Violences au Mont-Dore : l'assourdissant silence de l'UC-FLNKS

Un bus réduit en cendres à Boulari, des voitures incendiées à Yahoué, un quartier qui replonge dans les nuits d'angoisse : le Mont-Dore renoue avec une délinquance qu'on croyait contenue. Face à la flambée, les élus non-indépendantistes sont montés au créneau. En face, du côté de l'UC-FLNKS, on cherche encore le moindre mot. Ce silence-là n'est pas un oubli. C'est une position.
Une semaine d'incendies
Il aura suffi de quelques nuits. Un pick-up en flammes à Yahoué le 4 août, un véhicule incendié et un autre volé dans la nuit du 6 au 7, puis ce bus entièrement détruit au centre culturel et sportif de Boulari. Chaque ligne de cette liste raconte la même chose : une commune qui n'a jamais vraiment refermé la parenthèse ouverte par l'insurrection de mai 2024. Les riverains de Yahoué, eux, ont cessé d'attendre. Ils se sont constitués en collectif, multiplient les alertes, réclament des actes. Ils savent, mieux que quiconque, que derrière le mot pudique d'« incivilités » se cache une réalité autrement plus brutale.
Le contexte a son poids. Ces incendies surviennent au moment précis où l'État vient de lever le poste mobile installé à l'entrée nord de Saint-Louis, en place depuis janvier. Le message envoyé aux habitants est désastreux : à peine le dispositif retiré, les nuits s'embrasent. Coïncidence, diront certains. Enchaînement, répondront ceux qui vivent là.
D'un côté, ça monte au créneau
Face à cette poussée, le camp non-indépendantiste n'a pas tergiversé. Nina Julié, maire du Mont-Dore, a dénoncé des faits inacceptables et posé sans détour la question qui fâche : qui assumera les conséquences d'un désengagement sécuritaire ? Nicolas Metzdorf, lui, a saisi par écrit le ministre de l'Intérieur pour réclamer le retour des escadrons de gendarmerie mobile rappelés dans l'Hexagone et plaider le basculement de tout le Grand Nouméa en zone police nationale. On peut juger ces demandes opportunes, voire électoralistes, à quelques encablures d'échéances qui comptent. On ne peut pas leur reprocher de fuir le sujet.
Car c'est bien là le cœur de l'affaire. Sur la sécurité au Mont-Dore, les responsables loyalistes occupent le terrain, prennent des positions, engagent leur nom. Ils exposent. Ils s'exposent.
De l'autre, silence radio
Et l'UC-FLNKS ? Rien. Pas un communiqué. Pas une ligne pour dire que brûler un bus, terroriser un quartier et voler des voitures n'a rien d'un acte politique. Pas un mot pour distinguer le combat institutionnel qu'ils revendiquent des dérives crapuleuses qui frappent, au premier chef, des familles calédoniennes modestes.
Ce mutisme interroge. L'Union calédonienne n'a pourtant pas pour habitude de rater une tribune quand un sujet la sert. Communiqués, prises de parole, mobilisations : l'appareil sait parfaitement se faire entendre quand il le décide. S'il se tait ici, ce n'est donc pas par distraction. C'est un choix.
Quand se taire, c'est déjà répondre
Que faut-il en conclure ? Deux lectures, aucune flatteuse. Soit ces violences gênent, parce qu'elles rappellent que la zone de Saint-Louis reste, depuis 2024, un point de fixation instrumentalisé, un levier brandi dans le rapport de force plutôt qu'un problème qu'on cherche sincèrement à régler. Soit elles ne gênent pas assez pour mériter une condamnation, et c'est peut-être le plus inquiétant. Dans les deux cas, le silence revient à accréditer l'idée qu'il existerait des violences acceptables selon l'identité de ceux qui les commettent et le drapeau au nom duquel on prétend les excuser.
C'est précisément ce deux-poids-deux-mesures qui abîme le débat calédonien. Quand un élu loyaliste est menacé de mort sur les réseaux, la justice tranche et la condamnation tombe. Quand un quartier du Mont-Dore vit sous la menace des incendiaires, une partie de la classe politique regarde ailleurs. Les habitants, eux, ne font pas ce tri. Ils subissent, point.
Saint-Louis, éternel angle mort
Le fond du problème n'est pas neuf, et c'est bien ce qui rend le silence plus lourd encore. Depuis mai 2024, la traversée de Saint-Louis concentre les tensions du territoire : route coupée pendant des mois, convois sous escorte, sabotages, riverains asphyxiés des deux côtés. Faire mine de ne rien voir, c'est abandonner d'abord les Calédoniens qui vivent dans ce périmètre, et parmi eux beaucoup de familles kanak qui ne demandent qu'à circuler, travailler et dormir tranquilles.
Voilà le vrai clivage, celui que le silence de l'UC-FLNKS met crûment en lumière. Il ne passe pas entre indépendantistes et non-indépendantistes. Il passe entre ceux qui nomment la violence pour ce qu'elle est et ceux qui, par calcul, préfèrent ne pas la voir.
À l'approche d'une nouvelle séquence politique, chacun jugera de quel côté se rangent les silences.

