Promosud : Alain Descombels et la légende qu'il se raconte à lui-même

Sur Facebook, l'ancien président de Promosud s'est récemment décerné le label de gestionnaire exemplaire et a décrit ses successeurs comme des fossoyeurs de la SEM. Les rapports publics de la Chambre territoriale des comptes racontent une autre histoire. Une histoire de millions, parfois de milliards, dépensés à la légère sur le dos du contribuable provincial. Le moment est venu de la relire ligne à ligne.
Une mémoire à géométrie variable
Le 26 avril, Alain Descombels publie sur Facebook un message d'auto-célébration. Cinq années à la tête de Promosud, présentées comme un modèle de bonne gestion. Les équipes qui lui ont succédé, accusées d'avoir mené la société d'économie mixte au bord de la faillite. Le procédé est habile, le ton est sûr. Il manque juste l'essentiel : les chiffres. Et les chiffres, eux, figurent en toutes lettres dans plusieurs rapports successifs de la Chambre territoriale des comptes de Nouvelle-Calédonie. Des documents publics, consultables, opposables. Et accablants.
Sudiles, le Betico et le tonneau des Danaïdes
Octobre 2004. Quelques mois après l'arrivée de Philippe Gomès à la présidence de la province Sud, naît la SAS Sudiles, détenue à 65 % par Promosud, à 35 % par l'Icap. Mission : reprendre l'exploitation du Betico, racheter le navire au sortir de sa défiscalisation, puis financer la construction d'un Betico 2 à 14 millions de dollars. Alain Descombels y joue un rôle actif, allant jusqu'à se rendre sur le chantier aux Philippines.
Le hic, c'est l'exploitation. Avant même le second navire, le premier perdait déjà près de 100 millions de FCFP par an. Avec le second, on passe à 200 millions. Promosud comble. Année après année. À coups d'avances en compte courant. À fin 2010, les pertes cumulées atteignent 651 millions de FCFP, l'encours de Promosud auprès de Sudiles 642 millions. Quand le successeur d'Alain Descombels parvient enfin en 2011 à sortir Promosud de ce piège juridique — les décisions exigeaient l'unanimité des deux SEM provinciales —, l'opération coûte tout de même 282 millions de pertes nettes à la SEM du Sud.
Il faut s'arrêter sur un détail. En 2009, juste avant son départ, Alain Descombels organise l'entrée de la Sodil au capital de Sudiles, à parité avec Promosud. Mais une parité étrange : la SEM des Îles, présidée à l'époque par NékoHnépeune, proche politique de Philippe Gomès, n'a pas eu à mettre son compte courant au niveau de celui de Promosud, ni à reprendre sa part dans la caution de 10,2 millions d'euros délivrée pour le financement défiscalisé du Betico 2. Une proximité qui, sur ce dossier précis, a coûté cher au seul contribuable du Sud.
Goro Nickel : quand Promosud signe pour les Îles
Février 2005. Naît la SAS SPMSC, le véhicule destiné à porter la participation calédonienne dans Goro Nickel, future Vale Nouvelle-Calédonie, devenue Prony Resources. Promosud y détient 50 %, la province Nord 25 %, la province des Îles 25 %. Le président de Promosud Alain Descombels en est administrateur.
Sur le fond, la Chambre territoriale des comptes, dans son rapport d'observations définitives de 2021, est cinglante : ni la province Nord ni la province des Îles ne disposaient d'une base juridique solide pour entrer au capital d'une société liée à une usine située en province Sud, sans impact direct sur leur territoire. La chambre démonte point par point les arguments soulevés par les deux collectivités.
Mais c'est sur la forme que le procédé est le plus parlant. La province des Îles n'a tout simplement pas été appelée à payer sa quote-part lors de la constitution. Quand l'équipe suivante entreprend de remettre les choses en ordre, le constat est édifiant : au 31 décembre 2012, avant l'augmentation de capital correctrice, la province Nord avait investi plus de 800 millions de FCFP dans la SPMSC, et Promosud plus de 2 milliards. Pour une usine qui n'a, depuis, jamais versé un seul franc CFP de dividendes — ni sous la houlette de Vale, ni sous celle de Prony Resources.
Pépinière, thalassothérapie : la collection des projets perdus
Un dossier en chasse un autre. La pépinière d'entreprises Centre Sud, présentée au conseil d'administration de Promosud en mars 2005 : 550 millions d'investissement, 216 millions de pertes en cinq exercices, 700 millions d'avances en compte courant qu'il a fallu solder par un abandon de créance de près de 200 millions en 2013.
Puis, à la toute fin du mandat, le partenariat avec Serge Blanco. SBT, créée fin 2008 entre Promosud (60 %), SHN (20 %) et le Groupe Blanco (20 %). Un projet de centre de thalassothérapie de 4 milliards de FCFP. Une consultante très proche du président de Promosud pour piloter l'affaire. Un budget d'études aussitôt englouti. Une étude de marché — commandée trop tard, par les successeurs — qui douche les ambitions. Résultat : dissolution en 2010, 184,5 millions de pertes pour Promosud, et un Serge Blanco qui, pour mémoire, n'avait apporté que son image. Le Groupe Blanco lui-même est aujourd'hui en liquidation judiciaire.
Le réflexe de l'accusation
Voilà donc l'héritage. Centaines de millions évaporés sur des projets mal cadrés, mal négociés, parfois mal pensés dès l'origine. Le tout couvert, à l'époque, par la stature de Philippe Gomès. Aujourd'hui, l'ancien président de Promosud accuse l'équipe en place de mettre la SEM au tapis. Les chiffres, pourtant, parlent : 5,2 milliards de FCFP de capitaux propres au 31 mars 2025, soit 75 % du total de bilan. Promosud va bien. Elle va même mieux qu'elle n'est allée pendant longtemps.
Reste alors une question : que cherche réellement Alain Descombels en ressortant ce récit, à l'heure où le pays se cherche un avenir économique ? Sans doute la même chose que beaucoup d'anciens responsables. Une réécriture. Un dernier mot. Mais l'histoire, pour peu qu'on la lise, ne se laisse pas si facilement réécrire. Et le plus gros morceau reste à venir : Deva.

