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Émeutes : les banques prêtent deux fois moins

21 septembre 2026 à 08:05
6 min de lecture
Émeutes : les banques prêtent deux fois moins

Résumé IA

Deux ans après les émeutes de mai 2024, la production de crédit des banques calédoniennes ne représente que 49 % de la moyenne des dix années précédentes, soit deux fois moins qu'avant la crise. L'encours brut des crédits recule pour le neuvième trimestre consécutif, tandis que le rythme des créances douteuses ralentit nettement. Le système bancaire reste dépendant du soutien de l'IEOM et des groupes hexagonaux.

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Deux ans après les émeutes de mai 2024, les banques calédoniennes montrent les premiers signes de reprise.
Le crédit repart, mais très lentement, et le territoire reste soutenu par l'IEOM et les groupes bancaires hexagonaux.

Un redémarrage encore loin du compte

Le chiffre résume à lui seul l'état du Caillou. Au deuxième trimestre 2026, la production de crédit hors découverts ne représente que 49 % de la moyenne des dix années qui ont précédé les émeutes. Autrement dit, les banques de la place prêtent deux fois moins qu'avant mai 2024.

La tendance s'améliore pourtant. Selon la note de conjoncture publiée par l'IEOM en septembre 2026, la production progresse de 1,7 milliard XPF sur le trimestre et de 8,2 % sur un an. C'est le mouvement de l'économie calédonienne dans son ensemble : une reprise réelle mais lente, qui part de très bas.

Cette reprise ne suffit pas à inverser la courbe. L'encours brut des crédits des établissements installés sur le territoire recule pour le neuvième trimestre consécutif. Sur douze mois, il perd 4,7 %, soit 51,1 milliards XPF. Il y a un an, la baisse atteignait 5,4 %.

Les entreprises sont les plus touchées. Leur encours sain chute de 23 milliards XPF (-5,9 %), contre 17,9 milliards pour les ménages (-4,1 %) et 9,8 milliards pour les collectivités locales (-6,8 %).

Par type de crédit, l'habitat des ménages pèse le plus lourd dans la baisse, avec 16,8 milliards XPF en moins (-4,3 %). Suivent les crédits d'investissement des entreprises, en repli de 14,8 milliards (-7,3 %), puis ceux des collectivités, en recul de 9,5 milliards (-6,8 %). Moins de logements financés et moins d'investissement productif : c'est la conséquence directe de deux années de confiance brisée.

Le rythme de la baisse ralentit tout de même nettement. Les crédits d'exploitation des entreprises reculent de 4,8 %, contre 14,2 % un an plus tôt. Ceux des collectivités perdent 7,7 %, après une chute de 43,5 %. Les crédits à la consommation ne baissent plus que de 1,8 %, contre 12,8 % l'an dernier.

Dans cet ensemble, un détail méthodologique compte. L'IEOM a retiré de ses calculs les tranches du PGE versées par l'AFD à la Nouvelle-Calédonie : 95,5 milliards XPF au titre de 2025 et 10,7 milliards au titre de 2026. Sans ce retraitement, l'effort financier de l'État aurait masqué la tendance de fond du marché local, qui reste orientée à la baisse.

Créances douteuses : le pic serait passé

C'est un autre héritage des violences. Depuis mai 2024, la dégradation du tissu économique pèse sur la qualité des portefeuilles bancaires. Les défauts de paiement se sont accumulés.

Le rythme change cependant. Fin juin 2026, les créances douteuses totales n'augmentent plus que de 0,5 %, soit 0,5 milliard XPF. Un an plus tôt, elles bondissaient de 30,6 %, soit 22,3 milliards XPF.

Le taux de créances douteuses a atteint un point haut de 9,3 % fin mars 2026. Il s'établit à 9,2 % au 30 juin, contre 8,7 % un an auparavant. Le niveau reste élevé, mais il a cessé de monter.

Autre élément notable : les créances douteuses nettes baissent pour la première fois depuis juin 2019, de 1,7 %, après une hausse de 31,1 % un an plus tôt. Cette baisse de 0,9 milliard XPF provient des entreprises, dont les créances douteuses nettes reculent de 1,9 milliard (-6,3 %).

Tous les acteurs ne suivent pas cette tendance. Les créances douteuses nettes des collectivités locales continuent d'augmenter, de 0,9 milliard XPF, soit +10,8 %. Celles des ménages sont stables (+0,2 %).

Les banques restent prudentes. Leurs provisions augmentent encore de 3,5 %, contre 30 % un an plus tôt. Le taux de provisionnement atteint 43,5 %, contre 42,2 % en juin 2025.

Épargne, déficit clientèle et soutien de la métropole

Du côté de l'épargne, la situation se stabilise. L'encours total des actifs financiers baisse de seulement 0,1 % sur un an, soit 1,1 milliard XPF. Les dépôts à vue progressent de 1,4 % (+4,9 milliards) et les placements à long terme de 0,9 % (+1,7 milliard), ce qui compense le repli de 2,8 % des placements liquides ou à court terme.

Ce repli s'explique par une seule catégorie. Les comptes à terme des « autres agents » chutent de 37,1 %, soit 18,1 milliards XPF. Les entreprises et les ménages, eux, recherchent davantage ces placements mieux rémunérés, en hausse de 9,9 % et 12,4 % respectivement. L'assurance-vie progresse également, de 2,4 %, soit 4,1 milliards XPF.

La masse monétaire M3 recule pour le quatrième trimestre consécutif (-0,6 %), sous l'effet de la baisse des comptes sur livrets (-3,8 %) et des dépôts à terme (-2,2 %).

Reste la faiblesse structurelle du territoire. En Nouvelle-Calédonie, les dépôts collectés ne couvrent pas les crédits accordés. Ce déficit clientèle atteint 238,8 milliards XPF au 30 juin 2026. Il se réduit pour le huitième trimestre consécutif, de 33,7 milliards en un an.

Cette amélioration doit être lue avec prudence. Elle provient surtout d'une baisse de l'encours de crédit (-37,6 milliards XPF) plus forte que celle des dépôts (-3,9 milliards). Le déficit se réduit donc principalement parce que les banques prêtent moins.

Pour financer ce déficit, les banques s'appuient principalement sur l'IEOM et sur des emprunts interbancaires, essentiellement auprès des groupes hexagonaux. L'encours de refinancement de l'IEOM pour la Nouvelle-Calédonie atteint 131,5 milliards XPF. Le système bancaire calédonien reste donc largement dépendant des ressources venues de métropole.

La position extérieure nette s'améliore aussi. Structurellement négative, elle s'établit à -63,9 milliards XPF, en hausse de 40,6 milliards sur un an, grâce à la baisse des engagements hors zone d'émission (-24,4 milliards) et à la hausse des avoirs extérieurs des banques (+16,5 milliards).

Dernier point, lié au contexte international. Dans le sillage de la BCE et face aux tensions inflationnistes, l'IEOM a relevé ses taux directeurs de 25 points de base en juin 2026. Il les avait abaissés de 200 points de base entre juin 2024 et juin 2025.

Le bilan au 30 juin 2026 montre donc un territoire qui se reconstruit lentement. La reprise est réelle, mais elle repose encore largement sur le soutien de l'État, de l'IEOM et des banques métropolitaines.

(Crédit photo : BCI)