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Au delà du récif

Une femme sur deux a peur dans le métro

31 octobre 2026 à 10:00
5 min de lecture
Une femme sur deux a peur dans le métro

Résumé IA

Près d’une femme sur deux se sent en insécurité dans les transports en 2025, contre 37 % des hommes, selon l’enquête du SSMSI. Le sentiment d’insécurité progresse dans les quartiers (23 %) et les transports (43 %), malgré une stabilisation des victimes, avec des hausses pour les vols et injures.

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Insécurité : la peur gagne du terrain chez les Français, même quand le nombre de victimes déclarées ne bouge plus.
Dans les gares, les rames et les quartiers, c’est le ministère de l’Intérieur qui le dit, et ses chiffres sont sans appel.

Transports : près d’une femme sur deux ne s’y sent pas en sécurité

Il y a les statistiques. Et il y a ce que vivent les Français.

Jeudi, le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) a publié la nouvelle édition de son enquête Vécu et ressenti en matière de sécurité. Le constat est clair : le nombre de victimes déclarées se stabilise pour la plupart des atteintes, mais le sentiment d’insécurité continue de grimper.

Ce n’est pas un sondage d’opinion improvisé. L’enquête est menée chaque année depuis 2022. Elle mesure trois choses : les atteintes subies, le ressenti de la population et le regard porté sur l’action des forces de sécurité intérieure.

Pour 2025, environ 200 000 personnes ont été sollicitées. 111 500 questionnaires ont pu être exploités. C’est une base solide, qui rend le résultat difficile à balayer d’un revers de main.

Commençons par le quotidien.

En 2025, 23 % des Français de 18 ans et plus disent se sentir souvent ou de temps en temps en insécurité dans leur quartier ou leur village.

Dans les transports, les gares, les stations et les aéroports, ils sont 43 %.

Près d’un Français sur deux, donc, dès qu’il prend le train, le métro ou le bus.

La tendance compte autant que le niveau. En trois ans, la part de ceux qui se sentent en insécurité dans leur quartier est passée de 18 à 23 %. Dans les transports, elle est passée de 37 à 43 %. Cela fait cinq points de plus d’un côté et six de l’autre depuis 2022. Aucune amélioration n’apparaît : la courbe ne fait que monter.

Les femmes sont les plus exposées à ce sentiment.

Dans leur quartier, 26 % d’entre elles se disent en insécurité, contre 20 % des hommes. Dans les transports, l’écart se creuse encore : 48 % des femmes, contre 37 % des hommes. Pour une femme qui attend seule sur un quai le soir, ce chiffre n’a rien d’abstrait.

Les jeunes ne sont pas épargnés. Les 18-24 ans déclarent eux aussi davantage d’insécurité que l’ensemble des personnes interrogées. C’est la génération qui prend le plus les transports en commun, et c’est aussi celle qui s’y sent le moins tranquille.

Le SSMSI apporte tout de même une nuance. « On observe cependant un ralentissement de la progression », a indiqué Emmanuel Gros, chef du bureau des statistiques du service. Les hausses sont moins fortes que les années précédentes.

Un ralentissement reste une hausse. Le sentiment d’insécurité augmente moins vite, mais il augmente encore.

Voitures, injures, fraudes : les atteintes qui progressent

Emmanuel Gros parle d’une « relative stabilité du nombre de victimes par rapport à 2023 ». Le mot « relative » compte.

Plusieurs atteintes ont en effet connu une « hausse avérée » en 2024, selon les termes mêmes de l’enquête.

Les vols et tentatives de vol dans ou sur une voiture ont augmenté de 10 %. Les injures aussi, de 10 %. Les débits frauduleux ont progressé de 8 %, et le vandalisme contre les véhicules de 5 %.

Cette délinquance du quotidien touche le Français moyen dans ce qu’il a de plus concret : sa voiture, son compte bancaire, sa tranquillité dans la rue.

Le vandalisme automobile est d’ailleurs l’atteinte la plus fréquente recensée par l’enquête. 3 millions de personnes se sont déclarées victimes en 2024. Viennent ensuite les discriminations, avec 2 millions de victimes déclarées, puis les violences sexuelles, avec 1,7 million.

Sur ce dernier point, le rapport relève un déséquilibre massif : les femmes sont près de cinq fois plus susceptibles que les hommes de déclarer avoir subi des violences sexuelles.

Ce chiffre éclaire le reste. Quand près d’une femme sur deux se dit en insécurité dans les transports, elle ne cède pas à un fantasme. Elle tire les conséquences d’une réalité que les données officielles confirment.

Des forces de l’ordre soutenues, mais une attente qui monte

Reste la question de la réponse publique.

À l’échelle nationale, 56 % des personnes interrogées se disent satisfaites de l’action des forces de sécurité. Cette proportion n’a pas bougé depuis 2022.

Les Français font donc toujours confiance à leurs policiers et à leurs gendarmes. Mais leur peur augmente pendant que leur satisfaction plafonne, et cet écart devrait interpeller.

Sur le terrain, l’écart entre les sexes réapparaît. Au niveau local, 51 % des femmes se déclarent satisfaites de l’action des forces de sécurité, contre 55 % des hommes. Celles qui se sentent le plus menacées sont aussi celles qui jugent la protection de proximité la moins satisfaisante.

Le message de cette enquête tient en peu de mots.

Les victimes déclarées se stabilisent, mais la peur continue de progresser.

Les femmes et les jeunes sont en première ligne.

Les transports restent le premier point de fragilité.

Et ce n’est ni une association ni un éditorialiste qui le dit : ce sont les statistiques du ministère de l’Intérieur.

(Crédit photo : Freepik)