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Tribune

Le fondateur d'Amazon paie pour fermer la mer de Corail

2 novembre 2026 à 09:00
5 min de lecture
Le fondateur d'Amazon paie pour fermer la mer de Corail

Résumé IA

Une convention financée par le Bezos Earth Fund de Jeff Bezos, gérée par l'ONG Conservation International, prévoit une subvention de 352 990 950 francs à la Nouvelle-Calédonie pour doubler les zones de haute protection de la mer de Corail d'ici janvier 2030.

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Annexée au budget 2026, une convention financée par la fondation de Jeff Bezos fixe un objectif : doubler d'ici janvier 2030 les zones de haute protection de la mer de Corail. Paiement par tranches, droit américain, et le débat politique classé parmi les risques.

Page 442 du budget primitif 2026 de la Nouvelle-Calédonie. Une lettre en anglais, datée du 23 octobre 2025, adressée à Alcide Ponga, alors président du gouvernement : « We are pleased to inform you... » Conservation International, une ONG américaine, y annonce une subvention de 352 990 950 francs. L'argent vient du Bezos Earth Fund, la fondation de Jeff Bezos, fondateur d'Amazon.

Suivent une soixantaine de pages : la convention, sa traduction, le projet, le calendrier. Elles disent ce qui se prépare pour notre zone économique exclusive.

Ce qui est promis

L'objectif est écrit en toutes lettres : 13,5 millions d'hectares supplémentaires « juridiquement désignés » en aires marines de haute protection d'ici janvier 2030. Soit 135 000 km². La protection forte passerait de 10 % à 20 % du parc naturel de la mer de Corail, qui couvre toute la ZEE.

L'argent ne tombe pas d'un coup : 38,9 millions à la signature, puis quatre tranches annuelles et un solde final, chacun versé « après acceptation et approbation de CI » des rapports d'avancement.

Ce que dit le contrat

La convention est régie par « les lois du district de Columbia, aux États-Unis d'Amérique ». Les litiges vont à l'arbitrage international.

Le chef du service du parc et son adjoint sont désignés comme « personnel clé ». Si la Nouvelle-Calédonie les remplace et que CI juge le remplaçant moins qualifié, « CI peut suspendre la subvention ».

« CI, les sources de financement, leurs représentants » peuvent procéder « à des examens documentaires et/ou à des visites sur place ». En cas de « retards importants », CI peut modifier le budget et les activités, ou bloquer les paiements.

Les fonds peuvent servir à des activités « considérées comme du lobbying », avec l'accord écrit préalable de CI.

La collectivité doit transmettre à CI copie de « tout article, rapport, entretien avec les médias » lié au projet. Ses supports de communication suivent la charte du Bezos Earth Fund.

Elle s'engage aussi à respecter la loi anticorruption américaine, le Patriot Act et les sanctions du Trésor américain, « comme si les lois et règlements susmentionnés s'appliquaient directement » à ses activités.

Enfin, un objectif d'opinion, chiffré et daté. Le projet prévoit des « campagnes de sensibilisation dans les écoles, les événements culturels et les médias », et des actions ciblées vers « les chefs coutumiers, les femmes, les jeunes ». Le but : « impliquer au moins 40 000 Calédoniens d'ici 2030 » pour « défendre et respecter » la protection du parc. C'est l'un des jalons dont dépendent les versements.

La politique, un risque

Le projet comporte un registre des risques. On y lit, parmi les aléas à maîtriser, les « retards dans la désignation légale des zones de haute protection dus à des obstacles procéduraux ou politiques ». La parade prévue : convenir « tôt » des procédures et fournir un appui « technique et juridique » aux dossiers de désignation.

Autrement dit, la délibération démocratique est un risque. Le calendrier, lui, est l'objectif.

Le 29 avril 2025

Le fonds qui recevra l'argent existe déjà. Il a été créé par la délibération n° 478 du Congrès, le 29 avril 2025. Ce jour-là, le Congrès votait aussi, en première lecture, un moratoire de cinquante ans sur toute prospection, exploration et exploitation des ressources minérales des fonds marins de la ZEE, pétrole et gaz compris selon le parc.

Fermer les fonds pour cinquante ans, ouvrir un guichet pour la surface : même séance.

Selon le projet, le conseil de ce fonds compte sept membres : le membre du gouvernement chargé de l'environnement, les présidents des quatre collèges du comité du parc, dont celui des ONG, et deux personnalités qualifiées.

Qui paie quoi

En 2026, le parc dépense 189 millions de francs. Le budget propre de la Nouvelle-Calédonie n'en couvre plus qu'un tiers, contre plus des quatre cinquièmes en 2023. L'État apporte 70 millions par le Fonds vert et l'Office français de la biodiversité, et finance par l'AFD la révision du plan de gestion. Conservation International apporte 38,6 millions, dont 13,2 millions de charges de personnel. Sur les 4 millions de dollars du projet, 363 636 restent à Conservation International en frais de structure.

Paris paie la science. Une fondation américaine paie l'extension et la persuasion. La Nouvelle-Calédonie paie le reste.

Un modèle à exporter

L'argent américain n'est pas nouveau autour du parc. Conservation International dit être présente ici depuis 1996. The Pew Charitable Trusts s'est installée à Nouméa en 2014 pour, écrivait alors la presse, « peser dans la gestion du parc marin ». Ce qui est nouveau, c'est le contrat, et ce qu'il révèle de la méthode.

La Nouvelle-Calédonie n'est pas un cas isolé. Le Bezos Earth Fund a promis 100 millions de dollars au Pacifique, pour un objectif : protéger au moins 30 % de ses eaux d'ici 2030. Une douzaine de pays et territoires sont servis. Ici, le projet doit produire une « boîte à outils » en accès libre, destinée à « permettre la réplication » ailleurs. Et les versements du financeur sont liés à l'avancement conjoint de la Nouvelle-Calédonie et de Samoa.

On finance un gouvernement, on crée un fonds, on mobilise l'opinion, on fixe une date. Puis on recopie.

Pendant ce temps, à Washington, un décret présidentiel d'avril 2025 accélère l'exploitation des grands fonds marins, y compris dans les eaux internationales. La puissance publique américaine ouvre les fonds. Des fortunes américaines financent la mise en réserve des ZEE du Pacifique.

Le calendrier est écrit

Le document annexé au budget n'est pas signé. Nous n'avons trouvé aucune trace publique de sa signature, ni d'un examen spécifique par le Congrès. Les recettes attendues de Conservation International figurent pourtant déjà au budget 2026.

Qui a voté le doublement des zones de haute protection ? Personne, pour l'instant. Le calendrier, lui, est déjà fixé : janvier 2030.