Mai 2024 : la facture tombe

Résumé IA
L'ISEE a publié mardi 27 octobre les résultats des entreprises de Nouvelle-Calédonie (périmètre ICS), montrant un résultat d'exploitation en chute à 25 447 millions de F CFP en 2024, contre 70 331 millions en 2023, en raison des exactions de mai 2024.
Mai 2024 a laissé des cicatrices que les chiffres ne peuvent plus masquer.
L’ISEE vient de dresser l’addition, et elle est lourde pour ceux qui font tourner l’économie calédonienne.
Mai 2024, l’année où tout a basculé
Il y a les images, que chacun garde en tête. Et il y a les comptes, qui arrivent plus tard, froids et implacables.
Mardi 27 octobre, l’Institut de la statistique et des études économiques (ISEE) a publié les derniers résultats des entreprises de Nouvelle-Calédonie. Le document porte sur l’industrie hors métallurgie, le commerce et les services, ce que les statisticiens appellent le périmètre ICS. Il confirme ce que les chefs d’entreprise vivent depuis deux ans.
Le choc de 2024 est sans précédent.
La dynamique était pourtant bonne. En 2022 puis en 2023, les entreprises calédoniennes de ce périmètre étaient en pleine expansion. Leur résultat d’exploitation global atteignait 70 331 millions de F CFP en 2023.
Un an plus tard, il tombe à 25 447 millions. Près de trois fois moins.
L’ISEE nomme la cause sans détour : les exactions de mai 2024. Des locaux détruits. Des établissements fermés pendant de longues semaines. Un pouvoir d’achat qui se contracte. L’activité recule massivement, et le chiffre d’affaires s’effondre avec elle.
Tous les indicateurs suivent la même pente. Le taux de marge chute à 22,8 %. Le taux d’endettement grimpe à 45,4 %, son point le plus haut de la période. Les entreprises encaissent moins et portent une dette plus lourde.
Derrière ces pourcentages, il y a des commerçants, des artisans et des patrons de PME qui ont vu leur outil de travail réduit en cendres.
2025, un redressement réel mais incomplet
L’année 2025 marque une inflexion. Le résultat d’exploitation remonte à 42 142 millions de F CFP. Le taux de marge revient à 26,0 % et le taux de valeur ajoutée s’établit à 31,4 %. L’endettement se desserre à peine, à 44,2 %.
Il faut s’en réjouir. Il faut aussi regarder la réalité en face.
Car le compte n’y est pas. En 2019, avant la crise, ce même résultat d’exploitation s’élevait à 57 702 millions. Il manque donc encore plus de 15 milliards de F CFP pour retrouver le niveau d’avant-crise. Les données 2025 restent d’ailleurs provisoires, comme le signale l’ISEE.
La reprise existe. Elle n’efface pas la casse.
Commerce, BTP, mines : des trajectoires contrastées
Aucune branche n’a été épargnée. Toutes ne se relèvent pas au même rythme.
Le commerce a pris le choc de plein fouet, entre magasins détruits et consommation en berne. Son résultat d’exploitation a été divisé par plus de deux en 2024, passant de 18 246 millions à 7 318 millions de F CFP. Le rebond de 2025 est net, à 12 981 millions, mais reste loin du niveau de 2023.
Pour la construction et les industries extractives, 2024 s’est soldée dans le rouge. Les deux secteurs repassent en positif en 2025, modestement : 1 776 millions pour la construction, 1 294 millions pour les industries extractives. L’ISEE pointe deux freins : la faiblesse des investissements et celle de la commande publique.
Ce dernier point n’est pas un détail. Quand la commande publique ralentit, le BTP en paie directement le prix, et les chiffres de l’ISEE le montrent noir sur blanc.
Deux ans après mai 2024, le tissu économique calédonien tient. Il a encaissé un choc historique et commence à se reconstruire. Mais les comptes de l’ISEE rappellent une vérité simple : la violence a un coût, et ce sont ceux qui travaillent, investissent et emploient qui le paient.
(Crédit photo : AFP/Théo Rouby)



