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L'actualité locale

Le 5e Km… est au 6e Km

1 novembre 2026 à 14:00
5 min de lecture
Le 5e Km… est au 6e Km

Résumé IA

Ce 1er novembre, Nouméa honore ses morts dans ses cimetières historiques, du 4e au 5e Km, témoins de cent cinquante ans d’histoire locale. Ce dernier, ouvert en 1959 et situé au 6e Km, est le plus grand de la ville. La Toussaint y reste un rendez-vous familial, entre hommages et traditions.

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Ce 1er novembre, Nouméa se souvient de ses morts. Derrière les allées fleuries du 4e et du 5e Km, il y a cent cinquante ans d’histoire calédonienne.

Des pionniers de Port-de-France au 4e Kilomètre

Ce dimanche, des milliers de Calédoniens ont pris le chemin des cimetières.

Il y a les fleurs, souvent en plastique, comme le veut l’usage local. Il y a les seaux d’eau, les brosses et les tombes qu’on repeint. Il y a aussi les glacières, les enfants qui courent entre les allées et les cousins qu’on ne voit qu’une fois par an.

À Nouméa, la Toussaint n’est pas seulement un jour de deuil. C’est un rendez-vous familial, presque une fête, où l’on vient se recueillir et rester ensemble.

Ces lieux ont pourtant une histoire que peu connaissent. Elle commence avec la ville elle-même.

Le 25 juin 1854, le capitaine de vaisseau Louis Tardy de Montravel fonde Port-de-France sur une rade profonde, entre collines et marécages. Le poste militaire devient commune en 1859, puis prend officiellement le nom de Nouméa le 2 juin 1866.

Une ville naît, et avec elle, il faut enterrer ses morts.

Le premier cimetière se trouve à la Vallée-du-Tir, au plus près du noyau colonial. Mais la ville grandit vite. Le bagne arrive en 1864, les colons s’installent et la population augmente.

Dans les années 1870, la décision est prise : les sépultures et les ossements des pionniers sont exhumés et transférés vers un nouveau site, plus loin du centre. Ce sera le cimetière du 4e Kilomètre. Les sources divergent sur la date exacte, 1873 ou 1877, mais le transfert date bien des débuts de la ville.

On y trouve aujourd’hui des caveaux de familles pionnières dont l’histoire remonte aux premières décennies de la présence française. Des noms gravés dans la pierre, qui racontent ceux qui ont bâti la ville.

En 1921, la commune y élève un monument aux morts. Il est sobre, presque discret, au centre du cimetière. C’est pourtant le tout premier édifice officiel de Nouméa dédié aux soldats de la ville tombés pendant la Grande Guerre.

Car la Calédonie a payé son tribut à la France. Plusieurs de ceux qui ont survécu au Chemin des Dames reposent aujourd’hui dans le carré militaire du 4e Km.

Les grandes figures de la ville y reposent aussi. En 2019, Jean Lèques, maire de Nouméa de 1986 à 2014, y a été inhumé après trois jours d’hommages qui avaient réuni des Calédoniens de tous horizons.

Le 4e Km compte aujourd’hui environ 8 000 concessions. Un siècle et demi d’histoire tient dans quelques hectares.

Du bagne au 5e Km, une ville qui s’agrandit

Nouméa n’a pas eu qu’un seul champ du repos.

À Nouville, l’hôpital du marais avait son propre cimetière, créé en 1876. Les bagnards l’appelaient le « Champ des morts ». Il est resté en activité jusqu’en 1988. En 2021, des intempéries ont fait remonter des ossements à Kuendu Beach. Les archéologues de l’IANCP et de l’Université de la Nouvelle-Calédonie ont alors fouillé le site, mandatés par la province Sud.

La ville gère également deux cimetières historiques, à Numbo et à N’Du, témoins d’une époque où la capitale vivait encore au rythme du bagne et de la colonisation.

Mais le vrai tournant intervient au milieu du XXe siècle.

Le 4e Km arrive à saturation. Pour anticiper, la mairie ouvre en 1959 le cimetière du 5e Kilomètre, un peu plus haut sur la commune. Petite curiosité nouméenne : le nom est resté, alors que le site se trouve en réalité au 6e Km.

Il est devenu le plus grand cimetière de la capitale. Douze hectares, plus de 13 000 concessions, un crématorium et la morgue municipale à proximité. Un véritable labyrinthe, de l’aveu même de ses gestionnaires.

Pendant des décennies, retrouver une tombe relevait de l’expédition. Il fallait consulter les registres papier, chercher par date de décès, recopier l’emplacement sur un petit plan. Thomas Durand, responsable du centre funéraire et des cimetières de Nouméa, parlait de « registres centenaires » qu’il fallait apporter sur le terrain.

Depuis 2023, un plan interactif permet de retrouver un défunt en quelques secondes, à partir de son nom ou de celui du concessionnaire. Il fallait le dire : sur ce dossier, la mairie a fait le travail.

La Toussaint, un héritage à respecter

Cette année encore, la Ville de Nouméa a mis en place des navettes gratuites au cimetière du 5e Km, du jeudi 29 octobre au dimanche 1er novembre, pour les personnes qui ont du mal à se déplacer. Les fontaines ont été remises en service pour permettre aux familles de nettoyer les tombes.

Des mesures simples. Elles disent pourtant beaucoup de l’attachement des Calédoniens à leurs morts.

Cet attachement, on l’a mesuré en 2021. Avec le confinement, les cimetières étaient restés fermés pour la Toussaint. À Rivière-Salée, un collectif de familles avait déposé une gerbe devant les grilles. La réouverture, à la mi-novembre, avait été vécue comme un soulagement.

Il y a aussi des pages moins glorieuses.

En janvier 2025, le cimetière du 5e Km a subi une série de dégradations volontaires : vases arrachés, clôtures abîmées, tags. La mairie avait « condamné fermement » ces actes et invité les familles concernées à porter plainte. Les passages des forces de l’ordre avaient été renforcés.

Profaner une tombe, c’est s’en prendre à ce qu’une société a de plus sacré. Rien ne justifie cela.

Car un cimetière n’est pas un simple terrain municipal. C’est la mémoire d’une ville : les pionniers de Port-de-France, les poilus du Chemin des Dames, les bagnards de Nouville, les familles de toutes origines qui ont fait la Calédonie d’aujourd’hui.

Ce 1er novembre, en déposant des fleurs, les Nouméens ne font pas que pleurer leurs disparus. Ils perpétuent une tradition française et chrétienne, à laquelle chaque génération a ajouté sa part.

C’est peut-être là le plus beau visage de la Toussaint calédonienne. Un jour où l’on se souvient d’où l’on vient.

(Crédit photo : Ville de Nouméa)