Fidji : l’explosion des cas de VIH pousse le gouvernement à déclarer l’urgence nationale

Résumé IA
Les Fidji déclarent l'urgence nationale face à une progression spectaculaire des infections au VIH, avec environ un adulte sur 60 infecté. Le ministre de la Santé, Antonio Lalabalavu, annonce une mobilisation pour accélérer dépistage et prévention, l'usage de drogues injectables étant un moteur clé de l'épidémie.
Les Fidji ont déclaré une urgence nationale face à une progression spectaculaire des infections au VIH. Le gouvernement estime désormais qu’un adulte sur 60 vit avec le virus, tandis que l’usage de drogues injectables est devenu l’un des principaux moteurs de l’épidémie.
La situation sanitaire se dégrade rapidement dans l’archipel du Pacifique. Face à l’augmentation des contaminations, le ministre fidjien de la Santé, Antonio Lalabalavu, a annoncé une mobilisation nationale afin d’accélérer le dépistage, les traitements et les politiques de prévention.
Un adulte sur 60 vivrait avec le VIH aux Fidji
Selon les données présentées par les autorités, environ un adulte sur 60 serait aujourd’hui infecté par le VIH aux Fidji. Il y a cinq ans, cette proportion était estimée à environ un adulte sur 167.
L’ONUSIDA classe désormais les Fidji parmi les pays connaissant l’une des progressions les plus rapides des infections au VIH dans le monde.
En 2025, 2 016 nouveaux diagnostics ont été enregistrés dans l’archipel, soit seize fois plus qu’en 2019.
La progression touche également les femmes enceintes. Environ 2 % d’entre elles seraient séropositives. Cinquante-neuf enfants sont par ailleurs nés avec le VIH au cours de l’année, selon les chiffres rapportés, et 18 seraient décédés avant leur premier anniversaire.
Face à ces données, le gouvernement considère qu’une réponse sanitaire classique n’est désormais plus suffisante.
Le trafic de drogue au cœur de la crise
Les autorités et organisations internationales pointent notamment la progression de l’usage de drogues injectables. Depuis une dizaine d’années, plusieurs réseaux internationaux utiliseraient les îles du Pacifique comme zones de transit pour acheminer des stupéfiants d’Amérique latine vers l’Australie et la Nouvelle-Zélande.
Avec ses ports, son importante activité maritime et un territoire composé de nombreuses îles, Fidji est devenu un point de passage stratégique dans le Pacifique. Une partie de ces drogues aurait progressivement alimenté le marché local, entraînant une hausse de la consommation et surtout du partage de seringues.
Selon l’ONUSIDA, plus de 42 % des modes de contamination identifiés aux Fidji seraient désormais associés à l’injection de drogues.
Le phénomène inquiétant du « bluetoothing »
Les autorités sanitaires s’alarment également d’une pratique particulièrement dangereuse appelée « bluetoothing ». Elle consiste à prélever le sang d'une personne ayant consommé une drogue par injection pour ensuite l’injecter directement dans les veines d’une autre personne.
Cette pratique, qui permettrait à certains consommateurs de rechercher les effets de la drogue à moindre coût, entraîne un risque extrêmement élevé de transmission du VIH et d’autres maladies transmissibles par le sang. Son développement contribuerait aujourd’hui à accélérer la circulation du virus dans certaines communautés.
Dépistages et seringues stériles
Pour tenter d’enrayer l’épidémie, le gouvernement fidjien prévoit désormais de renforcer le dépistage gratuit et confidentiel, tout en facilitant l’accès aux traitements antirétroviraux. Des programmes de réduction des risques doivent également permettre la distribution de seringues et d’aiguilles stériles afin de limiter les contaminations liées au partage de matériel d’injection.
Pour Winnie Byanyima, directrice exécutive de l’ONUSIDA, la crise fidjienne démontre que la lutte contre le sida reste un enjeu sanitaire majeur. La progression spectaculaire observée aux Fidji constitue également un signal d’alerte pour l’ensemble du Pacifique, alors que les routes internationales de trafic de stupéfiants traversent de plus en plus la région.



