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Tribune

Mwâ Kââ : l'entre-soi militant

25 septembre 2026 à 08:05
4 min de lecture
Mwâ Kââ : l'entre-soi militant

Résumé IA

La fréquentation du rendez-vous du 24 septembre au Mwâ Kââ, organisé par le Comité 150 ans, reste clairsemée pour la deuxième année consécutive, malgré un programme dense. Ce faible public témoigne d’un « entre-soi militant » qui s’oppose à une commémoration populaire. La majorité des Calédoniens, aspirant à l’apaisement, boude ce lieu de mémoire jugé comme un réquisitoire historique.

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Deux années, deux photos, un même constat. Le 24 septembre du Mwâ Kââ ne rassemble plus que ceux qui y croient déjà.

Un « avenir partagé » servi à sens unique

Il faut reconnaître au Comité 150 ans après un certain talent pour les formules. Cette année, les 23 et 24 septembre, son rendez-vous au Mwâ Kââ s'intitulait « Visions autochtones du Pacifique : des modèles viables pour un avenir partagé ».

Partagé. Le mot est posé. Reste à savoir avec qui.

Car la date choisie n'a rien d'anodin. Le Mwâ Kââ a été installé en 2003 par ce même comité pour marquer le 150e anniversaire de la prise de possession de 1853. Depuis, il s'est imposé comme le lieu de ralliement d'une lecture de l'histoire qui fait de ce 24 septembre non pas un point de départ commun, mais un péché originel.

On ne construit pas un avenir partagé en désignant, chaque année, à la même date et au même endroit, ce qu'une partie de la population aurait infligé à l'autre.

Le programme de ce jeudi avait pourtant tout d'une grand-messe. Accueil des délégations dès 8 heures, cérémonie protocolaire à 9h30, discours et interventions officielles, stands, slam, chorale, artistes, défilé de couturiers du pays à 15h30, coutume d'au revoir à 16h30 et clôture à 18 heures. Une journée entière, millimétrée.

Il ne manquait qu'une chose. La foule.

Les images ne mentent pas

Regardez les photos de 2026. Vue plongeante sur l'esplanade, ciel dégagé, conditions idéales. Des stands alignés, des visiteurs qui circulent, et tout autour, du vide. Un parking à moitié occupé. Des groupes épars sur le bitume.

2026-09-24 17.37.30

Remontez à 2025. Ciel lourd, même décor, même tableau. Au sol, des drapeaux indépendantistes plantés au-dessus d'un public clairsemé. Vu d'en haut, un noyau serré autour des tentes, et rien au-delà.

Capture d’écran 2026-09-24 à 18.03.39

Deux éditions, et pas l'ombre d'une marée humaine.

Voilà ce que ce rendez-vous est devenu : un entre-soi militant, pas une commémoration populaire. Une scène où l'on se parle à soi-même, drapeau à la main, pendant que Nouméa vaque à ses occupations.

Ce n'est pas un détail. C'est un désaveu silencieux.

Rendre le 24 septembre aux Calédoniens

Le 24 septembre n'appartient à aucun comité. La Nouvelle-Calédonie en a fait la fête de la citoyenneté, un jour pensé pour rassembler toutes les communautés qui ont fait ce pays, kanak, caldoche, wallisienne, asiatique, métropolitaine. Pas un tribunal de l'histoire.

Pourtant, année après année, une minorité s'échine à reconfisquer cette date pour la transformer en réquisitoire.

Le prix de ce discours, les Calédoniens le connaissent. Depuis des années, la rhétorique de la rupture, de la dette historique et de la colonisation éternelle a préparé les esprits à l'idée que la France serait l'ennemie. En mai 2024, le territoire a basculé dans l'émeute : quatorze morts, dont deux gendarmes, des entreprises réduites en cendres, des milliers d'emplois perdus, un Grand Nouméa défiguré. La CCAT, en première ligne de la mobilisation, a vu ses dirigeants poursuivis par la justice.

Qui, aujourd'hui, peut encore prétendre que les mots n'ont pas de conséquences ?

La victimisation n'a jamais relevé un pays. Elle n'a jamais rouvert un commerce, rebâti une école ou redonné un salaire à une famille. Elle entretient la rancœur, elle fige les identités, elle transforme des voisins en adversaires.

Les Calédoniens n'ont pas tourné le dos à la culture kanak. Ils applaudissent les chorales, ils respectent la coutume. Ce qu'ils refusent, c'est d'être sommés, chaque 24 septembre, de choisir un camp dans une guerre mémorielle qu'ils n'ont pas déclarée.

Leur absence au Mwâ Kââ est une réponse. Elle dit que la majorité a fait son choix : celui d'une Nouvelle-Calédonie française, apaisée, tournée vers l'avenir plutôt que vers 1853.

Il serait temps que ceux qui parlent d'avenir partagé commencent par l'entendre.