Aller au contenu
0%
Au delà du récif

Mortiers d'artifice contre la police

21 septembre 2026 à 05:00
4 min de lecture
Mortiers d'artifice contre la police

Résumé IA

À Saint-Pierre-des-Corps, près de Tours, des tirs de mortiers d'artifice visent des policiers après un rodéo à moto, provoquant des affrontements jusqu'à quatre heures du matin. Huit forces de l'ordre sont blessées, des véhicules brûlent, et cinq personnes sont interpellées. Une enquête est ouverte, le policier ayant heurté la moto est placé en garde à vue.

Aa

Des mortiers d'artifice tirés sur des policiers, des carcasses de voitures encore fumantes, une commune de l'agglomération tourangelle livrée au chaos jusqu'à quatre heures du matin.
Au lendemain, la mairie résume la situation en trois mots : « C'est calme ».

Tout commence par un rodéo

Samedi, 19 heures. Rien d'exceptionnel dans ce qui déclenche la séquence : des nuisances, encore, provoquées par « plusieurs jeunes » qui se livrent à des rodéos à moto. Le scénario est connu de toutes les communes de France. La police intervient. C'est son métier.

Au cours de cette intervention, l'une des motos est heurtée par un véhicule de police. Le conducteur, blessé à une jambe, est hospitalisé. Son pronostic vital n'est pas engagé.

Voilà le fait déclencheur. Un accident, au cours d'une opération de maintien de l'ordre rendue nécessaire par le comportement de ceux-là mêmes qui allaient, quelques heures plus tard, transformer une commune entière en champ de bataille.

Le reste ne relève plus de l'accident. Il relève du choix.

Huit blessés dans les rangs de la République

Car ce qui suit n'a rien d'une réaction spontanée à une émotion légitime. Plusieurs dizaines de jeunes prennent les policiers à partie. Des projectiles pleuvent. Des véhicules de police sont dégradés ou détruits, selon le communiqué de la préfecture d'Indre-et-Loire. Des véhicules administratifs brûlent. Des voitures de particuliers aussi, celles d'habitants qui n'avaient rien demandé, rien fait, et qui découvriront au matin leur outil de travail réduit en cendres.

Puis viennent les tirs de mortiers d'artifice. Dirigés sur des fonctionnaires.

Il faut mesurer ce que signifie cette phrase. Un mortier d'artifice n'est pas un caillou ramassé par colère. C'est un engin acheté, transporté, stocké, puis utilisé comme une arme contre des hommes en uniforme. Il y a, entre les deux, tout l'espace d'une préméditation.

Des barricades sont érigées. Des feux sont allumés. Une centaine de policiers et de gendarmes doivent être déployés sur le terrain, une centaine, pour une commune de l'agglomération tourangelle. Et les affrontements ne restent pas confinés : ils s'étendent à certains quartiers de Tours et de Joué-les-Tours.

Le bilan, au petit matin : huit membres des forces de l'ordre blessés, selon une source policière. Les violences ont duré jusqu'à 4 heures.

Huit. Le chiffre mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il a la fâcheuse habitude de glisser entre les lignes des dépêches. Huit hommes et femmes payés par le contribuable pour protéger leurs concitoyens, blessés parce qu'ils sont intervenus contre des rodéos urbains.

Cinq interpellations, une enquête, et la question qui reste

La justice, elle, fonctionne. Dans les deux sens.

Une enquête a été ouverte pour « blessures routières », afin d'établir les circonstances de l'accident. Le policier qui conduisait le véhicule a été placé en garde à vue. C'est la règle, et c'est très bien ainsi : dans un État de droit, nul n'est au-dessus de la loi, l'uniforme ne dispense de rien. Aucune démocratie sérieuse ne fonctionne autrement.

Mais la règle vaut aussi dans l'autre sens. Cinq personnes ont été interpellées pour « participation à un attroupement », a précisé à l'AFP la procureure de Tours, Catherine Sorita-Minard.

Cinq. Face à plusieurs dizaines de participants recensés par la préfecture. Face à huit blessés. Face à des véhicules détruits, des barricades, des tirs de mortiers, une nuit entière de désordre et trois communes touchées.

On peut espérer que l'enquête permette d'en identifier davantage. On peut aussi, sans spéculer sur l'issue judiciaire, constater la disproportion arithmétique entre l'ampleur des faits et le nombre d'interpellations opérées dans l'immédiat.

Contactée, la mairie de Saint-Pierre-des-Corps a précisé qu'aucun bâtiment municipal n'avait été touché. C'est une bonne nouvelle. C'en est une maigre.

Ce que ces nuits-là racontent

Il y a une mécanique, désormais rodée, qu'il faut nommer pour ce qu'elle est.

Un incident survient lors d'une intervention policière. Il est immédiatement converti en prétexte. Et la réponse n'est ni la plainte, ni le recours, ni la manifestation, trois voies que la République offre pourtant, gratuitement, à tous ses citoyens. La réponse est l'émeute.

Ce glissement n'a rien de naturel. Il repose sur l'idée qu'il existerait, dans certains quartiers, un droit d'exception à répondre à l'institution par la force. Et il prospère, année après année, parce que le coût de l'émeute reste trop faible pour dissuader quiconque.

Les habitants de Saint-Pierre-des-Corps, eux, n'ont pas eu le choix. Ils ont subi une nuit de bruit, de feu et de peur. Certains ont perdu leur voiture. Aucun d'entre eux n'a été consulté.

La véritable victimisation, dans cette affaire, n'est pas celle qu'on brandira dans les jours qui viennent. Elle est du côté de ceux qui n'ont pas fui le terrain : les riverains, et les huit fonctionnaires blessés pour avoir fait leur travail.

Le reste, l'enquête judiciaire le dira. Les faits, eux, sont déjà là.

(Crédit photo : PHILIPPE HUGUEN / AFP)