Comment l’Autriche a viré l’URSS

Résumé IA
Dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Autriche occupée par quatre puissances, dont l’URSS, recouvre sa souveraineté le 26 octobre 1955. Le Parlement inscrit la neutralité permanente dans la Constitution, condition posée par Moscou pour évacuer ses troupes. Ce choix transforme Vienne en pôle de stabilité entre les blocs.
Il a fallu dix ans d’occupation pour qu’un pays retrouve la maîtrise de son destin.
Le 26 octobre 1955, l’Autriche choisit la neutralité pour obtenir sa liberté.
Un pays occupé, une capitale coupée en quatre
Chaque 26 octobre, l’Autriche est en fête.
Le pays ne célèbre ni une victoire militaire ni une révolution. Il célèbre un principe : sa neutralité permanente. Ce jour-là, en 1955, le Parlement autrichien inscrit ce principe dans une loi constitutionnelle. Le geste est politique, juridique et surtout libérateur. Il scelle le retrait des troupes soviétiques, présentes sur le sol autrichien depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Derrière la fête nationale autrichienne, il y a une leçon que l’Europe ferait bien de méditer. Une nation peut reprendre la main sur son avenir, à condition de savoir ce qu’elle veut.
Il faut revenir en 1945 pour comprendre.
À la sortie de la guerre, l’Autriche n’est pas un pays libre. C’est un pays occupé. Elle paie sa participation au conflit aux côtés de l’Allemagne, qui l’avait absorbée en 1938 lors de l’Anschluss.
L’histoire est brutale, et elle ne fait pas de sentiment.
Vienne, la capitale impériale, la ville de la musique et des grandes heures de l’Europe centrale, se retrouve dans la même situation que Berlin. Elle est contrôlée par quatre puissances étrangères : les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’URSS et la France.
La France, oui. Il est bon de le rappeler à ceux qui aiment réduire notre pays au rang de spectateur de l’après-guerre. Paris siège parmi les vainqueurs et participe directement à l’administration du cœur de l’Europe.
Pendant ces années, l’Autriche vit sous tutelle. Elle n’a pas la main sur son territoire. Elle attend.
Et à l’Est, l’Union soviétique ne semble pas pressée de partir.
Le dégel venu de Moscou
Tout bascule avec un événement que personne ne pouvait ignorer : la mort de Staline, en 1953.
Le Kremlin change de ton. L’URSS accepte d’ouvrir une période de détente avec les États-Unis. Un mot va résumer cette nouvelle ligne, celui de coexistence pacifique, formulé par Nikita Khrouchtchev.
Moscou ne fait pas de cadeau pour autant. Les Soviétiques posent une condition, simple et non négociable : ils évacueront l’Autriche si celle-ci devient totalement neutre.
Pas d’alliance. Pas de camp. Pas de bascule.
Pour Vienne, le marché est clair. Le prix de la liberté, c’est la neutralité. Et les Autrichiens acceptent.
Le principe est alors gravé dans la loi constitutionnelle du 26 octobre 1955. Pas dans une simple déclaration d’intention ni dans un communiqué diplomatique que l’on oublie au premier changement de gouvernement. Dans la Constitution elle-même.
C’est là toute la force du geste. En inscrivant la neutralité au sommet de son ordre juridique, l’Autriche ne se soumet pas. Elle affirme sa souveraineté. Elle fixe elle-même les règles qui la protègent.
Vienne, carrefour des espions et pôle de stabilité
La neutralité n’a rien d’une faiblesse. Pour l’Autriche, elle devient un outil.
Le pays occupe une position singulière sur la carte de la guerre froide. Il se trouve du côté occidental, mais partage une frontière avec le bloc soviétique. Une situation inconfortable, presque intenable, pour une petite nation au cœur d’un continent coupé en deux.
La neutralité lui permet d’en faire un atout. L’Autriche s’impose comme un pôle de stabilité entre l’Est et l’Ouest.
Et Vienne change de visage.
L’ancienne capitale occupée devient un lieu de rendez-vous que tout le monde connaît dans le monde du renseignement. Les agents secrets des deux blocs s’y croisent, s’y observent, s’y rencontrent. La ville neutre devient le théâtre discret des grandes manœuvres de l’époque.
Il y a quelque chose de remarquable dans ce destin. Un pays vaincu, occupé, divisé en zones, transforme en dix ans sa vulnérabilité en position stratégique.
Pas par la repentance. Pas par la plainte. Par un choix politique assumé et inscrit dans le marbre de ses institutions.
Soixante et onze ans plus tard, le 26 octobre reste une fête nationale. Les Autrichiens n’y célèbrent pas leur défaite de 1945. Ils célèbrent le jour où ils ont repris leur destin en main.
(Crédit photo : PIXABAY - DOMAINE PUBLIC)



