Tontouta : 411 millions de déficit

Résumé IA
La Chambre de commerce et d’industrie de Nouvelle-Calédonie publie son rapport 2025, marqué par un déficit de 411 millions de francs CFP à l’aéroport de La Tontouta. L’enquête menée avec Quidnovi révèle que 83 % des entreprises voient leur chiffre d’affaires reculer, mais 975 créations d’entreprises sont enregistrées.
Une année après le chaos, les chiffres parlent. Et ils racontent l’histoire de ceux qui n’ont jamais lâché.
Une économie blessée qui refuse la fatalité
Il y a des rapports d’activité qu’on feuillette par politesse. Celui de la Chambre de commerce et d’industrie de Nouvelle-Calédonie pour 2025 mérite mieux.
Car derrière les tableaux et les pourcentages, il y a une vérité que certains préfèrent oublier : après mai 2024, ce ne sont ni les discours ni les postures qui ont remis le territoire debout. Ce sont les entrepreneurs.
Le président de la Chambre, David Guyenne, donne le ton dès son éditorial. Reconstruire, écrit-il en substance, ce n’est pas seulement rebâtir ce qui a été détruit, c’est décider de ce que l’on veut pour demain. Une phrase qui sonne comme un programme.
Commençons par regarder la réalité en face.
En février 2025, une enquête menée avec l’institut Quidnovi auprès de plus de 500 entreprises dresse un constat brutal. 83 % des entreprises voient leur chiffre d’affaires reculer. Plus d’un quart n’a tout simplement plus d’activité. Et seules 15 % se disent prêtes à reconstruire.
Quinze pour cent. Le chiffre devrait faire réfléchir tous ceux qui ont minimisé les conséquences des violences.
Face à ce désastre, la CCI-NC n’a pas choisi la complainte. Elle a choisi le combat. Son plaidoyer s’est concentré sur ce qui bloque concrètement la relance : le retour de la garantie émeutes dans les contrats d’assurance, l’allongement des délais de reconstruction et l’extension de la couverture des pertes d’exploitation.
Le président de la Chambre l’a formulé sans détour : sans solutions assurantielles durables, pas de confiance. Et sans confiance, pas d’investissement.
Tout est dit.
Pourtant, le tissu économique tient. En 2025, la Chambre représente 14 326 entreprises, dont 7 655 dans les services, 3 898 dans le commerce et 2 773 dans l’industrie. Mieux encore, 975 entreprises ont été créées dans l’année. C’est moins qu’en 2024, où l’on en comptait 1 027, mais c’est la preuve que l’envie d’entreprendre a survécu au pire.
La province Sud concentre l’essentiel de ces créations avec 815 nouvelles structures. La province Nord en compte 130, les îles Loyauté 30.
Sur le terrain, le Guichet de la reconstruction, piloté par la CCI-NC, a servi de porte d’entrée aux entreprises sinistrées. Les équipes ont accompagné 3 635 personnes, organisé 896 rendez-vous individuels gratuits et 23 Matinales consacrées à la crise. Des ateliers sur la fatigue mentale et la reprise du travail après les émeutes ont même été proposés.
On mesure là ce que les chefs d’entreprise ont encaissé.
Peser dans les choix politiques, alléger le poids administratif
Le deuxième enseignement du rapport est peut-être le plus important. La Chambre n’a pas voulu rester spectatrice des grandes négociations sur l’avenir du territoire.
Dans le cadre de l’Accord de Bougival, elle a joué un rôle d’interface entre les signataires et le monde économique. Des temps d’échange ont été organisés, les remontées du terrain structurées. Résultat : un document-cadre de 30 propositions pour refonder le modèle économique et social calédonien autour de trois piliers, la croissance, l’inclusion sociale et un nouvel équilibre entre sphère publique et sphère privée.
Ce dernier point n’est pas anodin. Il dit clairement que l’économie calédonienne ne peut pas reposer indéfiniment sur la dépense publique.
La CCI-NC s’est aussi rendue à Paris, aux rencontres économiques organisées avant la signature de l’accord, pour défendre la voix des entreprises au plus haut niveau.
Autre chantier, plus discret mais essentiel : le développement économique sur terres coutumières. Avec le Sénat coutumier, la Chambre pilote un groupe de travail qui a déjà identifié les freins. Accès au financement, complexité des montages juridiques, besoin d’accompagnement. Le sujet est sensible, il est surtout décisif.
Et puis il y a cette bataille que tout chef d’entreprise connaît : celle contre la lourdeur administrative.
À la demande du gouvernement, la CCI-NC a engagé un travail d’identification des « irritants du quotidien ». Délais, complexité, empilement des procédures. Ces freins, dénoncés depuis des années, font enfin l’objet d’une analyse sérieuse. Le déploiement du guichet unique et du registre unique des entreprises doit permettre, à terme, une seule porte d’entrée pour toutes les démarches.
Ce n’est pas une révolution. Mais c’est du bon sens, et le bon sens se fait rare.
En 2025, la Chambre a rendu 45 avis sur des sujets allant de la fiscalité à l’urbanisme. Elle a également interpellé l’État sur le maintien de la défiscalisation et la sécurisation des financements. Et face à l’aggravation de la vacance commerciale, elle a relancé en novembre l’Observatoire du commerce pour comprendre, et enrayer, la désertification des centres urbains.
Former, connecter, ouvrir le territoire au monde
Reconstruire, c’est aussi préparer la relève.
Sur ce terrain, les résultats sont solides. 3 657 chefs d’entreprise et salariés ont été formés en 2025, soit 68 % de plus qu’en 2024. L’EGC Business School affiche un taux d’insertion de 100 %. Le Centre de formation par alternance revendique 90 % d’insertion ou de poursuite d’études et 85 % de réussite aux examens.
Des chiffres qui rappellent une évidence trop souvent oubliée : la formation tournée vers l’entreprise, ça marche.
Au sortir des émeutes, les étudiants de l’EGC ont d’ailleurs été mobilisés au sein d’une task force au service des entreprises sinistrées. Cinq d’entre elles ont bénéficié gratuitement de missions de conseil. Une jeunesse qui retrousse ses manches plutôt que de casser.
Dans le Nord, la CCI-NC s’est mobilisée dès les premières difficultés de KNS début 2025. Forums de l’emploi, information sur la reconversion, accompagnement à la création d’entreprise : l’objectif était d’anticiper les conséquences de l’arrêt de l’usine plutôt que de les subir.
Côté export, plus de 200 entreprises ont été sensibilisées et une trentaine bénéficient d’un accompagnement actif. La Chambre, opératrice de Team France Export sur le territoire, a rejoint en 2025 le réseau Entreprise Europe Network, ouvert sur plus de 60 pays. Des missions ont été menées au Vanuatu, aux Fidji, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, en Nouvelle-Zélande et à Wallis-et-Futuna.
Reste le dossier aérien, colonne vertébrale de l’économie insulaire.
L’aéroport de La Tontouta a accueilli 362 658 passagers en 2025. Le 31 décembre, un avenant a prolongé de quatre ans la concession confiée à la CCI-NC. Le transfert d’Air Calédonie vers l’aéroport international, décidé par le gouvernement, a mobilisé près de 200 millions de francs CFP d’investissements sur 2025 et 2026.
Le rapport ne cache pas les difficultés. La plateforme de La Tontouta affiche un résultat budgétaire déficitaire de 411 millions de francs CFP. Les charges de fonctionnement ont bondi de 20,6 %. Une transparence qu’on aimerait voir plus souvent dans la sphère publique.
À la gare maritime de Nouméa, en revanche, la croisière repart : 244 579 croisiéristes accueillis, en hausse de 28 % sur un an.
Au fond, ce rapport 2025 dit une chose simple. La Nouvelle-Calédonie ne se relèvera ni par la victimisation, ni par l’attente passive d’un sauveur. Elle se relèvera par le travail, l’investissement et la confiance retrouvée.



