Ils voulaient Renart, ils ont eu Astérix

Résumé IA
Astérix fête ses 67 ans ce 29 octobre, né dans le premier numéro du journal Pilote en 1959. René Goscinny et Albert Uderzo, après avoir abandonné l’idée d’adapter le Roman de Renart, créent ce héros gaulois, dont le premier album sort en 1961 avec un tirage de 6 000 exemplaires. Le succès est fulgurant, avec plus de 350 millions d’albums vendus et une traduction dans plus d’une centaine de langues.
Il est petit, il est blond, il a un nez à faire pâlir un Romain. Et il fête ses 67 ans ce 29 octobre.
Retour sur la naissance d’un mythe bien de chez nous.
Un héros taillé dans l’histoire de France
Un pantalon rouge. Une blouse noire. Un casque ailé posé sur une tête blonde, au-dessus d’une moustache généreuse et d’un nez qui ne passe pas inaperçu.
Par Toutatis, impossible de se tromper.
C’est Astérix, l’irréductible Gaulois, celui qui tient tête à l’Empire romain depuis plus de six décennies. Il est né le 29 octobre 1959, dans les pages du tout premier numéro du journal Pilote. Une date que tout amateur de bande dessinée devrait connaître par cœur.
Au départ, il y a deux hommes. Le scénariste René Goscinny et le dessinateur Albert Uderzo. Deux Français à qui Pilote, le nouveau journal destiné à la jeunesse, confie une mission simple sur le papier : inventer des personnages typiquement français.
Pas des cow-boys. Pas des super-héros importés d’outre-Atlantique. Des héros d’ici.
Leur première idée ? Adapter le Roman de Renart, ce recueil de récits animaliers hérités du Moyen Âge. Le choix avait du sens. Il avait surtout un défaut : quelqu’un y avait déjà pensé avant eux.
Déception. Retour à la planche à dessin.
Les deux complices se lancent alors dans une revue méthodique des grandes périodes de l’histoire de France. Et c’est en remontant aux origines qu’ils trouvent leur bonheur. Les Gaulois. Nos ancêtres, ceux dont des générations d’écoliers ont appris les noms et les batailles. Un peuple fier, rebelle, attaché à sa terre.
Le choix n’avait rien d’anodin. Il en dit long sur l’époque, et sur ce que deux auteurs voulaient transmettre aux enfants de France : une identité, un enracinement, une manière de rire de soi sans jamais renoncer à ce que l’on est.
De 6 000 exemplaires au million : une ascension fulgurante
Les débuts, pourtant, restent modestes.
Il faut patienter jusqu’en 1961 pour voir paraître en librairie le premier album à couverture cartonnée, Astérix le Gaulois. Tirage initial : 6 000 exemplaires seulement. Rien qui laisse présager un phénomène.
Puis la machine s’emballe.
Quatre ans plus tard, un album d’Astérix franchit le cap des 100 000 exemplaires. En 1967, avec Astérix et les Normands, c’est la barre symbolique du million qui tombe. En moins de dix ans, le petit Gaulois est passé du statut de curiosité à celui de monument national.
Pendant toute cette période, et jusqu’en 1973, ses aventures continuent de paraître à la fois dans les colonnes de Pilote et sous forme d’albums. Une double vie éditoriale qui a permis à des millions de lecteurs de grandir avec lui, semaine après semaine.
Le secret de ce succès tient sans doute à une alchimie rare. L’humour de Goscinny, ciselé, truffé de jeux de mots. Le trait d’Uderzo, vif, généreux, immédiatement reconnaissable. Et cette histoire d’un village qui refuse de plier quand tout le reste du pays a cédé.
Une fierté française qui a fait le tour du monde
Les chiffres donnent le vertige. Plus de 350 millions d’albums vendus, traduits dans plus d’une centaine de langues.
Peu de créations françaises peuvent se vanter d’un tel rayonnement. Astérix a franchi les frontières, les océans et les générations, sans jamais renier ce qui fait son ADN : un esprit profondément gaulois, frondeur, gourmand, querelleur parfois, mais toujours solidaire quand l’ennemi se présente aux portes du village.
Et c’est peut-être là que réside sa leçon la plus durable.
À l’heure où l’on peine parfois à célébrer ce qui nous rassemble, Astérix rappelle qu’une œuvre peut être résolument française et parler au monde entier. Qu’il n’est pas nécessaire de gommer ses racines pour séduire au-delà de ses frontières. Bien au contraire.
Goscinny et Uderzo n’ont pas cherché à plaire à tout le monde. Ils ont raconté la France, avec ses travers et ses grandeurs, son goût de la fête et son refus de l’occupant. Le monde a suivi.
Soixante-sept ans après sa première apparition dans Pilote, l’irréductible Gaulois n’a pas pris une ride. Son casque ailé est toujours bien vissé. Sa potion magique, elle, n’a jamais été aussi efficace.
Ils sont fous, ces Romains. Et nous, nous restons fiers de nos Gaulois.
(Crédit photo : Maxppp)



