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Tribune

Wamytan : « Le Pen ? Why not »

7 novembre 2026 à 08:05
5 min de lecture
Wamytan : « Le Pen ? Why not »

Résumé IA

Roch Wamytan, écarté par son parti, défend la Chine, flatté Marine Le Pen et attaque la France lors d'un entretien sur RRB. L'ancien président du Congrès, devenu secrétaire permanent de l'Alliance des Royaumes Kanaks, critique le protocole nickel avec l'UE et évoque un possible soutien à Le Pen.

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Remercié par son propre parti, Roch Wamytan s’est trouvé une couronne.
Hier sur RRB, l’ancien président du Congrès a défendu la Chine, flatté Le Pen et attaqué la France, le tout dans le même entretien.

La retraite forcée d’un homme qui refuse de partir

Il fallait l’entendre pour le croire. Hier, vendredi 6 novembre, au micro de l’émission Transparence sur RRB, Roch Wamytan a commencé par un aveu : il ne voulait pas se mettre en retrait. Il comptait « poursuivre le travail institutionnel ». Son parti a tranché à sa place.

L’Union calédonienne a voulu des jeunes devant. Les anciens, eux, ont été rangés sur le côté. Lui qui a présidé le Congrès pendant des années, qui a dominé la vie indépendantiste pendant des décennies, voit ses propres héritiers lui indiquer poliment la porte.

Il a choisi d’appeler ça un « travail de tuilage ».

Les jeunes qui l’ont remplacé, il ne les juge pas encore. Il leur demande de « travailler d’abord ». Ensuite, il dira s’ils sont à la hauteur. Ce n’est pas le ton d’un homme qui passe le témoin. C’est celui d’un homme qui veut continuer à noter les copies.

Il refuse la présidence de l’UC, c’est promis. Mais il a un « poulain », dont il réserve le nom au congrès du parti. Il donnera son avis sur les profils, « bon », « pas bon », « moyen ». Et son agenda ressemble à celui d’un candidat en campagne : section de base, comité local, comité régional, rendez-vous le 13, puis Nouméa le 12 décembre. Pour un homme qui jure ne pas vouloir s’accrocher « ad vitam aeternam », l’emploi du temps est chargé.

Faute de mandat électif, il s’est trouvé un titre. Fin septembre, Roch Wamytan est devenu secrétaire permanent de l’Alliance des Royaumes Kanaks. La structure n’est pas prévue par la loi organique et n’a aucun budget. Lui-même admet des « conflits internes » qui ont détourné ses objectifs de départ. Une institution sans base légale, sans financement et déjà divisée : voilà le nouveau perchoir de l’ancien président du Congrès.

Les « royaumes », les coiffes de cérémonie : il assume tout. Ces coiffes ont déjà défilé à Genève et à New York, devant le C24. Le décor est planté. La coutume sert de costume, et le public visé se trouve à l’ONU.

Nickel : la France coupable, Pékin bienvenu

Sur le nickel, Roch Wamytan a montré sa vraie ligne.

Le protocole signé le 20 octobre avec l’Union européenne ? De l’« enfumage ». Stéphane Séjourné ? Il « n’a pas daigné » recevoir les chefs. Emmanuel Macron ? Un président qui finirait son mandat « pitoyablement » et voudrait faire main basse sur le nickel calédonien. Pour appuyer ses accusations, il ressort les lois Billotte de 1969.

La journaliste rappelle la réalité : une usine est arrêtée, deux autres boitent. Il l’admet du bout des lèvres. Puis il désigne un coupable : Paris, encore Paris, toujours Paris.

Et l’alternative qu’il propose est sidérante. Des investisseurs chinois ? « Pourquoi pas. » Les inquiétudes sur Pékin ? Des « sornettes ». Sa démonstration repose sur les jouets de Noël, presque tous fabriqués en Chine. Mettre sur le même plan une peluche et un métal stratégique dont le territoire détient une part considérable des réserves mondiales, ce n’est pas de l’analyse. C’est de l’aveuglement.

Pendant que l’Europe tente de sécuriser ses approvisionnements, Roch Wamytan lui demande d’arrêter de « dicter » et ouvre la porte au premier rival stratégique de l’Occident dans le Pacifique.

Ce n’est pas tout. Il veut que les concessions minières tiennent compte des « zones d’influence coutumière ». L’opérateur aurait le sous-sol, mais le sol reviendrait « d’abord aux clans et aux chefferies », et il deviendrait un actif à négocier. Une condition de plus pour une filière qui agonise, et une incertitude supplémentaire pour les investisseurs qu’il prétend vouloir attirer.

Puis vient la carte d’identité kanak, réservée au statut civil coutumier. Elle ne diviserait personne, assure-t-il. Une carte d’identité pour une seule partie de la population, et l’on jure qu’elle ne sépare rien. Les Calédoniens savent lire.

Mélenchon le matin, Le Pen le soir

La fin de l’entretien a été la plus surréaliste.

Comme l’UC et le FLNKS, Roch Wamytan soutient Jean-Luc Mélenchon. Le chef insoumis leur aurait remis un document avec « des dates précises », que Roch Wamytan pense non public. Il reconnaît pourtant qu’ils se sont déjà « fait avoir par Mitterrand » en 1981. Une fois trompé, on recommence.

Puis on lui parle de Marine Le Pen. Là, plus aucune hostilité. Elle pourrait « aller loin ». « Elle est nationaliste. Et nous sommes des nationalistes. » Des plateformes communes ? « Why not ? »

Dans la foulée, il dément tout soutien. Il n’a « pas dit » ça. Elle a toujours combattu l’indépendance ? Certes. Mais elle leur aurait confié des choses « très intéressantes », qu’ils « gardent pour eux, pour le moment ».

Voilà l’homme qui prétend porter « la parole de la base ». Un pied chez Mélenchon, un clin d’œil à Le Pen, la main tendue à Pékin et le doigt pointé sur Paris. Le soupçon de double jeu, ce sont ses propres mots qui le nourrissent.

Il s’est même autorisé une leçon de morale sur les divisions internes de l’UC, en citant la prière des chevaliers : « Protège-moi de mes amis, je me charge de mes ennemis. » La formule va comme un gant à un parti qui vient de l’écarter.

La nouvelle génération de l’Union calédonienne a voulu fermer une époque. Hier, sur RRB, Roch Wamytan a montré pourquoi elle avait raison.