on sait combien certains s'empressent de retourner la charge de la culpabilité vers ceux qui portent l'uniforme. Les éléments rendus publics par le parquet décrivent pourtant une intervention graduée, face à un homme qui avait déjà fait feu en pleine ville.

Une autre question, elle, mérite d'être posée sans détour.

Comment un homme sorti vendredi d'un hôpital psychiatrique a-t-il pu, dès le lendemain à l'aube, circuler armé dans les rues de Beauvais et tirer sur des policiers ? L'enquête dira d'où venait l'arme et quel était son parcours. Mais les Français sont en droit d'attendre des réponses sur le suivi des patients à leur sortie et sur la détention d'armes par des personnes en situation de fragilité psychique.

Ce samedi, ce sont des policiers qui ont payé le prix de ces angles morts. L'un d'eux porte une blessure au bras. Tous porteront le souvenir de cette matinée.

Ils ont fait leur travail. Ils ont protégé les habitants. Ils méritent d'abord le soutien de la Nation.

(Crédit photo : Denis Charlet / AFP)