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IST : la Calédonie deux fois pire que la métropole

19 septembre 2026 à 16:00
6 min de lecture
IST : la Calédonie deux fois pire que la métropole

Résumé IA

L'association Prismes publie un état des lieux des infections sexuellement transmissibles dans le Pacifique. En Nouvelle-Calédonie, les taux d'IST sont environ deux fois plus élevés qu'en métropole, selon l'Agence sanitaire et sociale. L'association appelle au dépistage et à la prévention.

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Dans le Pacifique, les infections sexuellement transmissibles progressent et les chiffres le montrent.
La Nouvelle-Calédonie n'est pas épargnée, et un nouveau bilan invite à regarder la situation en face.

Une Calédonie loin du tableau de la métropole

L'association Prismes a publié ce vendredi 18 septembre un état des lieux des infections sexuellement transmissibles dans le Pacifique. Elle l'a présenté en dix visuels sur la chlamydia, le gonocoque, la syphilis et le VIH, avec un tour d'horizon qui couvre la Nouvelle-Calédonie, Fidji, le Vanuatu, la Polynésie française et l'Australie.

Le constat est sans appel.

Prismes ne se contente pas d'aligner des pourcentages. L'association commence par expliquer ce qu'ils signifient, et elle a raison. Un chiffre peut impressionner, mais il faut encore savoir ce qu'il mesure.

La prévalence désigne la part d'une population porteuse d'une infection à un instant donné. Elle compte tous les cas existants, pas seulement les nouveaux. L'incidence, elle, compte les nouveaux cas sur une période. Prismes résume la différence par une image simple : la prévalence est une photo, l'incidence est un film. Dans son bilan, le VIH est suivi en incidence et les autres IST en prévalence.

Pourquoi raisonner en pourcentages ? Parce qu'un taux permet de comparer des territoires très différents. La Calédonie compte 265 000 habitants, l'Australie 26 millions.

C'est le chiffre qui doit interpeller les décideurs calédoniens. Selon l'Agence sanitaire et sociale de la Nouvelle-Calédonie, les taux d'IST sur le territoire sont environ deux fois plus élevés qu'en métropole. Ils dépassent aussi ceux des autres outre-mer. Chlamydia, gonocoque et syphilis sont notamment concernés.

La chlamydia touche environ 9 % de la population âgée de 18 à 49 ans. Chez les 18-25 ans, la proportion grimpe : un jeune sur cinq serait porteur. Le gonocoque concerne 3,5 % des 18-49 ans, et la syphilis active environ 0,4 %.

Ces données posent pourtant un problème, que Prismes signale honnêtement. Elles proviennent d'une enquête en population générale publiée par le Bulletin épidémiologique hebdomadaire et Santé publique France en 2012. C'est la dernière étude de prévalence disponible pour le territoire.

Quatorze ans sans nouvelle photographie, c'est long.

Le territoire bénéficie de l'expertise des agences sanitaires nationales, et c'est justement grâce à ce cadre que ces chiffres existent. Encore faut-il que la mesure soit renouvelée. On ne pilote pas une politique de prévention avec une boussole vieille de plus d'une décennie.

Fidji, Vanuatu, Polynésie : le voisinage sonne l'alarme

Aux Fidji, la situation a pris la tournure d'une urgence. Le pays a déclaré une crise sanitaire nationale face à une épidémie de VIH que Prismes classe parmi les plus rapides au monde.

Plus de 2 000 nouveaux cas de VIH ont été recensés en 2025, selon le ministère de la Santé fidjien et l'ONUSIDA. C'est une hausse de 26 % par rapport à 2024. Environ 5 000 personnes vivent avec le virus dans un pays de moins d'un million d'habitants.

Suva a réagi. Des cliniques de proximité proposent désormais un dépistage combiné du VIH, de la syphilis et de l'hépatite B, avec un résultat en quinze minutes.

Le tableau n'est guère plus rassurant pour les autres IST. Chez les Fidjiennes de 15 à 49 ans, la prévalence de la chlamydia atteint 24 % et celle de la syphilis active 3,9 %, selon le modèle Spectrum-STI de l'OMS (2017).

Au Vanuatu, les études menées entre 2015 et 2022 situent la chlamydia entre 18 et 22 %, en population générale et chez les femmes enceintes. La revue PLOS Neglected Tropical Diseases souligne toutefois le manque d'enquêtes récentes et représentatives dans le pays.

La Polynésie française, elle, voit toutes les IST suivies progresser. Sept nouveaux cas de VIH ont été dépistés au premier trimestre 2026, d'après la Direction de la santé. Les nouvelles contaminations ont plus que doublé ces dernières années. Une campagne de prévention élargie est lancée en 2026, avant les Jeux du Pacifique de 2027.

À l'échelle régionale, la Communauté du Pacifique estime qu'un jeune sexuellement actif sur quatre a une IST, et jusqu'à 40 % dans certains pays. La prévalence moyenne de la chlamydia chez les insulaires avoisine 30 %, celle du gonocoque 13 %. Le Samoa atteint 31 % pour la chlamydia, la Micronésie 24 %, la Papouasie-Nouvelle-Guinée 15 %.

L'hépatite B complète le tableau. Avec 7,1 %, le Pacifique occidental affiche la prévalence la plus élevée au monde, selon une estimation de l'OMS de 2019.

En comparaison, l'Australie fait figure d'exception. Chez les jeunes femmes de 15 à 24 ans, la chlamydia touche 3,7 %, soit une sur vingt-sept, selon le Kirby Institute (2022).

Des chiffres à lire avec lucidité, des outils à saisir

Prismes met en garde contre les comparaisons trop rapides. Les études portent sur des sous-populations différentes : population générale, femmes de 15 à 49 ans, jeunes femmes de 15 à 24 ans. Elles datent aussi d'années différentes, de 2012 à 2022. La comparaison reste donc indicative.

Cette rigueur mérite d'être saluée. Elle évite deux écueils : le catastrophisme et le déni.

Car une chose est certaine. La Calédonie n'est pas une île isolée du reste de la région. Elle vit au cœur d'un Pacifique où les infections progressent, et où certains voisins ont basculé dans l'urgence.

Face à cela, l'association refuse le fatalisme. Son message tient en quelques mots : dépistage, prévention, préservatif. Les outils existent. Ils permettent d'agir.

Le premier d'entre eux reste le dépistage.

Une IST passe souvent inaperçue. Elle peut ne provoquer aucun symptôme pendant longtemps. Ses conséquences, en revanche, peuvent être lourdes si elle n'est pas traitée à temps : infertilité, complications pendant la grossesse, atteintes chroniques.

Se faire dépister régulièrement, c'est donc se protéger soi-même. C'est aussi protéger ses partenaires.

En province Sud, l'Espace de Prévention, d'Accompagnement et de Soins, l'ESPAS CMP, propose des services de prévention et de dépistage gratuits et anonymes. Ils concernent le VIH, les IST et la tuberculose.

L'argument du coût ne tient donc pas. Celui de la gêne non plus.

C'est là que se joue l'essentiel, dans la responsabilité de chacun. Se faire dépister n'a rien de honteux. Se protéger non plus. Ce sont des gestes simples et accessibles, d'autant plus nécessaires que les chiffres locaux restent élevés.

Reste la responsabilité collective. Avec des données de prévalence qui remontent à 2012, une nouvelle enquête apparaît comme le préalable à toute politique sérieuse. On ne combat bien que ce que l'on mesure bien.

Le bilan de Prismes a le mérite de remettre le sujet sur la table, et le territoire gagnerait à le prendre au sérieux.

(Crédit photo : page Facebook "Syndicat des Pharmaciens de Nouvelle-Calédonie")