À l’ONU, un prêche très politique qui dérange

Au cœur de New York, devant le Comité spécial de décolonisation des Nations unies, le révérend Billy Wetewea a livré une intervention aux accents politiques assumés. Une prise de parole qui interroge profondément le rôle désormais joué par l’Église protestante de Kanaky–Nouvelle-Calédonie dans le débat public.
Une Église devenue acteur politique à part entière
Depuis plusieurs années, l’Église protestante de Kanaky–Nouvelle-Calédonie s’éloigne de sa mission spirituelle pour s’inscrire dans un combat idéologique clairement orienté. L’intervention du 15 juin devant le comité C-24 n’est que le prolongement logique d’une évolution déjà bien installée.
Aux côtés du secrétaire général de la Conférence des Églises du Pacifique, le révérend James Shri Bhagwan, Billy Wetewea (secrétaire général de l'Église protestante kanaky de Nouvelle-Calédonie) a appelé à une action urgente pour défendre le droit à l’autodétermination du peuple kanak.
Derrière les mots soigneusement choisis, la ligne est limpide. La thèse d’un processus de décolonisation inachevé est martelée, accompagnée d’une critique implicite, mais constante, de la présence française. Le discours s’inscrit dans une rhétorique désormais bien rodée, visant à internationaliser le dossier calédonien en mobilisant les instances onusiennes.
Cette orientation n’est pas nouvelle. Par le passé, le président de l’Église, le pasteur Var Kaemo, s’était déjà illustré par des prises de position marquées, notamment contre l’accord de Bougival. Une opposition qui confirme que l’institution religieuse n’est plus un simple acteur spirituel, mais aussi un relais politique assumé.
Le discours de la victimisation face à la réalité des faits
Lors de cette intervention, les représentants religieux ont évoqué les violences de mai 2024, rappelant un bilan tragique d’au moins 13 morts. Ils ont présenté ces événements comme la conséquence directe d’inégalités persistantes et d’un processus politique défaillant.
Cependant, cette lecture omet un élément central. La crise du 13 mai 2024 a été déclenchée par des groupes liés à la CCAT, structure issue de l’Union calédonienne. Cet aspect est peu mis en avant dans les discours internationaux, au profit d’une lecture davantage axée sur la victimisation.
Dans cette logique, les élections elles-mêmes sont remises en cause, jugées incapables de refléter une véritable autodétermination. Une position qui fragilise les institutions démocratiques locales et alimente un climat de défiance.
Le message est clair : il ne s’agit plus seulement de défendre une identité ou une culture, mais aussi de contester la légitimité du cadre institutionnel français en Nouvelle-Calédonie. Une posture qui interroge sur la responsabilité des acteurs religieux dans la stabilité du territoire.
Une Église en retrait des réalités sociales locales
Au-delà des discours, une question se pose : où était l’Église protestante de Kanaky–Nouvelle-Calédonie pendant la crise ? Alors que les populations subissaient blocages, pénuries médicales et paralysie économique, son action sur le terrain est restée peu visible.
Dans les Îles Loyauté, la situation demeure particulièrement préoccupante : une province fragilisée financièrement, des services publics sous tension et une population confrontée à des difficultés croissantes. Pourtant, aucune mobilisation d’ampleur de l’institution religieuse n’a été mise en avant pour répondre à ces urgences concrètes.
Ce décalage interpelle. D’un côté, des prises de parole internationales fortement politisées ; de l’autre, une présence plus discrète face aux besoins immédiats des fidèles. Une tension qui peut fragiliser la portée du message porté à l’ONU.
Avant de porter une voix politique à l’international, l’Église pourrait se recentrer sur sa mission première : accompagner, soutenir et apaiser. Car les Évangiles rappellent une idée centrale : l’amour, le service et la solidarité sont au cœur du message chrétien.
En s’inscrivant dans une logique de confrontation politique, l’Église protestante de Kanaky–Nouvelle-Calédonie prend le risque de brouiller son rôle spirituel et de contribuer, malgré elle, à nourrir les tensions plutôt qu’à les apaiser.
(Crédit photo : page Facebook "World Council of Churches")

